Cameroun : malgré un portefeuille de 2 700 milliards de FCFA, les décaissements de la Banque mondiale restent limités

Au 30 juin 2026, les 21 projets financés par la Banque mondiale au Cameroun affichent un taux moyen de décaissement de seulement 18,7 %. Si certains programmes arrivent à maturité avec des niveaux d’exécution satisfaisants, la majorité peine encore à transformer les financements disponibles en réalisations concrètes. Cette situation met en lumière les défis persistants liés à l’absorption des ressources extérieures, dans un contexte où les besoins en investissements publics demeurent considérables.

Le rythme de mise en œuvre des projets soutenus par la Banque mondiale au Cameroun demeure relativement faible. Les données arrêtées au 30 juin 2026 indiquent un taux global de décaissement de 18,7 % pour l’ensemble des 21 projets en cours, un niveau qui contraste avec l’importance des ressources financières mobilisées.

Les projets à vocation nationale présentent un taux d’exécution plus avancé, atteignant 20,3 %, tandis que les initiatives régionales enregistrent un décaissement moyen de 17,2 %. Cet écart reflète des niveaux d’avancement variables selon la nature des programmes et leur calendrier de mise en œuvre.

Performances encourageantes

Parmi les projets les plus avancés, cinq programmes nationaux dépassent le seuil des 50 % de décaissement. Le Projet de relance et de développement de la région du lac Tchad (Prolac) affiche un taux de 100 %, suivi du Projet d’urgence de lutte contre la crise alimentaire (Pulcca), qui atteint 99 %. Le Projet de développement du secteur des transports (PDST) se situe à 70 %, devant le Projet d’appui à la réforme de l’éducation au Cameroun (Parec), avec 66 %, et le Projet régional de résilience des transports (PRRTERS), qui enregistre un taux de 55 %.

Les deux premiers programmes, arrivés pratiquement à leur terme, expliquent leurs niveaux de décaissement particulièrement élevés. Plusieurs autres opérations évoluent à un rythme intermédiaire. Le Projet de filets sociaux adaptatifs et d’inclusion économique (PFSAIE) atteint un taux de 49 %, tandis que le Projet d’amélioration de la résilience agricole (Perace) et le Projet intégré de résilience des communautés (Pirect) affichent chacun 41 %.

D’autres initiatives restent en retrait. Le Programme d’appui au développement de l’enseignement secondaire (Padesce) présente un taux de 30 %, alors que les projets Viva Logone, Viva Bénoué et le Programme d’amélioration de la compétitivité des régions (Pacri) évoluent entre 22 % et 28 %. Le Programme axé sur les résultats dans le secteur de l’énergie (PFORR Énergie) atteint, pour sa part, 21 %.

Le bas du classement est dominé par des projets récemment lancés ou confrontés à des difficultés de mise en œuvre. Le programme Impact PFORR affiche un taux de décaissement de 18 %, devant Prolog (17 %) et Hiswaca (11 %).

Le Projet Villes et gestion foncière durables (PVGFD) ne dépasse pas 8 %, tandis que le programme Sewash atteint seulement 1 %. Les niveaux les plus faibles concernent le Projet de développement du capital naturel (PCDN), avec 0,8 %, et le Projet de mobilité urbaine de Douala (PMUD), qui enregistre un taux de décaissement de seulement 0,3 %, malgré un financement de plus de 261 milliards de FCFA accordé par la Banque mondiale.

Des obstacles

Ces disparités s’expliquent en partie par les différentes phases d’avancement des projets. Les programmes les plus anciens arrivent progressivement à leur terme, tandis que les plus récents sont encore dans les étapes préparatoires.

Toutefois, plusieurs facteurs structurels continuent de freiner la consommation des ressources financières disponibles. Les procédures de passation des marchés, les délais liés à l’entrée en vigueur des conventions de financement, les questions foncières, les opérations de réinstallation des populations concernées ou encore les capacités techniques des unités de gestion figurent parmi les principaux obstacles identifiés.

Ces contraintes retardent la concrétisation des investissements et limitent les retombées attendues sur les infrastructures, les services publics et le développement économique. Cette situation intervient alors que la Banque mondiale a considérablement renforcé son engagement financier au Cameroun ces dernières années.

Depuis avril 2023, l’institution a augmenté son portefeuille de 826 millions de dollars, soit environ 475 milliards de FCFA. Les financements cumulés atteignent désormais 4,5 milliards de dollars, l’équivalent de près de 2 700 milliards de FCFA, ce qui représente une progression de 21 % en deux ans.

Les secteurs des transports et de l’énergie concentrent à eux seuls près de la moitié de ces engagements, avec environ 2,3 milliards de dollars mobilisés. Ce niveau d’investissement témoigne de l’importance accordée au développement des infrastructures, à l’amélioration des services publics et au renforcement de la compétitivité de l’économie camerounaise.

Accélérer l’exécution des projets

Le faible taux moyen de décaissement observé à mi-2026 ne traduit pas un manque de financements, mais plutôt les difficultés persistantes à convertir rapidement les ressources mobilisées en investissements effectifs.

Pour améliorer les performances des projets, les autorités camerounaises devront renforcer les capacités de gestion, simplifier certaines procédures administratives, lever les contraintes techniques et accélérer les processus de passation des marchés. À défaut, une partie des financements pourrait faire l’objet de restructurations ou de réaffectations, en concertation avec les partenaires techniques et financiers.

Dans un contexte marqué par des besoins croissants en infrastructures et en services publics, l’amélioration de la capacité d’absorption des financements extérieurs apparaît désormais comme un enjeu majeur pour soutenir la croissance et accélérer le développement du Cameroun.

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