
Le cinéma camerounais et africain est en deuil. Le réalisateur, producteur et promoteur culturel Bassek Ba Kobhio est décédé ce 12 mai 2026 à Yaoundé, à l’âge de 69 ans. Derrière une filmographie marquante et un engagement constant pour la culture, il laisse surtout l’héritage d’un bâtisseur qui aura consacré sa vie à faire rayonner le cinéma africain, notamment à travers le festival Écrans Noirs, devenu au fil des années une référence sur le continent.
Avec la disparition de Bassek Ba Kobhio, le Cameroun perd l’une des figures les plus influentes de son histoire culturelle récente. Réalisateur reconnu, écrivain, producteur et formateur, il aura mené pendant plusieurs décennies un combat constant pour donner au cinéma africain des espaces d’expression, de visibilité et de transmission.
Son nom reste indissociable du festival Écrans Noirs, qu’il fonde en 1997 à Yaoundé. À une époque où les industries culturelles africaines traversaient une profonde fragilité, le festival s’est imposé comme une plateforme essentielle de diffusion des œuvres du continent. D’année en année, il a réuni réalisateurs, acteurs, producteurs, techniciens et passionnés autour d’une même ambition : faire vivre le cinéma africain malgré les difficultés liées au financement, à la distribution et à la disparition progressive des salles de projection.
Grâce à cette vision, Écrans Noirs est devenu l’un des rendez-vous cinématographiques les plus respectés d’Afrique centrale. En 2016, l’événement franchit une étape symbolique majeure en étant reconnu d’utilité publique par décret présidentiel, preuve de son importance dans le rayonnement culturel du Cameroun.
Mais l’homme ne s’est jamais limité à l’organisation culturelle. Comme cinéaste, Bassek Ba Kobhio a signé plusieurs œuvres majeures du cinéma africain francophone. Dès 1991, il se fait remarquer avec Sango Malo, un long-métrage qui rencontre un important succès et obtient notamment le Prix du public au Festival du cinéma africain de Milan. Le film demeure encore aujourd’hui l’une des productions les plus emblématiques du cinéma camerounais.
Sa filmographie comprend également Le Grand Blanc de Lambaréné et Le Silence de la forêt, des œuvres qui interrogent les rapports de domination, les mémoires coloniales, les identités africaines et les réalités sociales du continent. À travers ses films, il a toujours cherché à raconter l’Afrique avec profondeur, dignité et authenticité.
Son engagement s’est aussi traduit dans la formation des jeunes générations. Avec la création de l’ISCAC, une école dédiée aux métiers de l’image et du son en Afrique centrale, il voulait contribuer à structurer une industrie cinématographique capable de produire ses propres talents et de renforcer ses compétences locales.
Selon ses proches, le cinéaste préparait encore avec enthousiasme la célébration des 30 ans d’Écrans Noirs. Sa disparition provoque une vive émotion dans les milieux culturels au Cameroun comme ailleurs en Afrique, où de nombreux hommages saluent déjà la mémoire d’un homme considéré comme un pionnier et un défenseur infatigable du 7e art africain.
Au-delà de ses réalisations personnelles, Bassek Ba Kobhio laisse surtout l’image d’un passeur. Un homme qui aura contribué à révéler des talents, à créer des espaces de rencontre et à inscrire durablement le Cameroun sur la carte des grandes nations du cinéma africain.