Cameroun : comment le Parlement a validé la création du poste de vice-président

Le Parlement camerounais réuni en Congrès a adopté, le 4 avril à Yaoundé, une révision constitutionnelle instituant un poste de vice-président de la République. Le texte a été approuvé par 200 voix pour, 18 contre et 4 abstentions, marquant l’une des réformes institutionnelles les plus significatives du pays depuis 2008. 

Selon les nouvelles dispositions, le vice-président est appelé à assurer la continuité de l’État en cas de vacance du pouvoir, en remplacement du président du Sénat qui occupait jusqu’ici cette fonction dans l’ordre de succession. Mais avant le vote, les débats parlementaires sur la création d’un poste de vice-président ont eu lieu dans un palais de verre clairsemé. L’honorable Ze Nguele, doyen d’âge du Sénat, a rappelé que la fonction de vice-président doit être clairement définie : « On ne peut pas rendre cette fonction corvéable à merci si elle est appelée à diriger les Cameroun  »

Une position assez similaire à celle défendue par l’opposition devant le Congrès. « Nous assistons ici à la clôture définitive de l’espace démocratique, avec l’introduction d’un poste de vice-président sur mesure », a déclaré devant le Congrès la députée du PCRN Ngo Issi qui a fustigé l’instauration d’un « dauphin administratif ». « Il ne s’agit pas d’un représentant du peuple mais d’une créature de l’exécutif, d’un héritier hors de tout contrôle citoyen », a-t-elle notamment déclaré.

Jean Michel Nintcheu, député de l’opposition, a lui invité les parlementaires qui soutiennent « ce renforcement de la dérive monarchique » à exprimer leur désaccord ici et maintenant. « On ne peut pas invoquer la discipline du parti pour voter cette forfaiture », a-t-il insisté, dénonçant un coup d’État constitutionnel : « Adopter ce projet de loi, c’est consacrer la succession nominative – et pourquoi pas dynastique -, sans passer par les urnes, sans consulter le peuple qui est le souverain », s’est-il offusqué.

Naufrage

Quant à Maurice Kamto, le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), celui-ci a vertement critiqué cette modification constitutionnelle dans une déclaration diffusée sur les réseaux sociaux. « Le seul but poursuivi par le RDPC demeure la conservation du pouvoir à vie et à tous les prix. […] Il s’agit [ici] d’une passerelle constitutionnelle qui permettra même à un individu n’ayant jamais exercé une fonction dans l’administration ou n’ayant jamais exercé un mandat électif de devenir président de la République. Ce n’est pas une régression, c’est un naufrage constitutionnel et politique. Nous dénonçons avec la dernière énergie cette capture institutionnelle du pouvoir qui veut s’habiller d’une apparence de légalité », a-t-il entre autre affirmé.

Du côté de la société civile également, les critiques fusent. « Ce poste va sûrement servir au pouvoir en place à contrôler l’alternance devenue inévitable au sommet de l’État. Car en lui-même, il est vide de contenu : jusqu’à présent dans ce texte, personne ne nous a clairement expliqué ce qu’allait faire le vice-président », attaque par exemple Cyrille Rolande Béchon, la directrice de l’association Nouveaux droits de l’homme, avant de reprendre : « C’est une mascarade totale orchestrée pour empêcher qu’enfin la scène politique camerounaise se redistribue d’une autre manière ».

Mais pour Roger Nkodo Ndang, député du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, ce texte répond à deux critères importants, à savoir la conformité avec la Constitution et avec les Conventions de l’Union africaine.

Contexte

De son côté, Laurent Esso, le ministre de la Justice – qui a défendu le texte devant la commission spéciale –, a rappelé devant le Congrès que le président était conscient de sa responsabilité devant l’histoire et qu’il cherchait à résoudre ainsi un problème de « fonctionnalité » en harmonisant « le fonctionnement de l’État au plus haut niveau », rappelant aussi que « les problèmes soulevés peuvent être débattus plus tard et faire l’objet d’une proposition de loi ».

Au gouvernement, celui-ci a reçu l’appui du ministre du Travail – qui est aussi le secrétaire général adjoint du RDPC -, Grégoire Owona, pour qui cette réforme ne comporte, « au plan juridique, aucun problème avec la Constitution de l’Union africaine. Elle stabilise la période des élections présidentielles et renforce la continuité institutionnelle qui devient plus sereine. Elle améliore en outre la gestion des transitions présidentielles qui seront plus aisées, plus prévisibles, moins coûteuses […]. Cela devrait entraîner une gouvernance plus harmonieuse et plus dynamique de l’Etat », a-t-il poursuivi.

Annoncée par le président Paul Biya lors de sa prestation de serment le 6 novembre 2025, cette réforme intervient dans un contexte marqué par des interrogations sur la continuité institutionnelle, alors que le chef de l’État, âgé de 93 ans, est le doyen des dirigeants en exercice dans le monde. La création de ce poste ouvre une nouvelle phase dans l’organisation des pouvoirs exécutifs au Cameroun, en introduisant un mécanisme formalisé de succession au sommet de l’État.

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