
En Belgique, un ressortissant camerounais expulsé en 2018 fait aujourd’hui face à une lourde réclamation financière de l’État. Les autorités belges lui demandent de rembourser plus de 22 800 euros (environ 14,5 millions de F CFA) correspondant aux frais liés à sa détention en centre fermé et à son rapatriement vers le Cameroun. Une affaire qui relance le débat sur la politique migratoire belge et sur la légitimité du recouvrement des coûts d’expulsion auprès des migrants en situation irrégulière.
La politique belge en matière d’immigration clandestine suscite une nouvelle polémique après la révélation d’un dossier impliquant un ressortissant camerounais expulsé vers Yaoundé. Selon des informations relayées par le média belge La Dernière Heure, l’homme, renvoyé du territoire belge en septembre 2018, se voit réclamer par l’Office des étrangers une somme de 22 805,22 euros.
Ce montant correspond aux dépenses engagées par l’État belge dans le cadre de son éloignement forcé : hébergement en centre fermé, organisation logistique du retour, mobilisation des services administratifs ainsi qu’escorte policière jusqu’au Cameroun.
Une procédure engagée après un refus de départ volontaire
L’affaire remonte à 2018, lorsque les autorités belges constatent la présence irrégulière du ressortissant camerounais sur leur territoire. Conformément à la procédure en vigueur, un délai de trente jours lui aurait été accordé afin de quitter volontairement la Belgique.
Après le non-respect de cette mesure, les autorités ont procédé à son placement en centre fermé avant d’organiser son expulsion vers Yaoundé. Quelques années plus tard, l’administration belge réclame désormais le remboursement intégral des frais générés par cette opération.
Le Camerounais conteste cette décision devant la justice, estimant que la somme exigée est disproportionnée. De son côté, l’Office des étrangers maintient sa position et défend la légalité du mécanisme de recouvrement prévu par la législation belge.
Une politique assumée par la Belgique
La facturation des frais d’expulsion n’est pas une pratique exceptionnelle en Belgique. Le dispositif est encadré par la loi et permet à l’État de récupérer auprès des personnes expulsées les coûts liés à leur maintien en détention administrative ainsi qu’à leur éloignement du territoire.
Les autorités belges justifient cette politique par plusieurs objectifs. D’une part, elle permettrait de réduire la charge financière supportée par les finances publiques. D’autre part, elle aurait une portée dissuasive destinée à décourager le maintien en situation irrégulière après une décision de renvoi.
Selon les chiffres évoqués dans ce dossier, 249 procédures similaires auraient permis à l’État belge de récupérer plus de 1,12 million d’euros l’année dernière.
Des montants jugés excessifs
Le fonctionnement du système repose sur une comptabilisation détaillée des dépenses liées à chaque expulsion. Les frais journaliers de séjour en centre fermé, les billets d’avion, les escortes policières et les coûts administratifs sont additionnés avant d’être imputés à la personne expulsée.
Dans le cas du ressortissant camerounais, la somme réclamée représente plusieurs années de revenus moyens au Cameroun, ce qui alimente les critiques des associations de défense des droits des migrants et de certains juristes.
Ces organisations dénoncent une mesure qu’elles considèrent comme une « double peine » infligée à des personnes déjà expulsées et souvent en situation de grande précarité. Elles s’interrogent également sur la proportionnalité de telles dettes et sur leurs conséquences à long terme pour les personnes concernées.
Un débat juridique et humain
Cette affaire remet au centre des discussions la question de la gestion migratoire en Europe et des limites des politiques de fermeté mises en place par certains États.
Si la justice belge confirme définitivement la validité de cette pratique, tout migrant expulsé pourrait potentiellement rester redevable de sommes importantes envers l’État belge, même après son retour dans son pays d’origine. Une situation qui pourrait compliquer d’éventuelles démarches futures de régularisation ou de retour légal en Europe.
Au-delà de l’aspect juridique, cette affaire soulève aussi une interrogation plus large sur l’équilibre entre la protection des frontières, le coût des politiques migratoires et le respect de la dignité des personnes concernées.