Crise anglophone : pourquoi le procès de Cho Ayaba devant la justice norvégienne a été renvoyé au  10 novembre

La justice norvégienne a fixé au 10 novembre 2026 l’ouverture du procès de Cho Lucas Yabah, connu sous le nom d’Ayaba Cho Lucas, figure du mouvement séparatiste anglophone camerounais. Maintenu en détention provisoire jusqu’à cette échéance, il devra répondre d’accusations liées notamment à des crimes internationaux présumés dans le contexte du conflit qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Les audiences devraient se poursuivre jusqu’au 19 février 2027.

Le dossier judiciaire d’Ayaba Cho Lucas entre dans une nouvelle phase. Arrêté en Norvège en septembre 2024, le dirigeant séparatiste camerounais devrait comparaître devant le tribunal de district d’Oslo à partir du 10 novembre 2026. Dans l’attente de ce procès, la juridiction a décidé de prolonger sa détention provisoire, estimant que les conditions justifiant son maintien en prison demeurent réunies.

La décision a été rendue le 7 septembre 2026 par le juge Kristian Toft, à la demande du ministère public. Selon le procès-verbal de l’audience, la mesure autorise le maintien en détention de Cho Lucas Yabah jusqu’à une nouvelle décision de la justice ou du parquet, sans toutefois dépasser la date du 10 novembre.

Cette décision repousse ainsi l’échéance judiciaire initialement évoquée pour le 15 septembre. Le calendrier communiqué dans le cadre de l’affaire prévoit désormais plusieurs mois de débats, avec une clôture annoncée au 19 février 2027, selon Emmanuel Nsahlai, avocat américano-camerounais qui suit le dossier.

Le risque de fuite au cœur de la décision

Pour justifier la prolongation de la détention, le tribunal s’appuie principalement sur le risque que le prévenu échappe à la justice. Dans son appréciation, le juge considère que les éléments ayant motivé la précédente décision, rendue le 10 août 2026, restent globalement valables.

La juridiction estime qu’aucun changement significatif n’est intervenu depuis lors pour permettre de conclure à une diminution suffisante de ce risque. Elle indique également avoir examiné la possibilité de recourir à des mesures moins contraignantes que l’incarcération, sans les juger suffisamment efficaces dans les circonstances de l’affaire.

Le tribunal a par ailleurs considéré qu’un nouvel examen de la détention avant l’ouverture du procès ne présenterait pas d’utilité particulière, compte tenu du calendrier désormais établi et de l’absence de changement prévisible dans la situation du prévenu.

La durée supplémentaire de détention, entre la décision de septembre et le début annoncé des audiences en novembre, n’a pas été jugée disproportionnée. Pour parvenir à cette conclusion, le tribunal a notamment pris en considération la gravité des faits reprochés, le niveau des soupçons retenus et les peines susceptibles d’être prononcées en cas de condamnation.

La décision pouvait néanmoins faire l’objet d’un recours devant la cour d’appel dans un délai de deux semaines, conformément aux indications figurant dans le procès-verbal.

Des accusations portant sur des crimes internationaux présumés

Au-delà de la question de la détention, l’affaire revêt une importance particulière en raison de la nature des accusations examinées par les autorités norvégiennes.

Le dossier fait notamment référence aux dispositions du code pénal norvégien relatives à l’incitation publique ou à l’entente en vue de commettre certains crimes internationaux, ainsi qu’à celles définissant les crimes contre l’humanité. Ces derniers peuvent notamment comprendre le meurtre, la torture, la persécution ou la privation grave de liberté lorsqu’ils s’inscrivent dans une attaque généralisée ou systématique dirigée contre une population civile.

En février 2026, les autorités norvégiennes ont également annoncé des accusations de crimes de guerre contre Ayaba Cho. Son inculpation pour ces faits a ensuite été mentionnée dans un rapport du secrétaire général des Nations unies publié en juin de la même année.

Les investigations portent notamment sur son rôle présumé dans les violences liées au conflit armé qui oppose, depuis plusieurs années, les forces gouvernementales camerounaises à des groupes séparatistes dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Ayaba Cho est présenté comme l’un des dirigeants de l’Ambazonia Governing Council, une organisation séparatiste à laquelle sont rattachées les Ambazonia Defence Forces (ADF). Les enquêteurs norvégiens s’intéressent notamment à sa responsabilité présumée dans des actes commis dans le cadre de cette crise.

Il appartiendra toutefois au tribunal d’examiner les éléments du dossier, les arguments de l’accusation et ceux de la défense. À ce stade, les accusations ne constituent pas une déclaration de culpabilité : Ayaba Cho demeure présumé innocent jusqu’à ce qu’une décision judiciaire définitive établisse sa responsabilité éventuelle.

Une détention qui dépasse les deux ans

L’arrestation d’Ayaba Cho remonte au 24 septembre 2024, à Oslo. Il avait été placé en détention provisoire dès le lendemain. Au fil des audiences, la justice norvégienne a renouvelé cette mesure à plusieurs reprises, en invoquant notamment, dans les premières décisions, le risque d’altération ou de destruction des preuves.

Le risque de fuite a ensuite pris une place importante dans les motifs avancés pour justifier la poursuite de son incarcération.

Si le calendrier annoncé est maintenu, le dirigeant séparatiste aura passé un peu plus de deux ans en détention provisoire au moment de l’ouverture de son procès, en novembre 2026. Cette période souligne la durée de la procédure préparatoire dans une affaire portant sur des accusations particulièrement graves et liées à un conflit armé prolongé.

L’ouverture des audiences devrait permettre d’examiner plus directement les faits reprochés, les éléments recueillis par les enquêteurs et les responsabilités individuelles susceptibles d’être établies.

Un procès suivi de près au Cameroun

L’affaire est susceptible de retenir l’attention au Cameroun, où le conflit anglophone demeure une question politique, sécuritaire et humanitaire majeure. Depuis le déclenchement de la crise en 2016, les violences dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont entraîné de lourdes conséquences pour les populations civiles, les infrastructures et les activités économiques.

La procédure engagée en Norvège illustre également la possibilité, pour les autorités judiciaires nationales, d’enquêter sur des crimes internationaux présumés commis à l’étranger, sous réserve des règles de compétence applicables.

Le procès annoncé à Oslo devra désormais apporter des éclaircissements sur les accusations visant Ayaba Cho et sur les éléments susceptibles d’établir sa responsabilité pénale. Son issue pourrait constituer une étape importante dans le traitement judiciaire de certains faits liés à la crise anglophone.

D’ici au 10 novembre, la détention provisoire reste donc maintenue, sauf nouvelle décision judiciaire. Le début des audiences ouvrira une phase décisive d’une procédure suivie avec attention par les observateurs du conflit camerounais et les acteurs engagés dans la recherche de réponses judiciaires aux violences commises dans les régions anglophones.

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