
La Société camerounaise d’électricité (Socadel) prévoit de consacrer 52,622 milliards de FCFA TTC à l’approvisionnement de ses centrales thermiques en fioul lourd et en gasoil. À travers deux appels d’offres publiés en octobre 2026, l’entreprise entend sécuriser la disponibilité des combustibles dans 33 installations réparties sur le territoire national, dans un contexte marqué par la nécessité de soutenir la production thermique et de limiter les déficits d’approvisionnement en énergie électrique.
Deux marchés pour garantir la disponibilité des combustibles
La Socadel renforce son dispositif d’approvisionnement en combustibles avec le lancement de deux consultations distinctes, dont le coût prévisionnel cumulé atteint 52,622 milliards de FCFA toutes taxes comprises. Datées du 13 octobre 2026 et publiées le 19 octobre par l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP), ces procédures concernent la fourniture de fioul lourd HFO 3500 et de gasoil LFO aux centrales thermiques exploitées par l’entreprise.
Financés sur le budget autonome de la société, ces marchés doivent permettre de couvrir les besoins de production de 33 centrales. Leur mise en œuvre repose sur des accords-cadres à bons de commande, un mécanisme qui permet d’adapter les livraisons aux besoins réels des installations, sans imposer un approvisionnement intégral dès la signature des contrats.
La plus importante des deux enveloppes concerne le fioul lourd, avec un montant estimatif de 36,715 milliards de FCFA. Ce combustible est destiné aux centrales thermiques de Limbé, Dibamba, Oyomabang et Logbaba. Le marché est divisé en deux lots : 17,384 milliards de FCFA pour la centrale de Limbé et 19,331 milliards pour les trois autres installations.
Les volumes contractuels prévus s’établissent à un minimum de 35 327 tonnes, avec un maximum indicatif de 70 653 tonnes. Les quantités effectivement livrées dépendront des besoins d’exploitation de la Socadel et des bons de commande émis au cours de la période contractuelle. Le marché est prévu pour quinze mois à compter de la notification de l’ordre de service de démarrage, avec un financement couvrant les exercices 2026 et 2027.
Le Nord concentre l’essentiel des besoins en gasoil
Le second marché porte sur la fourniture de gasoil aux 29 autres centrales thermiques concernées. Son coût prévisionnel est évalué à 15,907 milliards de FCFA et sa structuration prévoit sept lots, pour des volumes compris entre environ 8,94 millions et 17,87 millions de litres.
La part la plus importante revient aux centrales de Djamboutou, Guider, Kousseri et Maroua. À elles seules, ces quatre installations représentent une enveloppe de 9,519 milliards de FCFA, soit près de 60 % du budget global prévu pour l’approvisionnement en gasoil. Les quantités correspondantes varient de 4,83 millions à 9,66 millions de litres.
Un autre lot, estimé à 2,109 milliards de FCFA, concerne les centrales de Banyo, Tignère, Touboro, Ngaoundéré, Garoua-Boulaï et Ngaoundal. Les cinq autres lots couvrent notamment des installations situées dans les régions du Centre, de l’Est, du Sud, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Cette répartition met en évidence le poids des installations septentrionales dans les besoins en combustibles de la Socadel. Elle s’inscrit également dans les efforts engagés pour consolider les capacités de production du Réseau interconnecté Nord, particulièrement exposé aux tensions sur l’offre électrique lorsque les conditions hydrologiques deviennent défavorables.
Un renforcement parallèle des capacités thermiques
L’approvisionnement en combustibles constitue l’un des leviers nécessaires au fonctionnement des centrales, mais il s’accompagne aussi d’investissements dans les capacités de production. Dans cette perspective, la Socadel a lancé, le 4 octobre 2026, une autre procédure portant sur l’installation de 10 MW supplémentaires à Djamboutou, Maroua et Ngaoundéré. Le coût prévisionnel de ce projet est estimé à 9,361 milliards de FCFA.
Cette initiative vise notamment à atténuer le déficit de production observé pendant les périodes de faible hydrologie dans le bassin de la Bénoué, dont les ressources alimentent le barrage de Lagdo. La disponibilité des combustibles et l’augmentation des capacités thermiques apparaissent ainsi comme deux composantes complémentaires de la stratégie de sécurisation de l’approvisionnement électrique.
Dans ce dispositif, les centrales thermiques peuvent contribuer à compenser une partie de la baisse de production hydraulique. Leur efficacité opérationnelle reste toutefois tributaire de la régularité des livraisons, de la qualité des produits et de la maîtrise des contraintes logistiques.
Des conditions financières exigeantes pour les fournisseurs
Les entreprises souhaitant participer aux appels d’offres devront satisfaire à des critères financiers et opérationnels spécifiques. Pour le marché du gasoil, elles devront notamment préfinancer les opérations d’acquisition, de stockage, de transport et de livraison du combustible, sans bénéficier d’une avance de démarrage. Elles devront également démontrer qu’elles disposent de ressources financières et d’un chiffre d’affaires compatibles avec les lots auxquels elles soumissionnent.
Les exigences sont également élevées pour la fourniture de fioul lourd. Les candidats devront présenter une attestation bancaire établissant une capacité de financement d’au moins 5 milliards de FCFA et justifier d’un chiffre d’affaires annuel moyen minimal de 10 milliards de FCFA sur les trois derniers exercices certifiés. Ils devront en outre disposer de capacités de stockage adaptées et maintenir en permanence un stock physique d’au moins 4 000 tonnes.
À ces critères s’ajoutent les obligations relatives au transport, à la traçabilité et au contrôle de la qualité des combustibles. Ces conditions visent à garantir que les fournisseurs retenus puissent assurer la continuité des livraisons et répondre aux contraintes logistiques propres aux différentes centrales.
Des offres attendues au plus tard le 3 novembre
Les deux consultations obéissent à des calendriers d’exécution différents. Le marché du gasoil est prévu sur quatre mois, au titre des crédits de l’exercice 2026, tandis que celui du fioul lourd s’étend sur quinze mois et mobilise des financements couvrant 2026 et 2027. Les entreprises intéressées ont jusqu’au 3 novembre 2026 pour déposer leurs offres. L’échéance est fixée à 13 heures pour le marché du gasoil et à 14 heures pour celui du fioul lourd.
Il convient toutefois de distinguer les montants annoncés des dépenses effectivement engagées. Les 52,622 milliards de FCFA correspondent à une estimation prévisionnelle des approvisionnements, et non à des décaissements déjà réalisés. Les dépenses finales dépendront des marchés attribués, des commandes passées et des volumes réellement livrés.
Au-delà de leur dimension contractuelle, ces deux procédures représentent un enjeu opérationnel pour la Socadel : disposer de stocks suffisants pour faire fonctionner ses centrales, soutenir la production thermique et contribuer à la continuité de la fourniture d’électricité sur le réseau national.