Cameroun : e-gov’a 2026 pose les bases de la souveraineté numérique africaine  

Au terme du salon E-Gov’A tenu au Palais des Congrès de Yaoundé, acteurs publics, décideurs politiques et experts en technologies d’Afrique ont acté un tournant stratégique majeur avec la signature de la Déclaration de Yaoundé. En plaçant l’interopérabilité des systèmes, l’intégration de l’intelligence artificielle et la souveraineté des données au cœur des réformes, l’Afrique esquisse ainsi les contours d’une administration moderne, fluide et affranchie des lourdeurs bureaucratiques.  

À l’issue de quatre jours d’échanges intenses entre délégués gouvernementaux, concepteurs de technologies et universitaires, l’évènement phare sur l’e-Gouvernance a livré sa feuille de route à travers la Déclaration de Yaoundé. Ce document marque une rupture assumée avec la vision traditionnelle de la numérisation : il ne s’agit plus seulement d’aligner des plateformes isolées ou de dématérialiser des formulaires existants, mais de repenser entièrement le fonctionnement de l’État autour d’un principe directeur, « Sans cash, sans papier, sans rupture ».  

Durant de nombreuses années, l’effort de modernisation des ministères africains s’est caractérisé par un cloisonnement strict, créant ce que les spécialistes appellent des « silos numériques ». La Déclaration de Yaoundé préconise désormais la mise en place d’infrastructures publiques mutualisées. Grâce à ces réseaux d’échange de données sécurisés, le principe du « Once Only » devient la règle : un citoyen ne doit plus avoir à fournir un document administratif s’il figure déjà dans le registre public d’une autre administration.  

L’exemple camerounais illustre déjà concrètement cette mutation institutionnelle. L’intégration progressive de la plateforme AIGLES, dédiée à la gestion unifiée des effectifs et des soldes de la fonction publique, montre comment le recoupement automatisé des données de carrière permet de réduire les redondances et d’accélérer le traitement des dossiers des agents d’État. Dans le même esprit de modernisation pragmatique, l’adoption progressive de la signature électronique sécurisée par la quasi-totalité des départements ministériels témoigne de la volonté d’ancrer ces innovations dans le quotidien des institutions.  

Au-delà de la simplification des démarches, le rendez-vous de Yaoundé a marqué une étape décisive dans le positionnement du continent face aux avancées de l’intelligence artificielle. L’IA y est envisagée comme un catalyseur capable de transformer la gestion de la santé, de l’éducation, de la fiscalité et de l’état civil. Cependant, les signataires insistent sur une adoption guidée par une éthique rigoureuse, exigeant une gouvernance responsable, la transparence des algorithmes et une supervision humaine constante.  

Cette maîtrise technologique repose inévitablement sur la préservation de la souveraineté numérique. À ce titre, le mot d’ordre « Local First, African First » formulé lors des travaux réaffirme la nécessité impérieuse de conserver et de traiter les données publiques sur le sol africain. 

Pour soutenir cette vision, les participants ont recommandé le renforcement des centres de données locaux, le développement de capacités de calcul souveraines et la création d’un Observatoire de l’e-Gov et de l’IA en Afrique. En traçant ce cadre d’action ambitieux, la Déclaration de Yaoundé n’ouvre pas seulement une nouvelle page technologique : elle jette les fondations d’un État africain agile, transparent et résolument tourné vers l’efficacité au service du citoyen.

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