
Les violences faites aux femmes et aux enfants prennent une ampleur préoccupante au Cameroun. Face à la multiplication des cas de féminicides, d’infanticides et d’agressions sexuelles, le gouvernement a récemment tiré la sonnette d’alarme. Les statistiques officielles révèlent une progression constante de ces crimes au cours des dernières années, tandis que les associations de défense des droits humains dénoncent encore de nombreux obstacles à la dénonciation et à la prise en charge des victimes.
Une recrudescence inquiétante des violences
Les chiffres présentés par les autorités camerounaises traduisent une situation préoccupante. Selon les données officielles, 50 femmes ont été tuées en 2023, contre 67 en 2024 et 77 en 2025. La tendance ne semble pas s’inverser en 2026 puisque, entre janvier et avril seulement, 50 féminicides et 13 infanticides ont déjà été recensés sur l’ensemble du territoire.
Cette augmentation intervient dans un contexte marqué par une forte émotion au sein de l’opinion publique. Plusieurs affaires impliquant des violences sexuelles et des meurtres d’enfants ont suscité l’indignation des populations, notamment dans la capitale Yaoundé où des manifestations citoyennes ont été organisées pour réclamer davantage de protection et de justice.
Ces drames ont remis au premier plan la question de la sécurité des femmes et des enfants, ainsi que celle de l’efficacité des mécanismes de prévention existants.
Une réalité probablement sous-estimée
Pour les autorités en charge de la promotion de la femme et de la famille, les statistiques officielles ne reflètent qu’une partie du phénomène. De nombreux cas de violences ne seraient jamais signalés aux services compétents en raison de la peur, de la stigmatisation sociale ou encore de la dépendance économique de certaines victimes vis-à-vis de leurs agresseurs.
Les données issues des précédentes enquêtes nationales montrent déjà l’ampleur du problème. Une proportion importante de femmes affirme avoir été confrontée à des violences physiques, sexuelles ou psychologiques au cours de sa vie.
Cette sous-déclaration complique considérablement l’évaluation réelle du phénomène et limite l’efficacité des politiques publiques destinées à lutter contre ces violences.
Les proches souvent impliqués dans les actes de violence
Les informations communiquées par les autorités indiquent que les auteurs présumés des violences sont, dans une grande majorité des cas, des personnes appartenant à l’entourage immédiat des victimes. Conjoints, membres de la famille, voisins ou connaissances figurent fréquemment parmi les personnes mises en cause.
Cette réalité rend la lutte contre les violences particulièrement complexe. Les victimes se retrouvent souvent confrontées à des pressions familiales ou sociales qui les dissuadent de porter plainte ou de poursuivre les procédures judiciaires.
Les organisations de défense des droits des femmes estiment que cette proximité entre victimes et agresseurs contribue à renforcer le silence autour de nombreux cas.
Des dispositifs existants, mais une confiance encore fragile
Le gouvernement rappelle l’existence de plusieurs mécanismes destinés à protéger les victimes, notamment des numéros d’urgence, des espaces d’accueil sécurisés et des unités spécialisées au sein de certains services de police et de gendarmerie.
Cependant, de nombreuses associations considèrent que ces dispositifs restent insuffisamment connus ou accessibles. Elles soulignent également que certaines victimes se sentent mal accueillies lorsqu’elles tentent de dénoncer des violences, ce qui peut les décourager d’engager des démarches judiciaires.
Pour les acteurs de la société civile, l’amélioration de l’écoute, de l’accompagnement psychologique et de la prise en charge judiciaire constitue une priorité pour restaurer la confiance des populations.
Une loi toujours attendue
Parmi les réponses envisagées figure un projet de loi consacré à la lutte contre les violences basées sur le genre. Élaboré depuis 2024 avec l’appui de partenaires internationaux, ce texte n’a pas encore été soumis à l’examen du Parlement.
Les autorités affirment vouloir poursuivre les démarches nécessaires à son adoption afin de renforcer le cadre juridique de protection des femmes et des enfants.
Pour de nombreux observateurs, l’adoption de cette loi constituerait une étape importante, mais elle devra s’accompagner de moyens financiers, de campagnes de sensibilisation et d’un renforcement des institutions chargées de protéger les victimes.
Un défi majeur pour la société camerounaise
La progression des féminicides et des violences contre les enfants met en lumière un défi social et sécuritaire majeur. Au-delà des statistiques, chaque cas rappelle les conséquences humaines dramatiques de ces violences et la nécessité d’une mobilisation collective.
Alors que les autorités promettent de poursuivre leurs efforts, les familles, les associations et les organisations de défense des droits humains appellent à des actions concrètes capables de freiner cette spirale inquiétante et de garantir une meilleure protection des personnes les plus vulnérables.