Cameroun : le gouvernement serre l’étau autour de l’orpaillage illégal

Le ministère camerounais des Mines a ordonné la suspension immédiate des activités de près de 200 entreprises impliquées dans l’exploitation artisanale semi-mécanisée de l’or dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Les autorités dénoncent des opérations menées sans titres miniers valides, dans un secteur marqué par la fraude, l’opacité et de fortes pressions économiques.

Le gouvernement camerounais intensifie son offensive contre l’exploitation minière illégale. Dans un communiqué signé le 13 mai 2026, le ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Pr Fuh Calistus Gentry, a sommé les exploitants non conformes à la réglementation de cesser immédiatement leurs activités. Les entreprises concernées doivent également démonter leurs installations de traitement de l’or et autres équipements présents sur les sites d’exploitation.

Cette décision fait suite à une mission de contrôle menée quelques semaines plus tôt dans plusieurs localités minières de l’Est du pays. Les autorités affirment avoir identifié environ 200 sociétés opérant sans autorisation ou ne respectant pas leurs obligations légales. Selon le ministère, plus de 95 % de ces structures sont détenues par des intérêts étrangers.

Le membre du gouvernement prévient que tout refus d’obtempérer entraînera des opérations de démantèlement forcé, réalisées aux frais des exploitants concernés, avec l’appui des forces de maintien de l’ordre. Des poursuites judiciaires pourraient également être engagées contre les contrevenants.

Les services du ministère soulignent par ailleurs que nombre de ces entreprises disposent de représentants peu identifiés, parfois limités à des interprètes, et coopèrent difficilement avec l’administration lors des contrôles sur le terrain.

Dans le cadre de cette politique d’assainissement, plusieurs mesures réglementaires ont récemment été adoptées. Depuis avril 2026, les autorisations d’ouverture d’unités de fusion d’or sont désormais réservées aux Camerounais ou aux sociétés de droit camerounais détenues majoritairement par des nationaux. Le gouvernement a également limité l’implantation de ces unités aux régions de l’Est, de l’Adamaoua, du Nord et du Sud.

Les exploitants semi-mécanisés sont aussi soumis à de nouvelles exigences de production. Les seuils minimaux varient désormais entre cinq et dix kilogrammes d’or par mois, selon la capacité des installations de lavage présentes sur chaque site.

Au-delà de l’illégalité des activités, plusieurs observateurs dénoncent les failles persistantes dans la gouvernance du secteur. Justin Landry Chekoua, responsable du programme Mines, biodiversité et énergie à l’ONG FODER, estime que l’État porte une part de responsabilité dans la situation actuelle. Selon lui, les agents de la Société nationale des Mines (Sonamines) sont présents sur les sites pour collecter les taxes, sans toujours vérifier la conformité administrative des exploitants.

L’activiste évoque également l’influence de certaines élites politiques qui protégeraient des opérateurs clandestins, compliquant les opérations de contrôle engagées par les autorités.

Le secteur aurifère camerounais reste en outre confronté à d’importants soupçons de fraude. En 2025, un rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) avait révélé un écart majeur entre les chiffres officiels d’exportation d’or du Cameroun et les volumes déclarés par les Émirats arabes unis. Alors que Yaoundé annonçait seulement 22 kilogrammes exportés en 2023, les autorités émiraties faisaient état de 15 tonnes d’or en provenance du Cameroun.

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