
L’interpellation annoncée du lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait Arnaud, le samedi 17 octobre 2026 à Yaoundé, ouvre un nouvel épisode dans le dossier de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Quelques jours auparavant, cet officier supérieur de gendarmerie, cité parmi les témoins de l’accusation, avait publiquement fait état de menaces contre sa vie et sollicité une audition urgente devant le Tribunal militaire. Si les circonstances de son interpellation sont rapportées par plusieurs médias, les motifs de cette opération n’ont, à ce stade, pas été officiellement établis dans les informations disponibles. Entre chronologie troublante, enjeux liés à un témoignage attendu et interrogations sur la procédure, plusieurs questions restent à éclaircir.
Une interpellation au lendemain d’alertes sur sa sécurité
Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait Arnaud aurait été interpellé à son domicile du quartier Golf, à Yaoundé, dans l’après-midi du samedi 17 octobre 2026. Selon les informations publiées par Panorama Papers, l’opération aurait été menée par une équipe de gendarmes placée sous la conduite du colonel Joseph Désiré Nguele, commandant de la Légion de gendarmerie du Centre. Les circonstances précises de l’intervention, les éventuelles instructions qui l’auraient motivée et la destination de l’officier après son interpellation restent à confirmer. Aucune explication officielle sur les raisons de cette opération n’est rapportée dans les informations consultées.
Ce qui retient particulièrement l’attention, c’est le calendrier des événements. Le 13 octobre, quelques jours seulement avant l’interpellation annoncée, l’officier s’était présenté au Tribunal militaire de Yaoundé alors que se poursuivaient les débats dans l’affaire Martinez Zogo. Il avait fait part de ses craintes pour sa sécurité et réaffirmé sa volonté de témoigner dans cette procédure. Le président de la juridiction avait alors demandé au commissaire du gouvernement de prendre des dispositions pour assurer sa protection, selon plusieurs comptes rendus de presse.
Cette succession d’événements constitue le premier point à examiner. Pourquoi un officier qui venait de solliciter la protection de la justice se retrouve-t-il, quelques jours plus tard, au centre d’une opération d’interpellation ? Existe-t-il un lien entre les deux épisodes ou s’agit-il de démarches distinctes ? En l’absence d’informations officielles sur les motifs de l’intervention, aucune conclusion définitive ne peut être tirée.
Des menaces alléguées et une demande d’audition urgente
Dans une correspondance datée du 13 octobre 2026 et adressée au ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, le lieutenant-colonel Ayissi Nanga aurait décrit une situation qu’il jugeait dangereuse pour lui et ses proches. Il y évoquait notamment une tentative d’homicide dont il affirme avoir été victime à Ebolowa, dans la nuit du 19 au 20 août 2026. Il faisait également état de pressions et de menaces qu’il estimait susceptibles d’influencer sa future déposition devant la juridiction militaire. Ces déclarations, rapportées par plusieurs médias, demeurent des allégations qui nécessitent des vérifications judiciaires.
L’officier ne se serait pas limité à signaler les menaces présumées. Sa démarche visait également à obtenir une occasion de déposer rapidement devant le tribunal, alors que le procès se poursuit. Cette double préoccupation — assurer sa sécurité et faire entendre son témoignage — confère à son interpellation une dimension judiciaire particulière.
Il reste néanmoins essentiel de distinguer deux questions : la réalité des menaces dénoncées par l’officier et les raisons de son interpellation. Même si ces événements sont rapprochés dans le temps, rien ne permet, en l’état des informations disponibles, d’affirmer que l’un a provoqué l’autre.
Un témoin qui pourrait détenir des informations utiles à la procédure
L’intérêt porté à cette affaire tient aussi au rôle antérieur d’Ayissi Nanga dans les investigations sur la mort de Martinez Zogo. Alors qu’il commandait le Groupement de gendarmerie territoriale du Mfoundi, il avait participé aux travaux de la commission mixte d’enquête mise en place après l’assassinat du journaliste. Il est depuis présenté comme un témoin de l’accusation dans la procédure devant le Tribunal militaire de Yaoundé.
Sa connaissance de certaines étapes des investigations initiales pourrait donc intéresser les débats judiciaires. Mais la nature exacte des informations qu’il souhaite communiquer, leur portée et les éventuels éléments matériels susceptibles de les étayer ne peuvent être présumés. Seule une déposition régulièrement recueillie et examinée contradictoirement permettrait d’en apprécier la valeur dans le cadre du procès.
Dès lors, l’interpellation annoncée soulève une interrogation centrale : dans quelles conditions l’officier pourra-t-il exercer ses droits et, le cas échéant, être entendu par la juridiction ? La réponse dépendra notamment du fondement juridique de la mesure prise à son encontre et des décisions des autorités compétentes.
Les motifs de l’interpellation : la principale zone d’ombre
À ce stade, plusieurs éléments manquent pour reconstituer précisément la séquence judiciaire. Les informations publiées ne permettent pas de déterminer si l’opération relève d’une procédure disciplinaire, d’une enquête distincte, d’une mesure prise dans le cadre d’une procédure judiciaire ou d’un autre fondement légal. Il serait donc hasardeux d’attribuer à cette interpellation un motif particulier sans disposer d’une notification officielle, d’un acte de procédure ou d’une déclaration des autorités concernées.
Plusieurs points méritent notamment des éclaircissements : quelle autorité a ordonné l’interpellation ? Quels faits précis sont éventuellement reprochés à l’officier ? A-t-il été présenté à une autorité judiciaire ? Quelle suite a été réservée à sa demande de protection formulée devant le tribunal ? Enfin, son audition comme témoin dans l’affaire Martinez Zogo demeure-t-elle programmée ?
Ces questions sont déterminantes pour comprendre la portée réelle de l’événement. Elles permettraient aussi d’éviter que la proximité entre sa demande d’audition urgente et son interpellation ne donne lieu à des interprétations qui ne seraient pas étayées par des faits vérifiés.
Une affaire qui remet la protection des témoins au premier plan
Au-delà du cas personnel du lieutenant-colonel Ayissi Nanga, cet épisode remet en lumière la question de la sécurité des personnes appelées à contribuer à une procédure judiciaire sensible. Lorsqu’un témoin affirme subir des menaces, la réponse des autorités doit pouvoir être appréciée à partir de mesures concrètes, de décisions traçables et du respect des garanties prévues par la loi.
Dans le dossier Martinez Zogo, où les investigations et les débats judiciaires ont mis en cause plusieurs personnalités, la clarification des circonstances de cette interpellation revêt donc une importance particulière. Elle suppose que les autorités compétentes précisent, dans la mesure permise par la procédure, le fondement de l’opération et la situation juridique de l’officier.
« Comment peut-on venir m’interpeller sans mandant d’amener comme le demande la loi ? » s’est indigné le lieutenant-colonel Ayissi Nanga.