Cameroun : la Sonara condamnée à payer 42,8 milliards FCFA à Sahara Energy

La Société nationale de raffinage (Sonara) a épuisé ses recours devant la justice britannique dans le litige qui l’oppose à la société nigériane Sahara Energy. Le raffineur camerounais devra s’acquitter d’environ 42,8 milliards de FCFA, au titre de cargaisons de pétrole brut livrées entre 2013 et 2016 et dont le règlement n’aurait pas été intégralement effectué. Une nouvelle charge qui pourrait, en dernier ressort, peser sur les finances publiques.

La facture s’alourdit pour la Société nationale de raffinage. Après plusieurs années de procédure, la Sonara a perdu son dernier recours devant les juridictions britanniques dans le différend qui l’oppose à Sahara Energy, entreprise nigériane spécialisée dans le négoce et la fourniture de produits pétroliers.

À l’issue de cette bataille judiciaire, le montant réclamé au raffineur camerounais avoisine 75 millions de dollars, soit environ 42,8 milliards de FCFA. Cette somme correspond à des engagements liés à plusieurs cargaisons de pétrole brut acquises auprès de Sahara Energy entre 2013 et 2016. Le contentieux ne porte pas seulement sur la valeur du pétrole livré. Il concerne également différents frais financiers prévus dans les accords conclus entre les deux parties, notamment les intérêts liés au financement des cargaisons et les pertes de change.

Une dette qui s’est alourdie avec le temps

Le dossier met en lumière les conséquences financières d’un règlement tardif des factures pétrolières. Selon les éléments disponibles, le brut avait bien été livré à la Sonara et utilisé, mais certaines obligations financières prévues dans les contrats n’auraient pas été entièrement honorées.

Avec le temps, les coûts associés à ces retards se sont accumulés. Les intérêts de financement et les effets des variations de change ont ainsi contribué à gonfler considérablement la facture initiale.

Pour l’expert des questions pétrolières Robert Mouthe Ambassa, cette situation traduit notamment des défaillances dans la gestion des opérations financières du secteur pétrolier. Dans les transactions de cette nature, explique-t-il en substance, les délais de règlement peuvent rapidement générer des charges supplémentaires et alourdir une dette déjà importante. Au-delà du montant de la condamnation, le dossier pose donc la question de la capacité des responsables concernés à anticiper les conséquences financières des retards de paiement.

Une nouvelle pression sur les finances publiques

La condamnation intervient alors que la situation financière de la Sonara demeure fragile. L’entreprise, lourdement affectée par l’incendie de 2019 qui avait détruit une partie de ses installations de Limbe, fait depuis plusieurs années l’objet d’un important processus de restructuration et de reconstruction. Dans ce contexte, la capacité du raffineur à supporter seul une nouvelle créance de plusieurs dizaines de milliards de FCFA apparaît incertaine.

L’économiste Serge Alain Godong estime ainsi que l’État pourrait être appelé à intervenir, compte tenu du rôle joué par le ministère des Finances dans la supervision financière de la Sonara. Si la société ne dispose pas d’une trésorerie suffisante pour régler la condamnation, la charge pourrait donc, directement ou indirectement, se retrouver sur le budget de l’État.

Une telle perspective ajouterait une nouvelle contrainte aux finances publiques camerounaises, déjà sollicitées par le service de la dette, le financement des grands projets et la prise en charge des engagements des entreprises publiques.

Pourquoi la facture n’a-t-elle pas été réglée à temps ?

Au-delà de l’aspect judiciaire, cette affaire soulève surtout une question de gouvernance : pourquoi les sommes dues à Sahara Energy n’ont-elles pas été intégralement réglées dans les délais prévus par les contrats ?

Le président du Comité citoyen de vigilance financière, Charles Menye, appelle ainsi à reconstituer la chaîne de décision ayant conduit à cette situation. Il s’agit notamment de déterminer si la Sonara disposait des ressources nécessaires au moment des échéances, si elle avait sollicité un appui financier et quelles décisions ont été prises lorsque les factures n’ont pas été soldées.

Cette clarification apparaît d’autant plus importante que la condamnation ne concerne pas une dépense nouvelle, mais une obligation contractuelle ancienne qui a progressivement changé d’échelle sous l’effet des intérêts et des variations monétaires. L’enjeu est donc désormais de comprendre comment une dette commerciale née de livraisons effectuées il y a plus d’une décennie a pu se transformer en une créance de plusieurs dizaines de milliards de FCFA.

Yaoundé reste discret sur le dossier

Autre élément notable : la décision de la justice britannique, intervenue il y a environ deux mois, n’a jusqu’ici suscité aucune communication publique significative des autorités camerounaises. Ce silence entretient les interrogations sur les suites que le gouvernement entend donner à cette condamnation, notamment sur les modalités de règlement de la somme et sur les responsabilités administratives ou managériales à l’origine du contentieux.

La question est également de savoir si un audit interne sera engagé afin d’établir les circonstances précises dans lesquelles les engagements contractuels n’ont pas été entièrement exécutés. Une série de contentieux coûteux pour l’État. Cette nouvelle condamnation intervient surtout dans un contexte où le Cameroun fait déjà face à d’autres décisions judiciaires défavorables impliquant des sommes importantes.

En juillet 2026, le pays avait notamment été condamné à verser environ 353 milliards de FCFA à la société minière australienne Sundance Resources, dans le cadre d’un autre contentieux. La condamnation de la Sonara à verser 42,8 milliards de FCFA à Sahara Energy vient ainsi rappeler le coût potentiellement élevé des litiges commerciaux internationaux lorsque les engagements contractuels ne sont pas exécutés dans les délais.

Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse désormais le seul règlement de cette créance. Il s’agit également de tirer les leçons de ces procédures afin de limiter l’accumulation de pénalités, d’intérêts et de frais financiers qui finissent par transformer des différends commerciaux en charges significatives pour les finances publiques.

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