
Le Cameroun pourrait bientôt renforcer sa politique fiscale sur les produits du tabac afin de freiner leur consommation et d’améliorer le financement de la santé publique. Réunis à Mbankomo, des experts nationaux et internationaux ont démontré, à travers des simulations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qu’une augmentation progressive des taxes sur les cigarettes permettrait de réduire sensiblement le nombre de fumeurs tout en générant davantage de recettes pour soutenir la Couverture Santé Universelle.
Le gouvernement camerounais poursuit sa réflexion sur le renforcement des mesures de lutte contre le tabagisme en s’appuyant sur l’instrument fiscal. À l’occasion d’un atelier technique organisé à Mbankomo du 22 au 24 juillet 2026, les participants ont analysé les effets qu’aurait une augmentation des taxes sur les produits du tabac, tant sur la consommation que sur les finances publiques.
Les travaux ont réuni des représentants du ministère de la Santé publique, du ministère des Finances, des Directions générales des Douanes et des Impôts, ainsi que des organisations de la société civile et des spécialistes internationaux de la fiscalité du tabac. La rencontre était présidée par le Dr Solange Kouakap, Inspecteur général des services pharmaceutiques et des laboratoires, tandis que les échanges étaient coordonnés par le Dr Hassan Bachir, directeur de la Promotion de la santé.
L’un des principaux constats issus de cet atelier est que la fiscalité appliquée aux produits du tabac demeure relativement faible au Cameroun. En intégrant les différents prélèvements existants — droits d’accise, taxe sur la valeur ajoutée (TVA), vignette fiscale et taxe spécifique de 5 000 FCFA par mille cigarettes —, la pression fiscale atteint actuellement 38,4 %, un niveau nettement inférieur au seuil de 70 % recommandé par l’Organisation mondiale de la santé pour réduire efficacement la consommation de tabac.
Pour mesurer les effets d’une éventuelle réforme, les experts ont utilisé TaXSIM, l’outil de simulation développé par l’OMS pour accompagner les gouvernements dans l’élaboration de leurs politiques fiscales. Les projections réalisées montrent qu’un relèvement de la taxe spécifique de 5 000 à 10 000 FCFA par mille cigarettes dès 2027 porterait la charge fiscale globale à environ 52 %. Une nouvelle augmentation à 15 000 FCFA en 2028 permettrait d’atteindre près de 65 %, rapprochant ainsi le Cameroun des standards internationaux.

Selon ces simulations, l’impact sanitaire serait significatif. La hausse des prix entraînerait une diminution progressive de la consommation de tabac, avec une estimation de 47 000 fumeurs en moins dès 2027, puis 65 000 fumeurs supplémentaires en moins en 2028. Les experts estiment que cette politique serait particulièrement efficace pour décourager l’initiation au tabac chez les adolescents et les jeunes adultes, plus sensibles aux variations de prix.
Les analyses ont également mis en évidence l’intérêt d’appliquer une fiscalité uniforme aux cigarettes produites localement et à celles importées. Une telle harmonisation permettrait de limiter les distorsions de concurrence, de renforcer l’efficacité des mesures fiscales et d’aligner le dispositif camerounais sur les meilleures pratiques internationales en matière de lutte contre le tabagisme.
Au-delà de son objectif sanitaire, cette réforme constituerait également un levier de mobilisation des ressources publiques. Les recettes supplémentaires générées pourraient être affectées au financement des actions de prévention, au dépistage et à la prise en charge des maladies non transmissibles, notamment dans le cadre de la mise en œuvre de la Couverture Santé Universelle (CSU), priorité des autorités sanitaires camerounaises.
Les participants ont enfin souligné que cette réflexion ne se limitera pas aux cigarettes traditionnelles. De nouveaux travaux sont déjà annoncés pour évaluer les modalités de taxation des produits nicotiniques émergents, en particulier les cigarettes électroniques et autres dispositifs de vapotage, dont la présence se développe progressivement sur le marché camerounais. L’objectif est d’anticiper les évolutions du secteur et d’adapter le cadre réglementaire afin de préserver durablement la santé des populations.