139 milliards FCFA : les zones d’ombre du financement BID de la route Douala-Bafoussam

La Banque islamique de développement prévoit de financer à hauteur de 139,3 milliards de FCFA la réhabilitation de l’axe Douala-Bafoussam. Si le prêt doit courir sur 20 ans, dont cinq ans de « période de gestation », plusieurs paramètres financiers restent encore inconnus. Surtout, plus d’un an après l’approbation du financement, l’accord avec le Cameroun n’était toujours pas signé début septembre 2026.

La réhabilitation de la route Douala-Bafoussam franchit progressivement les différentes étapes de son montage financier, mais le démarrage effectif du projet reste suspendu à la finalisation de plusieurs procédures. Dans sa présentation aux investisseurs de septembre 2026, la Banque islamique de développement (BID) annonce une enveloppe de 212,35 millions d’euros, soit environ 139,3 milliards de FCFA, destinée à financer l’essentiel des travaux.

Le financement projeté représente près de 92,35 % du coût global de l’opération, estimé à 229,93 millions d’euros, soit environ 150,82 milliards de FCFA. Le solde, évalué à 17,58 millions d’euros, correspondant à près de 11,53 milliards de FCFA, devrait être pris en charge par l’État camerounais. Mais derrière ces montants se cache encore une équation financière incomplètement documentée.

Un financement sur 20 ans, mais un coût encore difficile à mesurer

Selon la présentation publiée par la BID, la durée du financement est fixée à 20 ans, avec une période de cinq ans qualifiée de « période de gestation ». La banque ne détaille toutefois pas, dans ce document, la manière dont cette période doit s’articuler avec le remboursement du principal.

Cette absence d’informations laisse également en suspens plusieurs paramètres essentiels : taux ou marge appliquée au financement, commissions, garanties exigées, rythme des décaissements, profil d’amortissement ou encore calendrier précis des remboursements.

Autrement dit, si le montant de l’enveloppe est désormais clairement identifié, le coût réel de l’opération pour les finances publiques ne peut pas encore être déterminé avec précision. Pour l’État camerounais, la question ne porte donc pas uniquement sur les 139,3 milliards de FCFA mobilisables, mais également sur les conditions auxquelles cette ressource sera remboursée.

Une première communication gouvernementale, datant de mars 2025, évoquait une participation de la BID à hauteur de 92 % contre 8 % pour le Cameroun. La ventilation présentée en septembre 2026 affine désormais cette répartition à 92,35 % pour la banque et 7,65 % pour l’État.

Un financement approuvé, mais toujours pas formalisé

Autre particularité du dossier : l’approbation du financement par la BID ne s’est pas encore traduite par la mise à disposition effective des fonds. Le conseil d’administration de la banque avait approuvé l’opération le 19 mai 2025, lors de sa 360e réunion tenue à Alger. Cette décision constituait un feu vert institutionnel au financement, mais elle ne valait pas signature de l’accord avec le Cameroun.

Plus d’un an plus tard, au 3 septembre 2026, le document contractuel n’était toujours pas signé. D’après des informations attribuées au ministère des Travaux publics et rapportées par Actu Cameroun, le gouvernement attendait encore le décret habilitant le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire à conclure l’accord avec la BID.

Le ministère des Travaux publics aurait, par ailleurs, sollicité une prolongation d’un an du délai accordé au Cameroun pour formaliser le financement. Cette situation contribue à expliquer pourquoi le projet, bien que bénéficiant d’un financement approuvé depuis 2025, n’a pas encore atteint la phase pleine et entière d’exécution.

Des marchés préparés avant même la signature

Le calendrier du projet présente toutefois une particularité : certaines procédures de passation des marchés ont été engagées en amont de la conclusion de l’accord de financement. Le 30 juillet 2025, la BID avait donné son accord pour le lancement anticipé des procédures concernant notamment les entreprises chargées des travaux, la mission de contrôle et le cabinet d’audit.

Début septembre 2026, les rapports issus de ces procédures avaient été transmis à la banque pour examen et validation, selon les informations disponibles. Cette anticipation vise manifestement à réduire les délais une fois les dernières formalités financières achevées. Mais elle souligne également le décalage entre un projet dont les procédures techniques avancent et un financement qui attend encore sa formalisation juridique.

Une incohérence sur la date d’approbation

Le dossier comporte par ailleurs une divergence documentaire qui mérite d’être clarifiée. La présentation de la BID datée de septembre 2026 mentionne le 7 décembre 2025 comme date d’approbation du financement. Or, le communiqué officiel publié par la banque situe l’approbation par son conseil d’administration au 19 mai 2025.

Il pourrait s’agir de deux étapes différentes du processus de validation ou d’une mise à jour administrative intervenue ultérieurement. Toutefois, la documentation publique consultée ne permet pas, à ce stade, d’établir avec certitude la signification de cette seconde date.

Près de 219 km de route à réhabiliter

Sur le terrain, le projet couvre un linéaire de 218,9 km entre Douala et Bafoussam. L’itinéraire a été subdivisé en trois principaux lots : Bekoko-Penja, long de 70 km, Penja-pont du Nkam, sur 77,7 km, et pont du Nkam-Bandjoun, sur 71,2 km.

À cette infrastructure principale doivent s’ajouter 108 km de routes locales ou rurales, selon la présentation de septembre 2026. Une communication antérieure du ministère des Travaux publics évoquait, elle, environ 110 km de routes en terre. Cet écart pourrait relever d’un ajustement du périmètre du projet ou d’un simple arrondi, mais les documents disponibles ne permettent pas de le confirmer.

Le programme ne se limite d’ailleurs pas à la chaussée. Il prévoit également des interventions sur des infrastructures socio-économiques, notamment des écoles, des centres de santé, des marchés, des équipements agricoles ainsi que des installations d’approvisionnement en eau. La BID ne précise cependant pas encore le nombre exact d’équipements concernés, leur localisation ni la part du budget global qui leur sera consacrée.

Jusqu’à quatre ans de travaux

Une fois les marchés attribués et les ordres de service délivrés, les délais d’exécution annoncés sont de 48 mois pour les tronçons Bekoko-Penja et Penja-pont du Nkam. Le dernier tronçon, entre le pont du Nkam et Bandjoun, devrait nécessiter 42 mois de travaux.

Ces échéances opérationnelles sont distinctes de la maturité de 20 ans du financement. Elles ne commenceront réellement à courir qu’après la finalisation des procédures contractuelles et le démarrage effectif des chantiers. À terme, la réhabilitation de cet axe stratégique doit améliorer la liaison entre le principal pôle économique du pays, Douala, et l’Ouest camerounais, tout en renforçant la circulation des personnes et des marchandises.

Mais avant de mesurer les effets économiques attendus de l’infrastructure, le gouvernement devra encore franchir une étape déterminante : transformer l’engagement financier de la BID en un accord effectivement signé et préciser les conditions financières qui détermineront, pendant deux décennies, le coût de cette opération pour l’État camerounais.

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