
Le Cameroun entend faire de son sous-sol un véritable levier de croissance économique. À l’occasion d’une conférence de presse conjointe organisée le 15 juillet 2026 à Yaoundé, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, et le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, le Pr Fuh Calistus Gentry, ont présenté les principaux axes de la réforme engagée dans le secteur minier. Entre lancement de grands projets industriels, lutte contre l’exploitation illégale de l’or et renforcement de la gouvernance, le gouvernement affiche son ambition de transformer durablement la contribution des ressources minières à l’économie nationale.
Une nouvelle étape pour le secteur minier
Longtemps considéré comme un pays au potentiel minier largement sous-exploité, le Cameroun affirme sa volonté d’accélérer la mise en valeur de ses ressources naturelles. Les autorités souhaitent désormais passer d’une exploitation limitée à une véritable industrie minière capable de soutenir la diversification de l’économie, de créer des emplois et d’accroître les recettes publiques.
Cette nouvelle orientation repose sur plusieurs piliers : le développement de projets industriels de grande envergure, l’amélioration de la gouvernance du secteur, la formalisation des activités artisanales, la protection de l’environnement et une meilleure traçabilité de la production, notamment dans la filière aurifère.
Cinq projets structurants appelés à transformer le paysage minier
Le gouvernement a confirmé l’entrée en phase opérationnelle de plusieurs projets considérés comme stratégiques pour l’économie nationale. Parmi eux figurent les projets d’exploitation du minerai de fer de Bipindi–Grand-Zambi et de Kribi-Lobé, le gisement de bauxite de Minim-Martap, le projet de valorisation du marbre de Bidzar ainsi que le développement de la mine d’or industrielle de Colomine.
À ces investissements s’ajoutent les perspectives ouvertes par les importants gisements de fer de Mbalam, Nkout et Ngovayang, ainsi que les projets aurifères de Mborguéné et de Bibemi. Pour les autorités, ces différents sites constituent les fondements d’une future industrie minière capable de soutenir la croissance économique, de renforcer les infrastructures nationales et de générer des milliers d’emplois directs et indirects.
Une répartition plus claire des responsabilités
Le gouvernement souhaite également mettre un terme aux confusions qui entourent les missions des différentes institutions intervenant dans le secteur de l’or.
Le ministère des Mines conserve son rôle de définition de la politique minière, de délivrance des titres, de contrôle des exploitations et de certification des exportations. En revanche, il ne participe ni aux opérations d’achat ni à la commercialisation de l’or.
Ces missions relèvent principalement de la Société nationale des Mines (SONAMINES), chargée de suivre la production, de collecter la part revenant à l’État et d’encadrer la commercialisation des substances précieuses issues de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée. Les administrations fiscales et douanières interviennent, quant à elles, dans la sécurisation des recettes et le contrôle des exportations.

Le défi de la sous-déclaration de la production aurifère
L’une des préoccupations majeures des autorités concerne les écarts constatés entre les quantités d’or produites, les volumes officiellement déclarés et les exportations enregistrées. Selon les explications fournies par le ministre en charge des Mines, il ne s’agirait pas principalement d’une disparition physique de l’or appartenant à l’État, mais plutôt d’une sous-déclaration de la production par certains exploitants. Cette pratique prive le Trésor public d’une partie des recettes issues de l’impôt synthétique minier et des taxes à l’exportation.
Pour y remédier, le gouvernement prévoit un renforcement des contrôles sur les sites de production, un suivi plus rigoureux des différentes étapes de récupération du minerai ainsi que l’instauration de seuils minimaux de livraison destinés à améliorer la transparence des opérations.
Fin des détournements des permis de recherche
Les autorités entendent également remettre de l’ordre dans l’utilisation des permis de recherche. Ces autorisations, destinées exclusivement aux travaux d’exploration géologique, auraient parfois été utilisées comme des titres d’exploitation déguisés ou comme des moyens de mettre des espaces miniers à la disposition d’opérateurs semi-mécanisés.
Le gouvernement annonce ainsi le retrait des permis utilisés en dehors de leur objet initial afin de recentrer les activités de recherche sur leur vocation première : identifier les ressources, produire des données géologiques fiables et préparer les futurs projets industriels.
Plus de 200 opérateurs dans le viseur
Les opérations de contrôle menées ces derniers mois ont permis d’identifier plus de 200 sociétés exerçant sans autorisation ou en violation de la réglementation.
Au total, 137 dossiers ont déjà été transmis aux juridictions compétentes. Les autorités précisent toutefois qu’un processus de régularisation reste possible pour les entreprises qui accepteront de se conformer aux nouvelles exigences administratives, fiscales et environnementales.
La réforme prévoit notamment l’obligation de constituer une caution destinée à financer la réhabilitation des sites après exploitation, le renforcement de la participation des investisseurs nationaux dans les sociétés minières, la modernisation des procédés d’extraction et un meilleur contrôle des bassins de lixiviation afin de mesurer avec précision les quantités d’or effectivement récupérées.
Une réforme tournée vers la transparence
Au-delà des mesures de contrôle, le gouvernement affiche une ambition plus large : faire du secteur minier un moteur de la transformation économique du Cameroun. Les autorités espèrent augmenter significativement les productions officiellement déclarées, améliorer les recettes fiscales, accroître les réserves nationales en or et accompagner progressivement la transition de l’exploitation artisanale semi-mécanisée vers une véritable industrie minière moderne.
À terme, cette restructuration devrait permettre au pays de mieux valoriser ses ressources naturelles, de renforcer la confiance des investisseurs et d’assurer que les richesses minières profitent davantage à l’État, aux collectivités locales et aux populations riveraines des sites d’exploitation.