Cameroun-Promotion des investissements : pourquoi les milliards agréés par l’Api ne créent pas assez d’emplois

Le modèle d’incitation aux investissements privés au Cameroun affiche des résultats contrastés qui interpellent les planificateurs économiques.

Selon le bilan décennal présenté par l’Agence de Promotion des Investissements, l’API, un volume de 1 900 milliards de FCFA d’investissements a été agréé depuis la mise en œuvre de la loi de 2014 fixant les incitations fiscales et douanières. Cependant, la retombée sociale majeure attendue de cette politique bat de l’aile, puisque seulement 22% des emplois initialement annoncés par les opérateurs économiques ont effectivement été créés sur le terrain.

L’analyse macroéconomique de ce fossé entre les capitaux validés et les insertions professionnelles réelles met en lumière le phénomène des effets d’aubaine. De nombreuses entreprises ont massivement profité des exonérations fiscales et des facilités douanières à l’importation d’équipements sans pour autant concrétiser leurs promesses d’embauche. Cette situation s’explique en partie par la nature hautement capitalistique de certains projets industriels agréés qui privilégient l’automatisation au détriment de la main-d’œuvre locale, mais aussi par les difficultés structurelles du climat des affaires qui freinent le déploiement opérationnel complet des usines après la phase d’octroi des privilèges.

Pour l’État camerounais, ce déséquilibre représente un coût fiscal important qui ne trouve pas sa contrepartie légitime dans la résorption du chômage des jeunes. Face à ce constat, le grand défi pour l’API et les autorités de tutelle réside dans la transition d’une politique d’attractivité quantitative vers un mécanisme de conditionnalité stricte. Il devient impératif d’adosser le maintien des avantages fiscaux à des audits périodiques rigoureux, obligeant les investisseurs à transformer leurs intentions de création d’emplois en réalités concrètes sous peine de sanctions financières, afin que l’effort consenti par le contribuable national serve véritablement l’intérêt social.

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