
Alors que le projet hydroélectrique de Nachtigal est présenté comme le remède miracle à la crise énergétique du Cameroun, une réalité comptable vient assombrir le tableau. Selon des sources proches du dossier, les impayés de l’État envers la Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) atteignent désormais près de 70 milliards de FCFA. Une situation qui soulève des questions sur la viabilité financière du secteur.
Le fleuve Sanaga gronde, les turbines tournent, mais les caisses de la NHPC, elles, peinent à se remplir au rythme prévu. Le fleuron énergétique du pays, d’une capacité finale de 420 MW, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une impasse financière qui pourrait fragiliser l’ensemble de l’édifice économique du secteur de l’électricité.
Le montage financier de Nachtigal est une prouesse de partenariat public-privé (PPP), impliquant des acteurs de premier plan comme EDF, la SFI (Groupe de la Banque mondiale) et l’État du Cameroun. Cependant, ce modèle repose sur une condition sine qua non : la capacité du secteur à rémunérer le producteur pour l’énergie injectée dans le réseau.
Avec une ardoise qui frôle les 70 milliards de FCFA, le risque est désormais systémique. « Si le producteur n’est pas payé, c’est sa capacité à assurer l’exploitation et, surtout, à honorer le service de sa dette auprès des bailleurs de fonds internationaux qui est menacée », explique un analyste financier basé à Douala.
L’origine de cette dette n’est pas nouvelle, mais son accélération inquiète. Elle provient d’un déséquilibre persistant entre le coût de production de l’électricité et les recettes collectées auprès des consommateurs finaux. En bout de chaîne, l’État se retrouve souvent contraint de subventionner le secteur, mais les retards de paiement s’accumulent, créant un effet domino déficit de trésorerie pour le distributeur (Eneo), impayés en cascade vers les producteurs (NHPC, KPDC, DPDC) et incertitude majeure pour la maintenance des infrastructures.
Quel signal pour les investisseurs ?
Au-delà de l’aspect technique, c’est l’attractivité du Cameroun qui est en jeu. Le projet Nachtigal a longtemps été brandi comme un exemple de réussite pour attirer les capitaux étrangers dans les infrastructures africaines. Accumuler une telle dette dès les premières phases de mise en service envoie un signal contradictoire aux marchés internationaux.
Pour rassurer les partenaires, le gouvernement camerounais devra impérativement mettre en place un mécanisme de règlement prioritaire. Sans un assainissement rapide des finances publiques liées à l’énergie, le « géant de la Sanaga » pourrait bien se retrouver entravé par des chaînes purement comptables.
L’enjeu est désormais de transformer l’énergie électrique produite en une énergie financière capable de soutenir la croissance du pays. La mise en service complète du barrage, prévue dans les prochains mois, rend cette urgence encore plus pressante : plus Nachtigal produira, plus la facture et potentiellement la dette grandira.