
Près de sept ans après l’incendie qui a profondément bouleversé son activité, la Société nationale de raffinage (Sonara) renforce son dispositif de couverture des risques. L’entreprise publique vient d’attribuer plus de 6,5 milliards de FCFA de contrats d’assurance destinés à protéger ses infrastructures, ses opérations et ses projets de reconstruction sur les trois prochaines années. Une décision stratégique qui témoigne de la volonté de consolider durablement la résilience de l’un des piliers énergétiques du Cameroun.
La Sonara poursuit sa stratégie de sécurisation de ses activités dans un contexte marqué par la reconstruction progressive de son outil industriel. Selon les décisions publiées le 29 mai 2026, un groupement constitué des compagnies Sanlam, Royal Onyx, AREA et AFG a été retenu pour assurer la couverture de plusieurs catégories de risques sur la période 2026-2029.
Le programme se décline en quatre volets principaux. La protection du patrimoine industriel représente la part la plus importante de l’enveloppe, avec un contrat de plus de 5 milliards de FCFA destiné à couvrir les installations et équipements stratégiques de la raffinerie. À cela s’ajoutent les garanties liées à la responsabilité civile, aux opérations de transport ainsi qu’aux chantiers engagés dans le cadre de la modernisation et de la réhabilitation du site de Limbé.
Avec un investissement global dépassant 6,5 milliards de FCFA, la Sonara affiche clairement sa volonté de renforcer sa capacité à faire face aux risques industriels, opérationnels et financiers auxquels elle demeure exposée.
Le souvenir de l’incendie de 2019
L’importance de ce nouveau programme d’assurance prend tout son relief au regard des événements du 31 mai 2019. Ce jour-là, un violent incendie avait ravagé plusieurs installations stratégiques de la raffinerie, provoquant l’arrêt des activités de raffinage et entraînant des pertes considérables pour l’entreprise.
Les investigations menées à la suite du sinistre avaient conclu à une origine accidentelle, écartant toute hypothèse de sabotage. Les conséquences furent néanmoins lourdes : plusieurs unités de production avaient été détruites ou gravement endommagées, tandis qu’une quantité importante de pétrole brut avait été consumée par les flammes.
Cet épisode a constitué l’une des plus graves crises industrielles de l’histoire récente du Cameroun. Au-delà des dégâts matériels, il a mis en lumière la vulnérabilité des infrastructures énergétiques nationales face aux risques majeurs et soulevé de nombreuses interrogations sur les mécanismes de couverture assurantielle en vigueur à l’époque.
Des contentieux
Les années qui ont suivi le sinistre ont été marquées par diverses controverses liées au règlement des indemnisations et aux conditions de validité des contrats d’assurance souscrits avant l’incident.
Des procédures judiciaires et des enquêtes ont notamment porté sur les circonstances entourant le renouvellement de certaines polices d’assurance. Plusieurs informations relayées à l’époque faisaient état de divergences entre les parties concernées concernant le paiement des primes et le maintien effectif des garanties au moment du sinistre.
Ces différends avaient conduit la Sonara à revoir sa stratégie en matière de gestion des risques et à suspendre certains processus de contractualisation engagés avant l’incendie. Le changement du profil de risque de l’entreprise, conséquence directe des destructions enregistrées, avait également nécessité une réévaluation complète des besoins de couverture.
Sécuriser un acteur clé
Aujourd’hui, même si ses capacités de raffinage n’ont pas encore retrouvé leur niveau antérieur à l’incendie, la Sonara demeure une infrastructure stratégique pour l’économie camerounaise. Ses activités de stockage, de réception des hydrocarbures, de manutention portuaire et de distribution des produits pétroliers continuent de jouer un rôle central dans l’approvisionnement énergétique du pays.
Dans ce contexte, la mise en place d’un programme d’assurance couvrant simultanément les actifs industriels, les responsabilités de l’entreprise, les opérations logistiques et les travaux de reconstruction apparaît comme une nécessité. Cette approche vise à réduire l’exposition financière de la société face à d’éventuels incidents et à garantir une meilleure continuité des activités.
Elle constitue également un signal rassurant pour les partenaires financiers, les investisseurs et les pouvoirs publics engagés dans la relance de la raffinerie.
Un enjeu majeur pour l’industrie
Au-delà du cas spécifique de la Sonara, cette opération illustre l’importance croissante de la gestion des risques dans les grandes entreprises industrielles africaines. Dans les secteurs sensibles comme l’énergie, où un accident peut avoir des répercussions économiques, sociales et budgétaires considérables, la qualité de la couverture assurantielle devient un élément déterminant de la gouvernance.
Par son ampleur financière, ce programme figure parmi les contrats d’assurance industrielle les plus significatifs attribués ces dernières années au Cameroun. Il témoigne également du rôle stratégique joué par les assureurs dans l’accompagnement des projets de reconstruction et de modernisation des infrastructures nationales.
Sept ans après l’incendie qui a profondément transformé son modèle opérationnel, la Sonara semble ainsi tourner une nouvelle page. En renforçant son dispositif de protection et en anticipant les risques futurs, la compagnie cherche non seulement à préserver ses actifs, mais aussi à consolider les bases de sa relance industrielle et de sa contribution à la sécurité énergétique du Cameroun.