
La ministérielle de l’OMC entre dans sa dernière ligne droite à Yaoundé. L’opposition de Washington à la majorité des réformes proposées lors de la 14ème Conférence ministérielle de l’OMC (CM14), qui se tient à Yaoundé en mars 2026, s’explique principalement par une volonté de protéger les intérêts économiques directs des États-Unis et de maintenir son influence sur les règles du commerce mondial.
Le marchandage a démarré, notamment pour le moratoire sur l’e-commerce. Sur la réforme, Washington reste encore opposé à une feuille de route. Et l’Inde bloque un accord sur le développement. Vendredi 28 mars, cinq pays avaient affirmé ne pas pouvoir soutenir le programme de travail pour la réforme de l’organisation, a affirmé à Keystone-ATS une source proche des discussions. Les Etats-Unis, l’Inde, opposés entre eux sur le fond, le Bangladesh, le Pakistan, le Paraguay figuraient parmi eux.
Le ministre britannique au commerce Chris Bryant, qui facilite le dialogue, a multiplié samedi les rencontres avec les récalcitrants. L’Union européenne (UE) a promis de se battre « jusqu’à la dernière minute » pour un plan ambitieux que souhaite aussi la Suisse.
Il ne faut pas être « maximaliste », avait toutefois admis vendredi à Keystone-ATS la secrétaire d’Etat à l’économie Helene Budliger Artieda. Alors que la ministérielle camerounaise de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) doit s’achever dimanche à la mi-journée, des observateurs ne croient déjà plus à une possible feuille de route pour du concret d’ici 2028.
Etats-Unis très offensifs sur le moratoire
L’administration américaine, sous la direction de l’Ambassadeur Greer, soutient que le système commercial mondial actuel doit être réordonné pour établir un « terrain de jeu équitable » pour les travailleurs américains. Washington rejette toute réforme qui pourrait, selon elle, affaiblir la compétitivité de son industrie nationale au profit de puissances émergentes.
Un point de friction majeur concerne l’extension du moratoire sur les droits de douane appliqués aux transmissions électroniques. Alors que de nombreux pays en développement souhaitent lever ce moratoire pour générer des recettes fiscales, Washington s’y oppose fermement pour protéger ses géants du numérique et assurer la libre circulation des données, un pilier de son économie de services.
Réforme du règlement des différends
Washington continue de bloquer la restauration complète de l’organe d’appel de l’OMC. Les États-Unis critiquent ce qu’ils appellent le « dépassement judiciaire » (judicial overreach), estimant que les juges de l’OMC ont créé de nouvelles obligations commerciales sans le consentement des États membres, empiétant ainsi sur la souveraineté américaine.
Semblant anticiper un possible échec, la directrice générale Ngozi Okonjo-Iweala avait elle laissé entendre jeudi pour la première fois qu’un « fort signal » des ministres pourrait suffire. Les Etats-Unis souhaitent une feuille de route générale. Parmi les trois chantiers sur la table pour la réforme, ils menacent d’avancer avec des coalitions de volontaires si les plurilatérales dans l’OMC ne sont pas facilitées.
Le marchandage est également intense sur le moratoire sur les transmissions électroniques et certains lient ces négociations à celles sur la réforme. L’Inde a dit ne pas s’opposer à une extension de deux ans, mais les Etats-Unis, comme la Suisse qui est moins offensive, poussent pour une solution permanente.
Plusieurs compromis, qui pourraient aller jusqu’à dix ans, sont en discussion. Selon une étude d’il y a quelques années, sans ce moratoire, les pays riches pourraient perdre 0,5% de leur PIB. Et celui des Etats en développement diminuerait de 2,5%.
L’Inde a aussi douché les espoirs de toute l’Afrique pour obtenir un succès sur le développement. Son ministre a affirmé continuer à s’opposer à arrimer l’accord sur la facilitation de l’investissement pour les pays en développement, validé par 129 pays, aux règles de l’OMC. Les effets de cet arrangement atteindraient des centaines de milliards de dollars.