Cameroun–Union européenne : Douala au cœur d’un partenariat économique à consolider

En déplacement dans la région du Littoral du 18 au 22 octobre, l’ambassadrice de l’Union européenne au Cameroun et en Guinée équatoriale, Veronika Bošković Pohar, place les échanges commerciaux, l’investissement privé et la création d’emplois au centre de sa mission. À travers des rencontres avec les autorités, les entreprises et les acteurs économiques, cette visite entend donner un nouvel élan aux relations entre Yaoundé et Bruxelles.

Douala s’affirme une nouvelle fois comme un point de convergence des intérêts économiques du Cameroun et de l’Union européenne. Du 18 au 22 octobre, la capitale économique accueille Veronika Bošković Pohar, cheffe de la délégation européenne au Cameroun et en Guinée équatoriale, pour une mission de terrain consacrée aux opportunités d’investissement, au développement des échanges et au renforcement des partenariats avec les acteurs locaux.

Cette visite intervient dans un contexte où le Cameroun cherche à consolider son tissu productif, à diversifier ses débouchés commerciaux et à attirer davantage de capitaux privés. Pour l’Union européenne, premier partenaire commercial du pays selon les données présentées par la délégation, l’enjeu est de transformer les relations commerciales existantes en leviers de croissance, de compétitivité et d’emploi.

Au-delà des rencontres institutionnelles, la mission vise à rapprocher les responsables européens des réalités des entreprises camerounaises. Les échanges avec les autorités administratives, les représentants du secteur privé, la société civile et les partenaires de développement doivent permettre de mieux cerner les contraintes auxquelles font face les opérateurs économiques et d’identifier de nouvelles pistes de coopération.

L’agro-industrie, vitrine des échanges commerciaux

Le secteur de la banane illustre concrètement les retombées possibles du partenariat entre le Cameroun et l’Union européenne. Parmi les étapes prévues figure une visite des Plantations du Haut-Penja (PHP), une entreprise agro-industrielle implantée dans le Moungo et affiliée au groupe international Compagnie Fruitière.

Avec plus de 7 500 collaborateurs recensés à la fin de l’année 2023, dont près de 6 000 en contrat à durée indéterminée, l’entreprise occupe une place importante dans l’emploi privé. Son activité témoigne également du rôle des exportations agricoles dans les relations économiques entre les deux partenaires.

L’accès préférentiel au marché européen, garanti aux produits camerounais dans le cadre de l’Accord de partenariat économique (APE), constitue un facteur de compétitivité pour les filières exportatrices. Le programme des Mesures d’accompagnement bananes (MAB), doté de plus de 31 milliards de FCFA sur la période 2013-2024, a par ailleurs contribué au soutien du secteur.

Cette coopération commerciale ne se limite pas à la banane. Le poivre de Penja, reconnu par une indication géographique protégée dans l’Union européenne, illustre les possibilités de valorisation des produits locaux sur les marchés internationaux. La protection de l’origine et de la réputation des productions camerounaises représente ainsi un enjeu de différenciation et de création de valeur.

Toutefois, les retombées de ces dispositifs invitent aussi à une réflexion plus large sur la répartition des bénéfices du commerce international, l’intégration des petites et moyennes entreprises dans les chaînes de valeur et la diversification des exportations.

L’APE, entre accès au marché et transformation de l’économie

Au cœur de cette relation figure l’Accord de partenariat économique entre le Cameroun et l’Union européenne. Ce mécanisme prévoit un accès au marché européen sans droits de douane ni contingents pour les produits originaires du Cameroun, tandis que le pays procède progressivement à la réduction de ses tarifs douaniers sur une partie des marchandises européennes.

Cette ouverture est néanmoins encadrée : certaines catégories de produits sensibles sont exclues de la libéralisation afin de préserver des intérêts économiques et budgétaires nationaux. L’accord soulève donc des questions qui dépassent la seule progression des volumes d’échanges, notamment celles de la compétitivité des entreprises locales, des recettes douanières et de la capacité de production nationale.

Pour les opérateurs économiques, la prévisibilité des règles commerciales peut faciliter la planification des investissements et la conquête de nouveaux marchés. Mais la pleine exploitation de ces avantages suppose également une amélioration de l’environnement des affaires, une logistique performante et un meilleur accès au financement.

La participation de la cheffe de délégation européenne au Cameroon Business Forum s’inscrit dans cette perspective. Cette plateforme de dialogue entre les pouvoirs publics et le secteur privé doit permettre d’aborder les obstacles à l’investissement, la gestion des finances publiques et les conditions nécessaires au développement des entreprises. Les initiatives européennes consacrées à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, ainsi que la stratégie Global Gateway, constituent d’autres axes de coopération.

Douala, plateforme d’une ambition régionale

Le potentiel économique du Littoral repose également sur sa position stratégique dans les échanges sous-régionaux. Le Port autonome de Douala joue un rôle central dans l’approvisionnement du Cameroun et dans le transit des marchandises à destination ou en provenance des pays voisins.

Son efficacité conditionne en partie la compétitivité des exportateurs et des importateurs. La modernisation des infrastructures, la sécurisation des opérations et la réduction des contraintes logistiques figurent donc parmi les leviers susceptibles de renforcer l’attractivité du pays.

Le projet régional SCOPE Africa, soutenu par l’Union européenne à hauteur d’environ 12 millions d’euros, soit près de 8 milliards de FCFA, vise notamment à améliorer la sûreté et la performance de dix ports d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Pour Douala, ces efforts s’inscrivent dans une ambition plus large : consolider sa fonction de plateforme commerciale au service de l’intégration régionale.

La question de l’économie bleue complète cette approche. Le développement durable des activités maritimes, la gestion responsable des ressources et la sécurisation des espaces côtiers offrent des perspectives de création de valeur, à condition de concilier croissance économique, protection de l’environnement et emplois durables.

Des engagements à traduire en résultats

En multipliant les échanges avec les acteurs publics et privés, Veronika Bošković Pohar entend inscrire son action dans une logique de proximité et de résultats. L’objectif affiché est de renforcer les liens entre le Cameroun, l’Union européenne et ses États membres, notamment à travers l’approche « Team Europe », qui favorise la coordination des interventions européennes.

Le défi reste désormais de transformer les intentions en retombées concrètes pour l’économie camerounaise : investissements productifs, diversification des exportations, amélioration des infrastructures et création d’emplois qualifiés.

Pour Douala et l’ensemble de la région du Littoral, cette mission constitue une occasion de faire valoir les atouts du territoire, mais aussi de rappeler les conditions nécessaires à un partenariat équilibré. La solidité des relations entre Yaoundé et Bruxelles se mesurera autant à l’intensité des échanges qu’à leur capacité à soutenir durablement les entreprises et les populations.

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