Cameroun : le projet de fourniture directe d’électricité à Prometal relance le débat sur la réforme du secteur énergétique

Le projet visant à permettre au groupe industriel Prometal de s’approvisionner directement en électricité auprès d’Electricity Development Corporation (EDC) dépasse le cadre d’un simple contrat commercial. Il met en lumière les défis de la restructuration du secteur électrique camerounais, où se croisent les impératifs de compétitivité industrielle, de viabilité financière des entreprises publiques et de financement des infrastructures énergétiques. Le gouvernement est désormais appelé à arbitrer un dossier aux conséquences économiques majeures.

La réforme du secteur de l’électricité au Cameroun est confrontée à une première épreuve d’envergure. L’État étudie la possibilité d’autoriser Prometal, premier groupe sidérurgique d’Afrique centrale, à s’approvisionner directement en énergie auprès d’EDC, l’entreprise publique chargée de la gestion des infrastructures de production hydroélectrique.

Dans ce schéma, l’électricité produite par les barrages exploités par EDC serait transportée jusqu’aux installations industrielles de Douala-Bassa via le réseau de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel), sans passer par le distributeur national, la Société camerounaise de distribution de l’électricité (Socadel).

Cette évolution constituerait une étape importante dans la réforme engagée par les pouvoirs publics pour moderniser le secteur électrique et redéfinir les responsabilités entre les différents acteurs de la chaîne énergétique.

La Socadel redoute un manque à gagner

Le projet est loin de faire l’unanimité. La Socadel estime que la perte de son principal client industriel pourrait fragiliser davantage sa situation financière.

Selon plusieurs sources, le président du conseil d’administration de l’entreprise a officiellement demandé au Premier ministre de suspendre la procédure afin qu’une évaluation approfondie de ses conséquences économiques, financières et institutionnelles soit réalisée.

L’entreprise considère que la réforme du secteur vise avant tout à consolider sa base de clientèle afin de restaurer son équilibre financier. Voir un gros consommateur quitter son portefeuille réduirait ses recettes à un moment où elle fait déjà face à un niveau d’endettement particulièrement élevé.

Entre 2016 et 2025, Prometal aurait versé plusieurs dizaines de milliards de francs CFA au titre de ses factures d’électricité. Ces ressources alimentent aujourd’hui l’ensemble de la chaîne électrique, puisque le distributeur reverse une partie des montants perçus aux producteurs et aux gestionnaires des infrastructures.

EDC et Sonatrel défendent un nouveau modèle économique

À l’inverse, EDC et Sonatrel voient dans cette évolution une opportunité de renforcer leur autonomie financière. Pour les promoteurs du projet, la réforme du secteur ne peut se limiter au seul distributeur. Les producteurs d’électricité et les gestionnaires des infrastructures doivent eux aussi disposer de ressources suffisantes pour financer l’entretien, la modernisation des équipements et les futurs investissements.

Le contrat envisagé avec Prometal permettrait ainsi à Sonatrel d’accroître les revenus issus de l’utilisation de son réseau de transport à haute tension, tandis qu’EDC bénéficierait de nouvelles recettes destinées à soutenir son développement.

Ces ressources pourraient notamment contribuer au financement de plusieurs projets stratégiques, parmi lesquels de nouveaux ouvrages hydroélectriques et des centrales solaires destinés à augmenter durablement les capacités de production électrique du pays.

Des besoins énergétiques en forte progression

L’évolution des besoins de Prometal explique en grande partie ce débat. Porté par un ambitieux programme d’investissements industriels, le groupe poursuit l’extension de ses activités dans la transformation de l’acier et la production de matériaux destinés aux secteurs du bâtiment, de l’énergie et des infrastructures.

À ses cinq unités industrielles déjà opérationnelles devrait bientôt s’ajouter une nouvelle usine spécialisée dans la fabrication de bobines d’aluminium et de câbles électriques.

Cette expansion entraîne une hausse rapide de la demande énergétique. Les besoins du groupe, évalués à environ 40 mégawatts en 2025, devraient atteindre 60 mégawatts en 2026 avant de frôler les 90 mégawatts à partir de 2027.

Pour une industrie fortement consommatrice d’électricité, la disponibilité d’une énergie stable, continue et compétitive constitue un élément déterminant de sa performance.

Le gouvernement face à un arbitrage stratégique

Au-delà du cas Prometal, cette affaire met en lumière les défis de la politique énergétique camerounaise. Les autorités doivent concilier plusieurs impératifs : préserver la viabilité financière des entreprises publiques du secteur, accélérer les investissements dans les infrastructures électriques et offrir aux industriels des conditions favorables à leur développement.

Le choix qui sera effectué pourrait constituer un précédent important pour l’avenir du marché de l’électricité au Cameroun. Il déterminera également la manière dont les grands consommateurs industriels pourront accéder à l’énergie dans les prochaines années.

Dans un contexte où le pays ambitionne de renforcer sa transformation industrielle et d’accroître la valeur ajoutée de sa production nationale, la question de l’accès à une électricité abondante, fiable et compétitive apparaît plus que jamais comme l’un des principaux leviers de la croissance économique.

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