
Alamine Ousmane Mey veut accélérer la transformation des projets en résultats concrets. Réuni le 7 septembre 2026 à Yaoundé pour sa deuxième session de l’année, le Comité de Direction du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) a placé l’efficacité de l’action publique au cœur de ses travaux. Le ministre Alamine Ousmane Mey a appelé ses collaborateurs à accélérer la mise en œuvre des projets, avec une priorité : transformer les programmes publics en réalisations tangibles et à fort impact sur les conditions de vie des populations.
Le message d’Alamine Ousmane Mey est sans ambiguïté : les projets publics ne doivent plus seulement être conçus, financés ou programmés, ils doivent rapidement se traduire par des résultats visibles sur le terrain. C’est autour de cette exigence de performance que s’est tenue, le 7 septembre à Yaoundé, la deuxième session 2026 du Comité de Direction du MINEPAT.
Cette rencontre, consacrée au suivi de l’action du département ministériel et à l’évaluation de plusieurs dossiers prioritaires, a notamment permis de faire le point sur deux leviers de la politique économique du gouvernement : l’approche à Haute Intensité de Main-d’Œuvre (HIMO) et le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH).
L’approche HIMO appelée à changer d’échelle
Sur le volet HIMO, les travaux ont mis en évidence une appropriation croissante du dispositif par les jeunes et les femmes. Présenté par Médard Kouatchou, coordonnateur de l’Unité technique HIMO, le bilan fait notamment ressortir le recours accru à la main-d’œuvre locale et la valorisation des compétences disponibles dans les territoires.
Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, cette approche a également permis d’associer des ex-combattants séparatistes à certains travaux, dans une logique de réinsertion et de participation au développement local. Autre avancée relevée : l’utilisation de matériaux produits ou transformés localement, notamment les blocs de terre comprimée (BTC), qui permettent de mobiliser le savoir-faire des jeunes tout en favorisant l’émergence de chaînes de valeur locales.
Mais pour le MINEPAT, le potentiel de l’HIMO reste encore largement sous-exploité. Le département préconise ainsi son intégration systématique dans les investissements publics, y compris dans les grands projets. Il est également question de mettre en place la Validation des acquis de l’expérience (VAE) pour les travailleurs HIMO et d’introduire davantage de modules consacrés à cette approche dans les centres de formation professionnelle et les établissements d’enseignement supérieur. Le suivi de l’impact des travaux constitue également un enjeu majeur. Les résultats doivent pouvoir être mesurés, documentés et davantage portés à la connaissance du public.
PIISAH : des résultats dans les bassins de production
Le deuxième grand dossier examiné concerne le PIISAH, dispositif central de la stratégie camerounaise d’import-substitution. Présenté par Zoutene Doufene, directeur général de la Planification et de l’Aménagement du territoire et coordonnateur du Secrétariat technique du PIISAH, le bilan fait apparaître des progrès sur les trois principaux axes du programme.
Sur le plan de la sécurisation et de l’aménagement des bassins de production, quelque 350 464 hectares ont été sécurisés dans la Plaine centrale. À cela s’ajoutent 9 018 hectares de périmètres hydroagricoles aménagés et 122 hectares de périmètres semenciers de l’IRAD. Le désenclavement des zones de production se poursuit également avec 391 kilomètres de routes répartis sur 13 itinéraires en cours de réalisation.
Sur le front de la production, plusieurs indicateurs témoignent également de l’effort engagé. L’IRAD a certifié 670 tonnes de semences en 2025, tandis que la PAMOL a mis à disposition 56 492 plants de palmier à huile. Le LANAVET a, pour sa part, déployé 85 000 doses de vaccins contre la fièvre aphteuse, alors que 25 moteurs hors-bord ont été livrés aux pêcheurs par la MIDEPECAM. La transformation progresse également avec l’installation à Ndop d’une unité de transformation du riz affichant une capacité de 10 tonnes par heure.
38 milliards de FCFA pour soutenir le financement des PME
Le financement demeure l’un des principaux défis de la politique d’import-substitution. Pour soutenir la production et les investissements, 38 milliards de FCFA de dotations ont été accordés à la Banque camerounaise des PME afin de faciliter l’octroi de crédits à taux bonifiés de 3 %.
Les premiers effets de cette politique commencent à apparaître dans les statistiques commerciales. Les importations alimentaires sont passées de 65 milliards de FCFA en janvier 2025 à 54 milliards de FCFA en janvier 2026, soit une diminution de 11 milliards de FCFA. Le recul des achats extérieurs de riz et de maïs figure notamment parmi les facteurs de cette évolution.
Pour Alamine Ousmane Mey, ces résultats sont encourageants mais restent insuffisants au regard des ambitions nationales. L’objectif est désormais de consolider les acquis et de faire davantage connaître les produits issus de la production locale. Le ministre a ainsi demandé l’élaboration d’une stratégie de communication consacrée au PIISAH et à la promotion du « Made in Cameroon », tout en appelant à une meilleure coordination des interventions publiques et à la poursuite du plaidoyer en faveur d’une régulation des flux d’importation susceptible de protéger et stimuler la production nationale.
Une exigence de performance pour l’ensemble du MINEPAT
Au-delà du PIISAH et de l’HIMO, le Comité de Direction a également évalué l’état d’exécution des recommandations formulées lors de sa première session de 2026. Le niveau de mise en œuvre affiche une progression de 11 %, signe d’une amélioration du suivi des décisions, mais aussi d’une nécessité de maintenir la pression sur les structures concernées.
Dans son propos introductif, le ministre a par ailleurs passé en revue plusieurs dossiers ayant marqué l’activité du MINEPAT depuis juillet. Il a notamment évoqué les retombées du Salon Promote 2026, la revue à mi-parcours du Document de stratégie pays Cameroun-BAD 2023-2028, les 20 ans de coopération entre le Cameroun et la JICA ainsi que le nouveau cadre de dialogue avec les partenaires au développement.
Autre temps fort : le premier Dialogue économique et commercial bilatéral Cameroun-États-Unis, qui a débouché sur des intentions de financement annoncées à près de 7 milliards de dollars. Pour le ministre, cette dynamique illustre l’intérêt croissant des investisseurs américains pour le Cameroun, notamment dans des secteurs stratégiques comme les minerais critiques.
Sur le plan macroéconomique, la présentation du Rapport sur l’économie camerounaise 2025, qui situe la croissance du PIB à 3,5 %, ainsi que les travaux préparatoires du triennat budgétaire 2027-2029 ont rappelé la nécessité d’améliorer la maturation des projets et la qualité de l’investissement public.
Passer de la programmation à l’impact
Au terme de la session, le cap fixé par le MINEPAT apparaît clairement : améliorer l’efficacité de la dépense publique en rapprochant davantage les projets de leurs bénéficiaires. Pour l’approche HIMO comme pour le PIISAH, l’enjeu est désormais de passer à une phase de déploiement plus large, mieux coordonnée et davantage évaluée. Le financement, la formation, l’implication des communautés, la valorisation de la production locale et le suivi des résultats devront être articulés pour garantir des effets durables.
« La construction d’une économie de production est une action continue dans la durée », a rappelé Alamine Ousmane Mey. Une orientation qui résume la nouvelle exigence adressée aux responsables du MINEPAT : accélérer l’exécution, renforcer l’efficacité et surtout faire en sorte que les projets publics se transforment rapidement en infrastructures, emplois, productions et revenus perceptibles par les populations.