
À l’occasion du premier Dialogue économique et commercial entre le Cameroun et les États-Unis, Yaoundé veut transformer les opportunités d’investissement en projets concrets. Énergie, infrastructures aéroportuaires, numérique, culture et mines figurent parmi les secteurs sur lesquels le gouvernement entend attirer davantage de capitaux et d’expertise américaines.
Le Cameroun veut profiter de son premier Dialogue économique et commercial avec les États-Unis pour passer du discours sur les opportunités d’affaires à la recherche de partenaires capables de concrétiser des projets structurants. Prévue hier jeudi 27 août 2026 à Yaoundé, cette rencontre intervenait après plusieurs semaines de consultations entre le chargé d’affaires américain John G. Robinson et différents membres du gouvernement camerounais.
Au cœur des échanges : l’amélioration de l’environnement des affaires, le développement des échanges commerciaux et surtout l’identification de projets susceptibles d’intéresser les entreprises et investisseurs américains. Le numérique, l’agriculture, l’énergie et les mines devraient notamment occuper une place importante dans les discussions.
Mais derrière cette rencontre diplomatique et économique se dessine surtout une stratégie : présenter aux partenaires américains un portefeuille de projets dont certains sont connus depuis plusieurs années, mais qui peinent encore à franchir le cap de la réalisation.
Grand Eweng, le projet phare
Le dossier le plus emblématique est sans doute celui de Grand Eweng. Développé sur la Sanaga par l’entreprise américaine Hydromine, ce complexe hydroélectrique est présenté comme l’un des projets énergétiques majeurs sur lesquels le Cameroun souhaite mobiliser des investissements privés.
Selon le catalogue des projets structurants en partenariat public-privé publié par les autorités camerounaises en avril 2026, Grand Eweng devrait développer une capacité de 1 080 MW, pour un investissement estimé à 1 855 milliards de FCFA, soit environ 3 milliards de dollars.
Le projet fait partie des 14 infrastructures prioritaires proposées aux partenaires et investisseurs. Côté américain, le département du Commerce le considère également comme une opportunité pour les entreprises spécialisées dans l’ingénierie, les équipements électriques, la construction ou encore les services environnementaux.
Toutefois, Grand Eweng illustre aussi la principale difficulté à laquelle est confronté le portefeuille camerounais : disposer de projets identifiés ne signifie pas nécessairement disposer de projets immédiatement réalisables.
Le chantier est en préparation depuis plusieurs années. En juillet 2019, le ministère de l’Eau et de l’Énergie, Hydromine et Eneo avaient signé une lettre d’intention destinée notamment à encadrer les négociations autour de l’achat de l’électricité qui devait être produite par la future centrale. Depuis mai 2026, Eneo a été transformée en Société camerounaise d’électricité (SOCADEL).
Malgré ces différentes étapes, Grand Eweng reste officiellement en phase de développement. Plusieurs échéances annoncées au fil des années n’ayant pas abouti, la mobilisation de nouveaux partenaires pourrait donc constituer un levier pour tenter de relancer le calendrier.
Douala veut changer d’échelle dans l’aérien
Le gouvernement camerounais entend également attirer l’expertise américaine dans le secteur aérien avec le projet d’un nouvel aéroport de classe mondiale pour la métropole de Douala.
L’ambition n’est pas nouvelle. Elle figure déjà dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030, qui prévoit notamment la réalisation d’études de faisabilité. En novembre 2025, le ministre des Transports avait d’ailleurs annoncé devant les députés que ces études devaient être engagées en 2026.
Ce projet s’inscrit dans une vision plus large de développement de Douala comme plateforme économique et logistique sous-régionale. Il doit notamment permettre de répondre aux limites de l’actuel dispositif aéroportuaire et d’accompagner la croissance des échanges.
Il ne remet toutefois pas en cause les travaux engagés sur l’actuel aéroport international de Douala. Il s’agit plutôt, pour les autorités, de préparer une infrastructure de nouvelle génération capable de soutenir les ambitions du Cameroun en matière de transport aérien et de faire de la capitale économique un véritable hub régional.
À ce portefeuille s’ajoutent des projets culturels. Yaoundé recherche ainsi des partenaires pour conduire des études en vue de la réalisation de complexes théâtraux ultramodernes dans les trois principales villes concernées : Yaoundé, Douala et Bamenda.
Le numérique, nouvel axe de la coopération
L’un des volets les plus prometteurs du dialogue concerne cependant le numérique. Le Cameroun souhaite notamment développer un data center national souverain, accompagné d’un parc cloud, ainsi qu’un Centre national des opérations de sécurité (SOC).
L’objectif est également de soutenir la mise en œuvre de la stratégie nationale d’intelligence artificielle, dans un contexte où la maîtrise des infrastructures de données, de la cybersécurité et des technologies cloud devient un enjeu de souveraineté économique.
Le marché camerounais présente, sur ce terrain, des perspectives qui intéressent déjà Washington. Dans son Country Commercial Guide mis à jour en avril 2026, le département américain du Commerce identifie notamment des besoins en infrastructures de données, services cloud, cybersécurité, fibre optique et solutions numériques.
Les discussions porteront également sur la modernisation des procédures liées au commerce et au transport. Parmi les pistes évoquées figure l’interconnexion de CAMCIS, le système informatique des douanes camerounaises, avec les plateformes des compagnies aériennes afin de faciliter le traitement du fret aérien.
Un système intégré de suivi et de surveillance des navires figure également parmi les projets susceptibles de bénéficier d’une expertise américaine.
Les mines, entre données et attractivité
Dans le secteur minier, le Cameroun souhaite surtout renforcer les connaissances disponibles sur son sous-sol afin de rendre son potentiel plus lisible pour les investisseurs.
Les échanges avec les États-Unis doivent notamment porter sur la cartographie géologique et minière. Là encore, il ne s’agit pas de repartir de zéro.
Avec l’appui de la Banque mondiale dans le cadre du Programme de renforcement des capacités du secteur minier (PRECASEM), le Cameroun a déjà réalisé une carte géologique nationale à l’échelle 1:500 000 ainsi que des cartes plus détaillées de certaines zones à l’échelle 1:200 000.
L’enjeu consiste donc désormais à actualiser, compléter et surtout valoriser ces données afin de permettre aux investisseurs de mieux identifier les zones à potentiel et de réduire l’incertitude qui accompagne les opérations d’exploration.
Cette démarche intervient alors que le Cameroun cherche à mieux exploiter ses ressources en minerais stratégiques et en terres rares, avec l’ambition de faire du secteur minier un nouveau moteur de croissance.
Plus qu’un catalogue, un appel aux partenaires
Le premier Dialogue économique et commercial Cameroun–États-Unis apparaît ainsi comme une tentative de franchir une étape supplémentaire. Pour Yaoundé, l’objectif n’est pas uniquement de présenter une longue liste de projets aux entreprises américaines, mais de trouver les moyens techniques, financiers et industriels permettant de faire avancer des dossiers dont plusieurs sont déjà connus.
Grand Eweng, le nouvel aéroport de Douala, les infrastructures numériques ou encore la cartographie minière ont en commun d’être à des degrés différents de préparation. Certains sont en développement, d’autres nécessitent encore des études ou des financements avant d’entrer dans leur phase opérationnelle.
C’est précisément sur ce terrain que la coopération avec les États-Unis pourrait prendre une dimension nouvelle. Le Cameroun dispose de projets et d’un marché ; les entreprises américaines peuvent apporter des capitaux, des technologies, de l’expertise et des capacités d’exécution.