
Le Cameroun franchit une nouvelle étape dans la valorisation de son potentiel pétrolier offshore. À travers le Contrat de partage de production (CPP) signé avec Octavia Energy Cameroon SARL pour le bloc Bolongo Exploration, l’État entend intensifier la recherche de nouvelles ressources dans le bassin du Rio Del Rey. Le programme prévoit jusqu’à sept années d’exploration et un investissement minimal de 41 millions de dollars, avec à la clé la possibilité de nouvelles découvertes et des retombées financières importantes pour le pays.
Le secteur pétrolier camerounais poursuit sa dynamique d’exploration. Le 14 août 2026 à Yaoundé, la République du Cameroun et Octavia Energy Cameroon SARL ont officialisé leur accord pour la recherche et, en cas de découverte commercialisable, l’exploitation des hydrocarbures dans le bloc Bolongo Exploration.
La cérémonie de signature, présidée par Fuh Calistus Gentry, ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, marque l’aboutissement de plusieurs mois de procédure et de négociations. Pour la Société nationale des hydrocarbures (SNH), cet accord constitue surtout un nouvel instrument pour attirer des capitaux privés vers l’exploration et accroître les chances de mettre au jour de nouvelles réserves.
Situé en offshore, dans la partie orientale du bassin du Rio Del Rey, le bloc Bolongo couvre environ 381,5 km². Son potentiel n’est pas uniquement théorique. Plusieurs opérations de forage réalisées par le passé ont déjà permis de mettre en évidence l’existence d’un système pétrolier actif dans cette zone. Des indices d’huile et des découvertes ont notamment été relevés dans des champs voisins tels qu’Oak, Njonji et Dissoni Nord.
Les données sismiques 3D et les travaux réalisés par les précédents opérateurs ont par ailleurs permis d’identifier plusieurs structures susceptibles de présenter un intérêt pétrolier. C’est précisément ce potentiel que le nouveau contrat entend évaluer de manière plus approfondie.

Sept ans pour confirmer le potentiel du bloc
Octavia Energy dispose d’une période maximale de sept ans pour mener à bien son programme de recherche. La première phase, prévue sur trois ans, sera consacrée au retraitement des données sismiques existantes ainsi qu’aux études géologiques et géophysiques.
Cette étape doit permettre de mieux comprendre la configuration du sous-sol et de sélectionner les cibles les plus prometteuses pour les opérations de forage. Elle est assortie d’un engagement financier minimal d’un million de dollars.
Si les résultats sont jugés suffisamment encourageants, le contrat prévoit deux périodes de renouvellement de deux ans chacune. Chacune de ces phases devra notamment comprendre le forage d’un puits d’exploration. L’investissement associé est évalué à environ 20 millions de dollars par période, portant ainsi l’engagement financier global à 41 millions de dollars pour l’ensemble de la phase de recherche.
L’enjeu est de taille : un forage positif pourrait ouvrir la voie à une autorisation d’exploitation et transformer les travaux d’exploration en véritable projet de production.
Une opération pensée pour préserver les intérêts de l’État
Pour le Cameroun, l’intérêt du CPP ne se limite pas à attirer un opérateur capable de financer les travaux. Les conditions négociées cherchent également à assurer à l’État une part substantielle de la valeur créée en cas de découverte et de mise en production.
Dans le scénario présenté lors de la cérémonie, basé sur une hypothèse de 30 millions de barils de réserves récupérables, la répartition des revenus serait largement favorable au Cameroun. Avec un prix du Brent à 60 dollars le baril, les revenus estimés atteindraient environ 883 millions de dollars pour l’État, contre 378 millions pour le titulaire du contrat. À 100 dollars le baril, ces montants passeraient respectivement à environ 1,707 milliard de dollars pour le Cameroun et 728 millions pour le contractant.
Ces projections restent naturellement dépendantes de plusieurs paramètres, notamment la découverte effective d’hydrocarbures, leur commercialité, les volumes récupérables, les coûts d’investissement et l’évolution des cours internationaux.
Le contrat prévoit par ailleurs plusieurs mécanismes permettant à l’État de participer directement à la valorisation de la ressource. La SNH pourra ainsi prendre une participation pouvant atteindre 25 % dans la phase d’exploitation.
L’État bénéficiera également de l’application d’un taux d’imposition de 35 % sur les profits issus de la production d’hydrocarbures. À cela s’ajoutent des bonus de production pouvant atteindre 3 millions de dollars, selon les seuils de production définis dans le contrat.
La SNH renforce son rôle dans l’attractivité du secteur
Derrière l’attribution du bloc Bolongo se dessine également la stratégie de la SNH en matière de promotion du domaine pétrolier et gazier camerounais. Le contrat n’a pas été attribué directement : il est issu d’un processus d’appel à manifestation d’intérêt lancé en août 2025 pour neuf blocs libres.
Parmi les zones proposées figuraient trois blocs du bassin du Rio Del Rey, dont Bolongo Exploration, ainsi que six blocs situés dans le bassin Douala/Kribi-Campo. La campagne avait été largement diffusée auprès de l’industrie pétrolière internationale.
Au terme de la procédure, cinq offres avaient été enregistrées. Après examen, seules les propositions d’Octavia Energy et de Murphy West Africa ont été retenues pour la poursuite du processus sur les blocs concernés.
Dans le cas d’Octavia Energy, la SNH avait recommandé une procédure de vérification approfondie de l’entreprise avant l’ouverture des négociations. Cette étape de due diligence visait notamment à apprécier ses capacités et son expérience dans le secteur pétrolier.
Les négociations concernant Bolongo se sont ensuite déroulées en trois étapes entre le 1er juillet et le 12 août 2026. Elles ont d’abord porté sur les conditions économiques, avant d’aborder la rédaction et la structuration du contrat, puis sa finalisation. Cette démarche illustre la volonté de la SNH de sécuriser les conditions d’attribution tout en recherchant un équilibre entre l’attractivité du projet pour l’investisseur et la protection des intérêts économiques du Cameroun.

Formation et contenu local au cœur du dispositif
Le contrat comporte également des engagements qui dépassent la seule recherche de pétrole. Octavia Energy devra consacrer des ressources à la formation de ressortissants camerounais qui ne font pas partie de ses propres effectifs. Le budget annuel prévu est de 150 000 dollars pendant la phase de recherche, puis de 250 000 dollars durant les phases de développement et d’exploitation.
À travers ces dispositions, le Cameroun cherche à faire en sorte que l’activité pétrolière contribue également au développement des compétences nationales et à une meilleure implication des acteurs locaux dans la chaîne de valeur. Le contrat encadre en outre la récupération des coûts. Jusqu’à 70 % de la production d’huile et 80 % de la production de gaz peuvent être affectés au remboursement des coûts, selon les modalités prévues par le CPP. Le partage de la production restante entre l’État et le contractant évoluera notamment en fonction du ratio R, qui mesure le rapport entre les revenus cumulés et les investissements cumulés du titulaire.

Un pari sur les futures réserves
Avec Bolongo Exploration, le Cameroun fait donc le pari de l’exploration pour préparer l’avenir de son industrie pétrolière. Le défi immédiat sera de transformer les données géologiques et les indices déjà identifiés en découvertes commercialement exploitables.
Pour la SNH, l’objectif est double : accroître les investissements dans l’exploration et maximiser les retombées économiques nationales en cas de succès. Le bloc Bolongo devient ainsi un laboratoire grandeur nature de la stratégie camerounaise : attirer les investisseurs, partager les risques liés à l’exploration et conserver pour l’État une part significative de la valeur générée par les ressources.
Les prochaines années seront donc déterminantes. Les études géoscientifiques, puis les éventuels forages, permettront de savoir si le potentiel identifié dans cette partie du Rio Del Rey peut déboucher sur une nouvelle découverte pétrolière. Pour le Cameroun, le véritable enjeu commence désormais sous terre, ou plutôt sous les eaux du bassin du Rio Del Rey.