
Dans une tribune publiée le 7 septembre 2026 dans The Guardian Post, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, prend la défense de la réforme constitutionnelle ayant introduit le poste de Vice-Président de la République. Il estime que les critiques visant cette nouvelle fonction procèdent d’une lecture excessive des prérogatives présidentielles et appelle à mettre fin à ce qu’il qualifie de « chasse aux sorcières » autour de la vice-présidence.
Le débat sur la nouvelle architecture institutionnelle du Cameroun continue d’alimenter les prises de position politiques. Alors que la création du poste de Vice-Président de la République suscite interrogations et critiques dans certains milieux politiques et de la société civile, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, monte au créneau pour défendre le choix du président Paul Biya.
Dans une tribune publiée lundi 7 septembre 2026 dans les colonnes de The Guardian Post, le membre du gouvernement replace cette réforme dans une lecture plus globale de l’exercice du pouvoir présidentiel au Cameroun. Selon lui, il convient de respecter les prérogatives constitutionnelles du chef de l’État, notamment son pouvoir de nomination aux fonctions civiles et militaires et sa faculté de mettre fin aux fonctions des personnes nommées.
Atanga Nji rejette les procès d’intention
Pour le ministre, la polémique autour de la vice-présidence ne devrait pas se transformer en procès d’intention contre le chef de l’État. Il dénonce ce qu’il considère comme une campagne destinée à discréditer une réforme institutionnelle avant même que celle-ci ne produise ses effets.
Son argumentation repose sur un principe qu’il considère comme essentiel : le président de la République demeure le détenteur des prérogatives que lui confère la Constitution. La création d’une nouvelle fonction institutionnelle ne saurait, selon cette lecture, être interprétée comme une remise en cause automatique de son autorité. Paul Atanga Nji invite ainsi les acteurs politiques à considérer la réforme sous l’angle du fonctionnement de l’État plutôt que de se focaliser exclusivement sur les personnes susceptibles d’occuper demain cette fonction.
Dans sa tribune, le ministre revient également sur l’évolution institutionnelle du Cameroun depuis le début des années 1990. Il rappelle notamment les réformes engagées sous Paul Biya dans le contexte de l’ouverture politique, avec l’instauration du multipartisme et la suppression de certaines dispositions héritées de la période du parti unique.
Cette mise en perspective lui permet de présenter le chef de l’État comme un dirigeant ayant, au fil des décennies, procédé à des adaptations du système institutionnel en fonction des circonstances. La création de la vice-présidence s’inscrirait, dans cette logique, dans une nouvelle phase de réorganisation du fonctionnement de l’État.
Lors de sa prestation de serment le 6 novembre 2025, Paul Biya avait annoncé la nécessité de soumettre au Parlement des réformes destinées à permettre à l’État de fonctionner plus efficacement et à adapter les institutions aux réalités de leur environnement. Le projet de modification constitutionnelle présenté devant le Parlement en mars 2026 a notamment retenu la création du poste de Vice-Président de la République.
Le spectre du « ticket présidentiel »
C’est précisément sur cette innovation que se concentrent aujourd’hui une partie des interrogations politiques. Certains acteurs redoutent notamment que l’introduction de la vice-présidence puisse conduire, à terme, à une forme de « ticket présidentiel » lors de l’élection présidentielle. D’autres s’interrogent sur les conditions de désignation du titulaire de cette fonction et sur l’étendue réelle de ses pouvoirs.
Atanga Nji rejette cette lecture et estime que les comparaisons avec d’autres systèmes politiques ne sauraient déterminer automatiquement le modèle camerounais. Pour le ministre, le Cameroun doit construire ses propres mécanismes institutionnels en fonction de son histoire, de son organisation politique et de ses intérêts nationaux.
L’un des principaux axes développés par le ministre concerne le pouvoir discrétionnaire du président de la République en matière de nomination. Dans son raisonnement, le chef de l’État dispose de la faculté de choisir les personnalités appelées à exercer des responsabilités au sein de l’appareil d’État et peut également mettre fin à leurs fonctions. La création de la vice-présidence ne devrait donc pas être dissociée de ce principe général de fonctionnement du pouvoir exécutif.
Cette position vise notamment à répondre aux spéculations sur le profil du futur Vice-Président et sur les éventuelles relations de pouvoir entre celui-ci et le président de la République. Le débat dépasse ainsi la seule question de la personnalité qui pourrait être choisie. Il porte plus largement sur l’équilibre institutionnel que cette nouvelle fonction est appelée à occuper.
Une défense politique assumée de Paul Biya
Au-delà de la question institutionnelle, la tribune constitue également une nouvelle défense du bilan politique du président Paul Biya par le ministre de l’Administration territoriale. Atanga Nji rappelle notamment les réformes politiques engagées au début des années 1990 et revient longuement sur la politique du chef de l’État à l’égard des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Il réfute notamment l’idée selon laquelle les populations anglophones auraient été durablement marginalisées par les autorités centrales.
Cette lecture l’amène à critiquer sévèrement les acteurs qui, selon lui, ont contribué à l’escalade de la crise anglophone à partir de 2016. Le ministre considère que les violences et les mouvements séparatistes ont causé de lourdes conséquences aux populations des deux régions et estime que leurs responsables devront répondre de leurs actes devant l’histoire.
Une polémique qui ne fait que commencer
La sortie de Paul Atanga Nji intervient alors que la création de la vice-présidence ouvre une nouvelle séquence dans le débat institutionnel camerounais. Pour ses défenseurs, cette fonction doit contribuer à renforcer l’efficacité de l’État et à adapter les institutions aux exigences contemporaines. Pour ses détracteurs, elle soulève au contraire des interrogations sur la succession au sommet de l’État, la répartition des pouvoirs et les conditions de désignation de son titulaire.
En dénonçant une « chasse aux sorcières », le ministre de l’Administration territoriale entend donc déplacer le débat : plutôt que de spéculer sur les personnes ou les scénarios politiques futurs, il appelle à juger la réforme à l’aune de son objectif institutionnel.
Une chose est désormais certaine : avec la création de la vice-présidence, le Cameroun ouvre un nouveau chapitre de son architecture constitutionnelle. Et les débats sur ses implications politiques, son fonctionnement et son articulation avec la fonction présidentielle sont appelés à se poursuivre.