
Suspendu depuis février 2024 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), le Cameroun entend accélérer son retour au sein du dispositif international. En marge de la conférence mondiale organisée les 8 et 9 octobre 2026 à Bruxelles, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, Fuh Calistus Gentry, a défendu les mesures correctives engagées par Yaoundé auprès de la nouvelle présidente du Conseil d’administration de l’ITIE, Maria van der Hoeven. Une démarche diplomatique destinée à obtenir une réévaluation anticipée du dossier camerounais, alors que les garanties relatives à la liberté et à la participation effective de la société civile demeurent déterminantes.
Fuh Calistus Gentry porte le plaidoyer camerounais à Bruxelles
Le Cameroun veut tourner la page de sa suspension de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur le dialogue avec les instances dirigeantes de l’organisation internationale et sur la présentation des réformes engagées depuis la décision de février 2024. Au cœur de cette démarche, Fuh Calistus Gentry, ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, s’est employé à mettre en avant les avancées enregistrées par le pays et à défendre la nécessité d’un réexamen anticipé de sa situation.
Le 9 octobre 2026, en marge de la conférence mondiale de l’ITIE à Bruxelles, le membre du gouvernement camerounais a échangé avec Maria van der Hoeven, nouvelle présidente du Conseil d’administration de l’organisation. Cette rencontre a constitué une occasion pour la délégation nationale de présenter les dispositions prises en réponse aux insuffisances relevées lors de la dernière évaluation du Cameroun.
À travers ce plaidoyer, Fuh Calistus Gentry entend faire reconnaître les efforts consentis par les autorités et favoriser une réévaluation du dossier avant l’échéance initialement envisagée. Son intervention s’inscrit ainsi dans une démarche de dialogue institutionnel, avec pour objectif de rétablir la conformité du processus camerounais aux exigences internationales de transparence dans la gestion des ressources naturelles.
Toutefois, malgré cette initiative, aucune décision annonçant la levée de la suspension n’a été rendue publique à l’issue des échanges. La démarche engagée à Bruxelles constitue donc une étape dans les discussions avec l’ITIE, et non l’aboutissement de la procédure.
Une suspension liée aux insuffisances de la participation citoyenne
La situation du Cameroun trouve son origine dans la décision prise le 29 février 2024 par le Conseil d’administration de l’ITIE. À l’issue de l’évaluation conduite sur la base de la Norme ITIE 2019, le pays avait obtenu 53 points sur 100, un résultat global jugé assez faible.
Le principal point de blocage concernait l’Exigence 1.3, consacrée à l’engagement de la société civile dans le processus de transparence extractive. Cette composante avait été considérée comme seulement partiellement satisfaite, les évaluateurs ayant relevé des obstacles à une participation pleine et effective des organisations concernées, des préoccupations relatives à la liberté d’expression ainsi que des insuffisances dans leur représentation et dans la gouvernance du groupe multipartite.
Cette exigence constitue l’un des piliers du dispositif de l’ITIE. Le fonctionnement de l’initiative repose sur la collaboration entre les pouvoirs publics, les entreprises extractives et la société civile. La publication des revenus, des contrats et des données financières ne peut donc produire pleinement ses effets si les organisations indépendantes ne disposent pas de la liberté nécessaire pour analyser les informations, formuler des observations et demander des comptes aux acteurs concernés.
Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse ainsi la seule production des rapports de transparence. Il s’agit également de garantir les conditions permettant aux différentes composantes du groupe multipartite de contribuer librement au suivi de la gouvernance des ressources extractives.
Des mesures correctives présentées pour convaincre l’ITIE
Lors des échanges de Bruxelles, la délégation camerounaise a mis en avant plusieurs actions engagées pour répondre aux préoccupations soulevées lors de la précédente validation. Sur le plan institutionnel, le renforcement du Secrétariat national de l’ITIE figure parmi les mesures présentées. Il comprend notamment la nomination d’un coordonnateur adjoint et le recrutement de personnels techniques, avec l’ambition d’améliorer les capacités opérationnelles du dispositif national.
Le gouvernement a également évoqué des travaux menés avec la Société nationale des hydrocarbures (SNH) en vue d’établir un calendrier de publication des contrats pétroliers, des états financiers et d’autres données relatives au secteur extractif. Cette démarche vise à améliorer la disponibilité des informations nécessaires au contrôle public et à la compréhension des flux financiers liés à l’exploitation des ressources naturelles.
Un autre volet porte sur la mise en place d’un mécanisme de réception et de traitement des plaintes relatives aux restrictions susceptibles d’entraver la participation de la société civile. Un questionnaire destiné aux organisations concernées fait également partie des dispositifs annoncés.
La présentation de ces mesures a permis à Fuh Calistus Gentry de défendre les efforts entrepris par le Cameroun devant les instances de l’ITIE. Elle ne dispense cependant pas les autorités de démontrer leur efficacité sur le terrain. Pour être convaincant, le mécanisme de plaintes devra notamment garantir aux organisations concernées un accès réel, un traitement approprié des signalements et des réponses concrètes aux difficultés signalées.
La question centrale reste donc celle de la mise en œuvre. Au-delà des annonces administratives, l’organisation internationale devra apprécier les effets des mesures engagées sur la liberté d’expression, l’indépendance des organisations et leur capacité à prendre part aux travaux du groupe multipartite.
La validation anticipée, un objectif encore à concrétiser
L’un des enjeux du déplacement de Fuh Calistus Gentry à Bruxelles concerne le calendrier de la prochaine évaluation du Cameroun. La décision de 2024 prévoyait initialement une nouvelle validation à compter du 1er avril 2027. Le calendrier officiel actuel de l’ITIE situe toutefois cette échéance en janvier 2028.
En sollicitant un réexamen anticipé, Yaoundé cherche à réduire le délai qui le sépare d’une nouvelle évaluation de sa conformité aux exigences de l’initiative. Cette démarche traduit la volonté du gouvernement de faire examiner les progrès annoncés sans attendre l’échéance désormais inscrite au calendrier.
Le ministre joue, dans cette perspective, un rôle de relais entre les autorités camerounaises et les instances dirigeantes de l’ITIE. Son plaidoyer vise à présenter les réformes engagées, à maintenir le dialogue avec l’organisation et à faire valoir les arguments susceptibles de soutenir une réévaluation du dossier national. Néanmoins, une demande de validation anticipée ne vaut ni acceptation de cette requête ni levée automatique de la suspension. La décision dépendra de l’appréciation des organes compétents de l’ITIE et de leur évaluation des progrès effectivement réalisés.
Malgré sa suspension, le Cameroun a poursuivi certaines activités liées à la transparence de son secteur extractif. Les rapports consacrés aux exercices 2022 et 2023 ont ainsi été publiés respectivement en mars et en décembre 2025. Ces publications attestent de la continuité du travail de divulgation des données, même pendant la période de suspension. Elles constituent un élément important du dispositif national, mais ne permettent pas, à elles seules, de répondre aux réserves formulées sur la participation de la société civile.
C’est précisément sur ce terrain que les autorités camerounaises sont attendues. La conformité aux exigences de l’ITIE ne se limite pas à la disponibilité des informations relatives aux revenus et aux activités extractives. Elle suppose également que les acteurs indépendants puissent accéder au processus, contribuer aux discussions et exercer leur rôle de contrôle sans entraves injustifiées.
Fuh Calistus Gentry face à l’exigence de résultats concrets
La démarche engagée à Bruxelles place désormais les mesures présentées par le gouvernement à l’épreuve de leur application. Pour Fuh Calistus Gentry, l’enjeu consiste à transformer le plaidoyer diplomatique en avancées vérifiables, susceptibles de convaincre les instances de l’ITIE que les insuffisances ayant motivé la suspension sont effectivement prises en charge.
La levée de cette mesure représenterait une étape importante pour le dispositif camerounais de transparence extractive et pour la crédibilité de ses engagements en matière de gouvernance des ressources naturelles. Mais cette perspective demeure conditionnée par des progrès concrets, notamment en ce qui concerne la liberté d’expression et la participation effective de la société civile.
En définitive, les échanges de Bruxelles ouvrent une nouvelle séquence dans les relations entre le Cameroun et l’ITIE. Le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim a porté la demande camerounaise de réexamen anticipé et présenté les actions entreprises par les autorités. Reste désormais à faire la démonstration de leur efficacité. Car, au-delà du plaidoyer institutionnel, c’est la capacité du Cameroun à garantir une participation libre, indépendante et effective de la société civile qui pèsera dans l’issue de la procédure.