
Le gouvernement camerounais veut durcir le ton contre les dépôts anarchiques d’ordures dans la capitale. Le gouverneur de la région du Centre, Naseri Paul Bea, a annoncé, le 1er septembre 2026, une amende de 25 000 FCFA contre toute personne prise en flagrant délit de dépôt de déchets ménagers sur la voie publique. La mesure intervient après une nouvelle tournée administrative dans plusieurs quartiers de Yaoundé, mais son efficacité dépendra désormais de son encadrement juridique, de la régularité des contrôles et surtout de la qualité du service de collecte
L’insalubrité persistante dans plusieurs quartiers de Yaoundé pousse une nouvelle fois les autorités administratives à renforcer la pression sur les populations. Au terme d’une descente effectuée le 1er septembre avec le préfet du Mfoundi, Emmanuel Mariel Djikdent, le gouverneur du Centre a annoncé une sanction financière de 25 000 FCFA pour toute personne surprise en train de jeter des ordures ménagères dans les espaces publics.
L’annonce marque un changement de ton. Jusqu’ici, les autorités avaient principalement multiplié les appels à la responsabilité citoyenne, les opérations de nettoyage et les mises en garde. Désormais, l’objectif affiché est de faire peser une conséquence financière directe sur les comportements considérés comme responsables de la multiplication des dépôts sauvages.
La mesure intervient dans le prolongement des décisions prises lors de la réunion consacrée à l’insalubrité dans la capitale, présidée le 28 août par le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji.
De Nsimeyong à Etoug-Ebe, les mêmes constats
La tournée administrative a permis aux autorités d’inspecter plusieurs zones identifiées comme particulièrement exposées au problème. De Nsimeyong à Maison Blanche, en passant par Biyem-Assi, la montée de la Chapelle et Etoug-Ebe, la délégation a évalué la situation sur le terrain et vérifié le niveau d’application des mesures arrêtées quelques jours auparavant.
Ces déplacements traduisent une volonté de ne plus limiter la lutte contre l’insalubrité aux réunions administratives. Les autorités cherchent désormais à confronter les décisions prises dans les bureaux à la réalité observée dans les quartiers.
Dans plusieurs secteurs de la capitale, les dépôts d’ordures sur les accotements, les terrains non bâtis, les caniveaux ou à proximité des axes routiers contribuent à dégrader le cadre de vie et peuvent également favoriser l’obstruction des ouvrages d’évacuation des eaux.
Une amende dont les modalités restent à préciser
Si le montant de la sanction est désormais connu, plusieurs questions demeurent toutefois en suspens concernant son application concrète. La communication des autorités ne précise pas, à ce stade, le texte juridique instituant cette amende, les agents habilités à constater l’infraction, la procédure de verbalisation ou encore les modalités de recouvrement. La date précise d’entrée en vigueur de la sanction et les éventuelles voies de contestation ne sont pas davantage détaillées.
Ces éléments seront déterminants pour transformer l’annonce en véritable dispositif opérationnel. En matière de police administrative, la sanction doit en effet pouvoir être constatée et appliquée selon une procédure clairement définie afin d’éviter les contestations et les interprétations divergentes sur le terrain. Pour l’instant, les 25 000 FCFA constituent donc un montant officiellement annoncé, mais dont le mécanisme d’application doit encore être précisé.
Une politique de sanctions déjà amorcée
Le recours à la sanction n’est pas une nouveauté dans la stratégie des pouvoirs publics. En janvier 2026, le ministre de l’Administration territoriale avait déjà annoncé des poursuites contre les personnes déposant leurs déchets en dehors des espaces autorisés. Les mairies avaient notamment été invitées à mieux matérialiser les lieux où le dépôt d’ordures est interdit.
La nouvelle annonce apporte cette fois une dimension financière précise à la politique de répression. Mais une interrogation demeure : quel a été l’impact réel des précédentes mesures ?
Les données publiques disponibles ne permettent pas, à ce stade, de connaître précisément le nombre de contrôles effectués, de procès-verbaux établis ou de sanctions effectivement recouvrées. Il est également difficile de mesurer l’évolution des dépôts sauvages depuis les premières mises en garde. Or, sans indicateurs permettant de mesurer les résultats, il reste difficile de déterminer si le renforcement des sanctions suffit à modifier durablement les comportements.
La peur de l’amende ne suffit pas
L’efficacité d’une sanction ne dépend pas uniquement de son montant. Elle repose également sur la capacité des autorités à la faire respecter de manière régulière et prévisible.
Une amende de 25 000 FCFA peut avoir un effet dissuasif si les contrevenants savent que les contrôles sont fréquents et que les infractions donnent effectivement lieu à des sanctions. À l’inverse, une mesure rarement appliquée risque de perdre rapidement sa portée. La lutte contre les dépôts sauvages suppose donc un dispositif combinant contrôle, verbalisation, recouvrement et sensibilisation.
Mais elle nécessite également une réponse à une autre question fondamentale : où les ménages doivent-ils déposer leurs déchets lorsqu’ils ne disposent pas d’un service de collecte suffisamment régulier ?
Problème de collecte
La répression des dépôts anarchiques ne peut être dissociée de l’organisation du service public de collecte. Le cadre institutionnel camerounais confie à la Communauté urbaine la collecte, l’enlèvement et le traitement des ordures ménagères. La police municipale participe, pour sa part, à la surveillance de la salubrité publique. Dans ce contexte, l’interdiction de jeter les déchets sur la voie publique doit nécessairement s’accompagner de solutions pratiques pour les ménages : points de dépôt clairement identifiés, horaires connus, collecte régulière et enlèvement rapide.
Les autorités ont annoncé l’organisation de journées de collecte chaque vendredi. Mais plusieurs paramètres restent à communiquer, notamment les quartiers concernés, les horaires et les emplacements précis où les ménages devront déposer leurs déchets. Cette information est essentielle. Elle permettra notamment de distinguer un dépôt véritablement sauvage d’un amas d’ordures placé temporairement à proximité d’un point de collecte en attendant le passage du service compétent.
Vers une évaluation concrète de la mesure
La nouvelle politique sera donc jugée moins sur l’annonce des 25 000 FCFA que sur ses résultats sur le terrain. Pour mesurer son efficacité, plusieurs indicateurs pourraient être suivis : nombre de contrôles réalisés, infractions constatées, procès-verbaux dressés, montants effectivement recouvrés, fréquence des opérations de collecte et évolution du nombre de dépôts sauvages dans les différents arrondissements.
La comparaison de ces données dans le temps permettrait de déterminer si la sanction produit réellement l’effet recherché. Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse en effet la simple question de la propreté des rues. La multiplication des déchets dans les espaces publics touche directement le cadre de vie, l’environnement urbain et la capacité de la capitale à maintenir des espaces publics correctement entretenus.
L’amende de 25 000 FCFA constitue ainsi un nouvel outil dans la bataille contre l’insalubrité. Mais son succès dépendra de deux exigences indissociables : sanctionner effectivement les comportements fautifs et garantir, en parallèle, un service de collecte suffisamment régulier pour offrir aux ménages une alternative crédible aux dépôts sauvages.