Gaz naturel : la SNH réfute les critiques sur la stratégie gazière du Cameroun et met en avant une nouvelle dynamique d’investissements

La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) rejette les affirmations publiées par le média Africa Intelligence, qui présente le retrait prochain de la plateforme flottante Hilli Episeyo comme le signe d’un échec de la politique gazière camerounaise. Dans une note de clarification, l’entreprise publique soutient que le pays est au contraire engagé dans une profonde transformation de son secteur gazier, marquée par de nouveaux projets structurants, l’arrivée de grands investisseurs internationaux et une diversification progressive de ses ressources.

La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) monte au créneau pour défendre la stratégie énergétique du Cameroun. Dans une note publiée à la suite d’un article du média français Africa Intelligence daté du 2 juillet 2026, l’entreprise publique conteste les conclusions selon lesquelles le départ annoncé de la plateforme flottante de liquéfaction Hilli Episeyo traduirait un échec de la politique gazière nationale.

Pour la SNH, une telle lecture repose sur une analyse partielle des faits et ne tient pas compte des mutations actuellement à l’œuvre dans le secteur des hydrocarbures. L’entreprise rappelle qu’une stratégie énergétique ne saurait être évaluée à travers le seul retrait d’un équipement industriel arrivé au terme de son cycle d’exploitation, mais plutôt à la capacité d’un pays à renouveler ses ressources, attirer des investisseurs et assurer la continuité de ses projets.

Une nouvelle phase de développement du secteur gazier

Selon la SNH, le Cameroun traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus dynamiques de son industrie gazière. L’entreprise évoque notamment plusieurs avancées majeures enregistrées au cours des douze derniers mois.

La première concerne le lancement officiel du développement du champ gazier transfrontalier Yoyo-Yolanda, partagé entre le Cameroun et la Guinée équatoriale. La signature, en février 2026, de l’accord d’unitisation entre les deux États a permis de lever les principaux obstacles juridiques à l’exploitation commune de ce gisement estimé à près de 2 500 milliards de pieds cubes de gaz. Le projet, porté par Noble Energy, filiale du groupe américain Chevron, représente un investissement évalué à environ 4 milliards de dollars et figure parmi les plus importants projets gaziers jamais engagés dans le pays.

La SNH met également en avant les résultats de l’appel d’offres international lancé en août 2025 pour l’attribution de neuf blocs d’exploration et de production dans les bassins de Rio del Rey et de Douala-Kribi-Campo. Cinq blocs font déjà l’objet de négociations en vue de contrats de partage de production. La société américaine Murphy West Africa s’est vu attribuer quatre blocs tandis qu’Octavia Energy a remporté le bloc Bolongo.

Pour l’entreprise publique, ces engagements témoignent du maintien de l’attractivité du Cameroun auprès des grandes compagnies internationales. L’arrivée de Chevron et Murphy, deux acteurs reconnus dans l’exploitation offshore et le développement gazier, est présentée comme une preuve supplémentaire de la confiance des investisseurs dans le potentiel énergétique du pays.

Le départ du Hilli Episeyo présenté comme une évolution normale

L’un des principaux points de désaccord avec l’article d’Africa Intelligence porte sur l’interprétation du retrait du Hilli Episeyo.

La SNH rappelle que cette unité flottante de liquéfaction, exploitée au large de Kribi depuis 2018, avait été installée pour une durée d’exploitation d’environ huit ans afin de valoriser un gisement estimé à près de 600 milliards de pieds cubes de gaz récupérable. Arrivé à maturité, ce champ entre désormais dans une phase naturelle de déclin, réduisant progressivement la rentabilité économique de la plateforme.

Dans ces conditions, estime la société, le retrait du Hilli Episeyo relève du fonctionnement normal de l’industrie pétrolière et gazière mondiale et ne saurait être assimilé à un revers stratégique.

La SNH rejette également l’idée selon laquelle le Cameroun aurait empêché le redéploiement de cette plateforme sur un autre gisement. Elle souligne que l’équipement appartient à la société norvégienne Golar LNG et que toute décision de repositionnement dépend d’abord d’évaluations techniques indépendantes portant sur les réserves disponibles, la rentabilité des investissements et les infrastructures nécessaires.

L’entreprise rappelle en outre que Golar avait déjà engagé dès 2024 des discussions avec le consortium Southern Energy pour le transfert futur de la plateforme, démontrant que cette décision répond avant tout à des considérations commerciales propres à son propriétaire.

Des revenus appelés à être compensés par de nouveaux projets

Concernant les conséquences financières du retrait de la plateforme, la SNH reconnaît qu’une baisse temporaire des recettes d’exportation de gaz est envisageable. Toutefois, elle estime que cette situation doit être analysée dans une perspective plus large.

Le gaz provenant des champs actuellement en production continuera d’alimenter, via gazoduc, la centrale thermique de Kribi Power Development Company (KPDC), contribuant ainsi à renforcer la production nationale d’électricité. D’autres contrats de fourniture destinés aux industriels sont également en cours de négociation.

À moyen et long terme, les projets Yoyo-Yolanda ainsi que les nouveaux permis d’exploration attribués devraient progressivement prendre le relais et générer de nouvelles ressources pour l’État.

La valorisation locale du gaz privilégiée

Autre point de clarification apporté par la SNH : la lutte contre le torchage du gaz.

L’entreprise affirme que le Cameroun reste pleinement engagé dans son objectif de mettre fin au torchage routinier à l’horizon 2030. Toutefois, elle insiste sur le fait que l’exportation sous forme de gaz naturel liquéfié ne constitue pas l’unique solution.

La stratégie nationale privilégie désormais la valorisation domestique du gaz naturel afin d’alimenter les centrales électriques, les industries locales et d’encourager le développement d’une véritable chaîne de valeur nationale. Cette orientation, selon la SNH, permettrait de créer davantage d’emplois, d’accroître les recettes fiscales et de soutenir l’industrialisation du pays tout en respectant les engagements environnementaux.

L’entreprise rappelle également que les futurs développements dans le bassin de Rio del Rey devront prendre en compte la sensibilité écologique des mangroves et des zones humides présentes dans cette région.

La SNH défend une gouvernance fondée sur l’intérêt national

Enfin, la société nationale rejette les critiques mettant en cause la qualité de sa gouvernance. Elle estime que les choix opérés dans le secteur gazier reposent avant tout sur des analyses techniques indépendantes, l’évaluation des réserves disponibles et la préservation des intérêts stratégiques du Cameroun.

Pour la SNH, il serait réducteur d’interpréter des négociations commerciales complexes comme une crise de confiance entre l’État et les opérateurs internationaux.

Au terme de sa mise au point, la Société Nationale des Hydrocarbures affirme que la politique gazière camerounaise entre dans une nouvelle phase de développement plutôt qu’elle ne traverse une crise.

Le développement du projet Yoyo-Yolanda, l’ouverture de nouveaux blocs à l’exploration, l’arrivée de compagnies internationales de premier plan et la volonté de développer davantage la consommation domestique du gaz constituent, selon elle, les fondements d’un modèle énergétique plus diversifié, plus résilient et moins dépendant d’une seule infrastructure flottante.

Pour la SNH, le retrait du Hilli Episeyo marque simplement la fin d’un cycle industriel, tandis que le secteur gazier camerounais amorce une nouvelle étape de son développement, portée par une vision de long terme axée sur la diversification des ressources, la sécurisation des investissements et la création de valeur pour l’économie nationale.

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