Électricité : le Cameroun crée la Socadel et reprend totalement la main sur Eneo

Avec la transformation d’Eneo en société publique, l’État camerounais devient l’unique acteur au capital du principal opérateur électrique du pays. Une décision stratégique qui marque un tournant majeur dans la gouvernance du secteur énergétique.

Le secteur de l’électricité au Cameroun entre dans une nouvelle phase. Par décret signé le 4 mai 2026, le président Paul Biya a acté la transformation de Eneo Cameroon SA en une société à capital entièrement public, désormais baptisée Société camerounaise d’électricité. Cette évolution intervient quelques semaines après le rachat par l’État des parts détenues par le fonds britannique Actis, pour un montant estimé à 78 milliards de FCFA.

Désormais actionnaire unique, l’État prend le contrôle total de l’entreprise, mettant fin à plus de vingt ans de cohabitation avec des partenaires privés. La nouvelle entité, dotée d’une personnalité juridique et d’une autonomie financière, affiche un capital social d’environ 43,9 milliards de FCFA et conserve son siège à Douala.

Au-delà du changement de nom, cette mutation traduit une volonté claire de reprise en main d’un secteur jugé stratégique. L’histoire de l’entreprise témoigne d’ailleurs de plusieurs transformations successives : de la Société nationale d’électricité du Cameroun créée dans les années 1970, à sa privatisation au début des années 2000 avec l’entrée de AES Corporation, puis son passage sous contrôle d’Actis en 2014 avant la renationalisation actuelle.

Le décret présidentiel prévoit également des aménagements importants dans le fonctionnement de la Socadel. L’entreprise ne sera pas soumise au Code des marchés publics, bien qu’elle reste encadrée par les règles applicables aux sociétés publiques. Elle héritera par ailleurs du personnel et des activités de l’ex-Eneo, ainsi que de la concession qui lui permet d’exploiter le service public de l’électricité.

Levier de souveraineté et de développement

Dans la foulée, un conseil d’administration a été mis en place pour piloter cette nouvelle structure. Parmi ses membres figurent plusieurs représentants de la présidence, du gouvernement et d’entreprises publiques du secteur, notamment la Société nationale de transport de l’électricité et Electricity Development Corporation.

Si cette reprise en main par l’État marque une rupture institutionnelle forte, elle ne résout pas automatiquement les défis auxquels fait face le secteur. La question de la performance opérationnelle reste entière, dans un contexte marqué par des coupures récurrentes, un réseau vieillissant et des besoins importants en investissements. L’entreprise devra également composer avec un environnement financier contraint et des dettes accumulées au fil des années.

Par ailleurs, des interrogations subsistent quant à la gouvernance future, notamment en ce qui concerne la nomination de la direction générale. Ce choix sera déterminant pour assurer à la fois la continuité des opérations et l’efficacité des réformes engagées.

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