
Une séquence vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux relance le débat sur la gestion du secteur minier au Cameroun. En cause : des explications jugées incohérentes sur la production aurifère, attribuées au ministre par intérim des Mines, en déplacement dans la région de l’Est.
La scène, captée lors d’une visite officielle dans une zone d’exploitation artisanale de l’Est du Cameroun, suscite de vives réactions. Dans cette vidéo devenue virale, le ministre par intérim des Mines tente d’expliquer aux opérateurs locaux le rendement de la production aurifère à partir de bols de gravier lavé. Mais les chiffres avancés interrogent.
Selon ses propos, « 10 bols de gravier donnent 5 kg d’or », tandis que « 20 bols produisent 7 kg » et « 30 bols, 10 kg ». Une progression qui, à première vue, ne suit pas une logique proportionnelle, ce qui n’a pas manqué d’alimenter critiques et incompréhensions, notamment sur les réseaux sociaux. Plusieurs observateurs pointent une incohérence dans le raisonnement, estimant qu’un simple calcul linéaire aurait conduit à des résultats différents.
Au-delà de la polémique sur les chiffres, cet épisode met en lumière une problématique plus large : la maîtrise des données techniques dans un secteur stratégique. L’exploitation de l’or, en particulier dans sa forme artisanale, repose sur des variables complexes — qualité du minerai, techniques de lavage, pertes, rendement réel — qui rendent toute estimation simpliste potentiellement trompeuse. Certains experts rappellent ainsi que le rendement aurifère ne suit pas toujours une règle de proportionnalité directe, en raison de la variabilité des gisements.
Cependant, la controverse intervient dans un contexte déjà sensible. Le secteur minier camerounais est régulièrement confronté à des défis majeurs, parmi lesquels l’exploitation illégale, la fuite des ressources et le manque de traçabilité. L’or, tout comme d’autres richesses telles que le fer, le diamant ou la bauxite, échappe encore en partie aux circuits officiels, privant l’État de revenus substantiels.
Pour de nombreux analystes et experts, comme moi, cet incident illustre surtout l’urgence de renforcer la gouvernance du secteur. Cela passe par une meilleure structuration des filières artisanales, un encadrement technique accru et une transparence renforcée dans la gestion des ressources. La question de l’expertise au sein des institutions en charge des Mines est également posée, certains appelant à une implication plus visible des ingénieurs et spécialistes dans les prises de décision et la communication publique.
En toile de fond, c’est la crédibilité de l’action publique qui se joue. Sans réformes profondes et sans amélioration de la chaîne de valeur extractive, le Cameroun risque de continuer à voir une partie significative de ses ressources naturelles lui échapper. La séquence virale, au-delà de son aspect polémique, agit ainsi comme un révélateur des fragilités persistantes d’un secteur pourtant clé pour l’économie nationale.
Dr Bareja Youmssi
Expert en Mines et pétrole
Enseignant-Chercheur