
Depuis quelque temps, une succession de communiqués, décisions et arrêtés pris dans l’urgence donne l’impression d’une tentative de gestion de crise, alors même que les dysfonctionnements ont déjà profondément affecté l’ensemble du secteur, en particulier la filière aurifère. Cette démarche s’apparente davantage à une fuite en avant qu’à une véritable politique de redressement.
La situation actuelle ne saurait être résolue par des mesures ponctuelles. Le Cameroun accuse un retard significatif par rapport à plusieurs pays africains, notamment la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Sénégal, le Gabon ou encore les États de l’Alliance des États du Sahel. Or, il est illusoire de vouloir faire du pays une destination minière attractive depuis des bureaux, sans une compréhension approfondie du terrain et sans une gouvernance rigoureuse.
Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT) dispose pourtant d’un portefeuille élargi qui ne se limite pas aux ressources minières. L’industrie et le développement technologique devraient également constituer des priorités structurantes. En l’absence d’investissements conséquents dans la connaissance du sous-sol, toute volonté de contrôle, de traçabilité et de valorisation des ressources reste illusoire. Cette méconnaissance conduit inévitablement à la signature de conventions déséquilibrées, souvent défavorables aux intérêts nationaux.
Dans les standards internationaux, l’exploitation minière repose sur une séquence claire : prospection, recherche, exploration, puis exploitation. Ce processus permet de déterminer avec précision les teneurs, les réserves et la viabilité économique des gisements. Au Cameroun, cette logique semble souvent inversée, avec des autorisations délivrées sur des sites dont le potentiel réel demeure mal connu. Cette situation fragilise toute tentative de régulation efficace.
La question de la traçabilité de l’or illustre parfaitement ces limites. Avant de s’intéresser à l’aval minier, il est indispensable de maîtriser l’amont, c’est-à-dire l’ensemble des étapes de connaissance et de caractérisation des ressources. Or, la connaissance du potentiel aurifère national reste approximative. Les initiatives de terrain, notamment celles impliquant les géologues du MINMIDT ou de la Société nationale des mines, apparaissent encore insuffisantes pour établir une cartographie fiable des ressources.
Par ailleurs, certaines orientations techniques suscitent des interrogations. L’imposition de systèmes dits « à vase clos », présentés comme une solution de traitement des minerais, mérite davantage de transparence, notamment sur leur fonctionnement, leur pertinence et leurs implications environnementales. La question est d’autant plus sensible que l’utilisation passée de substances chimiques dans l’exploitation artisanale a déjà engendré des impacts préoccupants, notamment dans la région de l’Est.
Sur le plan technique, il convient de rappeler que l’or se présente sous deux formes principales : l’or alluvionnaire, présent dans les sédiments des lits de rivières, et l’or primaire, contenu dans la roche. Ces deux types nécessitent des méthodes d’exploitation et de traitement distinctes. Les techniques chimiques, comme la cyanuration, sont généralement réservées à des opérations industrielles encadrées et ne devraient pas être utilisées dans le cadre d’exploitations artisanales semi-mécanisées, au risque de compromettre durablement les gisements et l’environnement.
Face à ces défis, une approche plus structurée s’impose. L’instauration d’un moratoire temporaire sur l’exploitation aurifère pourrait permettre de réaliser une évaluation technique approfondie du potentiel national. Une telle démarche offrirait la possibilité d’établir une cartographie précise des ressources, condition essentielle pour attribuer des permis en connaissance de cause et améliorer la traçabilité de la production.
En définitive, la réforme du secteur minier camerounais passe par une meilleure connaissance du sous-sol, une planification rigoureuse et une volonté politique affirmée. Sans ces préalables, les mesures actuelles risquent de rester sans effet durable sur un secteur pourtant stratégique pour le développement du pays.
Dr Bareja Youmssi
Expert en mines et pétrole
Enseignant-chercheur