Crise anglophone : une accalmie militaire attendue, mais l’insécurité et la précarité devraient perdurer jusqu’en 2027

Si les affrontements directs entre groupes séparatistes et forces de défense camerounaises devraient poursuivre leur recul dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest d’ici à janvier 2027, cette évolution ne marquerait pas la fin de la crise. Selon les dernières projections de FEWS NET, les violences pourraient prendre des formes plus dispersées, tandis que les conséquences humanitaires et alimentaires continueraient de peser lourdement sur les populations.

Les violences armées dans les régions anglophones du Cameroun pourraient connaître une nouvelle phase d’évolution au cours des prochains mois. Dans ses perspectives de sécurité alimentaire publiées en juin 2026, FEWS NET estime que les affrontements entre les groupes séparatistes et les Forces armées camerounaises devraient continuer de diminuer jusqu’en janvier 2027.

Le réseau d’analyse explique cette tendance par plusieurs facteurs convergents. D’une part, les groupes séparatistes continueraient de souffrir d’un soutien populaire limité. D’autre part, leur fragmentation interne réduirait leur capacité à mener des opérations d’envergure. À cela s’ajoute le renforcement progressif des capacités opérationnelles des forces gouvernementales, qui contribuerait à contenir davantage les combats.

Pour autant, cette baisse des affrontements ne signifie pas un retour durable à la sécurité. FEWS NET estime que les groupes armés pourraient adapter leurs modes d’action afin de compenser la diminution de leurs ressources financières, notamment celles provenant de la diaspora. Les enlèvements contre rançon, les actes d’extorsion, les pillages ainsi que d’autres formes de criminalité devraient ainsi rester fréquents. En d’autres termes, le conflit évoluerait vers une violence moins frontale mais plus diffuse, susceptible d’entretenir un climat d’insécurité permanent.

493 400 personnes déplacées

Les conséquences humanitaires demeurent, elles aussi, particulièrement préoccupantes. En avril 2026, près de 493 400 personnes étaient encore déplacées à l’intérieur des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en raison des violences. Malgré la diminution attendue des affrontements les plus intenses, FEWS NET considère que les retours volontaires resteront limités. Les populations continueraient en effet d’être freinées par la peur, les attaques ciblées qui persistent dans certaines localités et les séquelles psychologiques laissées par plusieurs années de conflit.

Cette situation continue également de fragiliser les moyens de subsistance des ménages. Dans de nombreuses zones rurales, l’accès aux terres agricoles demeure restreint en raison de l’insécurité, tandis qu’une partie importante des personnes déplacées ne dispose toujours pas d’un accès stable à des parcelles cultivables. Cette réduction des superficies exploitées se traduit par une baisse de la demande de main-d’œuvre agricole, une diminution des revenus et une dépendance accrue des ménages vis-à-vis des marchés pour leur approvisionnement alimentaire.

À ces difficultés s’ajoute une pression persistante sur les prix des denrées de base. FEWS NET relève que les prix du maïs et du riz brisé restent supérieurs à leur moyenne des cinq dernières années. Cette hausse est alimentée par plusieurs facteurs, notamment l’épuisement précoce des stocks alimentaires, les perturbations des circuits d’approvisionnement et l’augmentation des coûts de transport. Le réseau observait déjà, quelques mois plus tôt, que cette tendance concernait notamment les marchés de Bamenda et de Buea, où ces produits demeuraient plus chers que leur niveau habituel.

Au final, les projections de FEWS NET dessinent le portrait d’un conflit qui se transforme plutôt qu’il ne s’éteint. Si l’intensité des affrontements armés pourrait continuer de diminuer au cours des prochains mois, les populations des régions anglophones resteraient confrontées à une insécurité quotidienne, à des difficultés économiques persistantes et à une vulnérabilité alimentaire qui continuerait de nécessiter une réponse humanitaire soutenue.

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