Ciment au Cameroun : Cimaco accélère sa conquête du marché après 39 milliards FCFA investis à Édéa

Déjà opérationnelle depuis juin 2025, la cimenterie de Sinafcam à Édéa entre dans une nouvelle phase avec une offensive commerciale plus visible à travers le pays. Avec une capacité annoncée d’un million de tonnes par an et un investissement de 39 milliards de FCFA, Cimaco entend désormais convertir son outil industriel en parts de marché, dans un secteur où la concurrence s’est fortement intensifiée ces dernières années.

La marque Cimaco gagne progressivement en visibilité dans les rues camerounaises. Depuis plusieurs semaines, les panneaux publicitaires consacrés à cette nouvelle marque de ciment se multiplient, donnant le sentiment d’une arrivée récente sur le marché. En réalité, l’entreprise a déjà franchi l’étape industrielle.

Selon le Rapport sur l’économie camerounaise en 2025 du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT), publié en août 2026, la cimenterie de Sinafcam Sarl, située à Koukoué, dans l’arrondissement d’Édéa 1er, est entrée en fonctionnement en juin 2025.

L’usine représente un investissement de 39 milliards de FCFA et a été construite en un peu plus d’un an. Son potentiel de production est estimé à un million de tonnes de ciment par an, avec trois principales catégories commercialisées sous la marque Cimaco : les grades 32,5, 42,5 et 52,5. L’enjeu pour l’entreprise est désormais de franchir une nouvelle étape : faire connaître davantage la marque, développer son réseau de distribution et surtout transformer cette capacité industrielle en volumes effectivement écoulés.

Un nouvel acteur dans un marché déjà très concurrentiel

L’offensive commerciale de Cimaco intervient dans un paysage cimentier qui n’a plus grand-chose à voir avec celui d’il y a une dizaine d’années. Pendant longtemps dominé par Cimencam, le marché camerounais s’est progressivement ouvert à de nouveaux producteurs. Dangote Cement a fait son entrée en 2015, avant l’arrivée ou le développement d’autres opérateurs comme Cimaf, Medcem, Mira Company et Cimpor. À cette concurrence historique s’ajoute désormais une nouvelle vague d’investissements, notamment chinois, qui devrait continuer à accroître les capacités de production du pays.

En février 2026, les capacités cimentières nationales étaient ainsi évaluées par des sources sectorielles à près de 12 millions de tonnes par an, alors que la demande était longtemps estimée autour de 8 millions de tonnes. Cette comparaison doit toutefois être maniée avec prudence : le niveau de demande évoqué constitue une estimation sectorielle et ne peut être assimilé à une mesure officielle de la consommation effective en 2026.

Dans cette nouvelle configuration, Cimencam demeure l’un des poids lourds du secteur avec environ 2,3 millions de tonnes de capacité annuelle. Dangote Cement, Cimaf et Mira disposent chacun d’environ 1,5 million de tonnes selon les données disponibles. Cimaco arrive donc sur un marché où la capacité industrielle est devenue un facteur de compétition, mais où la bataille se joue également sur les prix, la disponibilité du produit, la distribution et la fidélisation des clients.

Édéa, nouveau pôle de l’industrie cimentière

L’un des faits marquants de cette recomposition est la montée en puissance d’Édéa et de ses environs. Avec Sinafcam, la zone accueille désormais plusieurs investissements liés à l’industrie cimentière. Central Africa Cement (CAC) y a notamment inauguré, en septembre 2025, une unité dont la capacité installée est annoncée à 1,5 million de tonnes par an. Le MINEPAT évalue l’investissement à environ 12 milliards de FCFA. L’usine s’appuie notamment sur des matières premières disponibles localement, comme la pouzzolane et le calcaire, tout en recourant au clinker importé pour compléter son approvisionnement.

À cette implantation s’ajoute le projet de Yousheng Cement, dont les travaux ont démarré en 2024. Le MINEPAT prévoit leur achèvement en 2026 et estime l’investissement à 30 milliards de FCFA, pour une capacité cible de 1,8 million de tonnes par an. Si l’on additionne les capacités annoncées pour les trois projets, le potentiel atteint 4,3 millions de tonnes par an. Mais ce chiffre correspond à un potentiel à terme et non à une production déjà disponible.

À la période couverte par le rapport économique, Sinafcam était opérationnelle et CAC avait déjà inauguré son unité, représentant ensemble 2,5 millions de tonnes de capacités installées. Les 1,8 million de tonnes attribuées à Yousheng correspondent encore à la capacité cible de l’usine en construction.

Cette nuance est importante, d’autant que les chiffres communiqués autour du projet Yousheng ont évolué au fil du temps. Le chiffre de 1,8 million de tonnes doit donc être considéré comme celui retenu par le rapport du MINEPAT.

Une offre industrielle en hausse, mais des prix toujours élevés

L’augmentation du nombre de producteurs ne s’est pas encore traduite par un effondrement des prix du ciment. À Douala comme à Yaoundé, une observation réalisée fin février 2026 situait encore le prix du sac de 50 kg entre 5 100 et 5 300 FCFA. Une situation qui montre que l’augmentation des capacités de production ne suffit pas, à elle seule, à faire automatiquement baisser les prix à la consommation.

La structure des coûts constitue notamment un élément déterminant. La dépendance à l’égard du clinker importé continue de peser sur certaines unités. Le cas de Central Africa Cement illustre cette réalité : malgré l’utilisation de ressources locales, l’entreprise complète son approvisionnement avec du clinker importé. Le coût du transport, la distribution et les autres charges logistiques peuvent également limiter l’impact d’une hausse des capacités industrielles sur le prix final du sac.

Le véritable défi de Cimaco commence maintenant

Pour Cimaco, le plus difficile commence donc après l’investissement industriel. Avec 39 milliards de FCFA engagés et une capacité d’un million de tonnes par an, Sinafcam dispose désormais de l’outil nécessaire pour s’imposer parmi les producteurs camerounais. Mais la capacité d’une cimenterie ne préjuge ni de son niveau réel de production ni de ses ventes.

À ce jour, les données publiques disponibles ne permettent pas encore de déterminer précisément les volumes effectivement commercialisés par Sinafcam, le taux d’utilisation de son usine ou la part de marché déjà conquise par Cimaco.

La multiplication des campagnes publicitaires prend dès lors tout son sens. L’entreprise doit désormais transformer sa présence industrielle en notoriété commerciale, puis cette notoriété en réseaux de distribution et en volumes de vente. Le défi est d’autant plus important que Cimaco doit se faire une place face à des marques déjà solidement implantées et disposant d’importants réseaux commerciaux.

Avec Cimaco, l’industrie cimentière camerounaise franchit ainsi une nouvelle étape de sa transformation. L’arrivée de capacités supplémentaires peut contribuer à renforcer l’offre locale et à réduire progressivement la dépendance du pays vis-à-vis des importations de ciment, mais son impact sur les prix dépendra aussi de l’évolution des coûts de production, de l’approvisionnement en clinker, de la logistique et surtout du niveau réel de la demande.

À Édéa, les milliards ont déjà été investis. La prochaine bataille de Cimaco se jouera désormais sur le terrain commercial.

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