
Le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem) s’est tourné vers le Conseil constitutionnel pour contester le rejet de la candidature de son candidat, Maurice Kamto. Avec quelle chance ?
Alors que Maurice Kamto a annoncé avoir officiellement démissionné du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) pour être en mesure de briguer la magistrature suprême sous la bannière du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), sa candidature pour la présidentielle du 12 octobre est encore plongée dans une zone de turbulences, puisqu’elle a été rejetée par Elecam. Dans la notification de rejet de candidature, le directeur général des élections, Erik Essousse, invoque comme motif « la pluralité d’investiture par le Manidem ».
Le président du parti, Anicet Ekane, n’a pas pu retenir toutes ses émotions. Dans une déclaration faite au nom du parti, l’opposant parle d’un « rejet arbitraire de la candidature de Maurice Kamto ». Le Manidem affirme que « cette forfaiture est une provocation manifeste et grossière faite au peuple du changement par l’alliance Elecam-gouvernement ». Le parti soutient par ailleurs que Paul Biya et son parti le RDPC veulent éviter le face-à-face avec le candidat du Manidem. Le parti annonce la saisine du Conseil constitutionnel.
Le jeu reste donc ouvert car, ce motif de rejet pourrait s’avérer insuffisant pour justifier la décision du Conseil électoral à l’égard de la candidature présentée par le Manidem. En effet, la crise de légitimité ayant rendu possibles deux lettres de présentation ou d’investitures signées par deux personnes se présentant comme mandataires légaux de ce parti politique, peut être facilement réglée en faveur d’Ekane Anicet comme elle l’a été en ce qui concerne le candidat du parti Univers. Car, là où il n’y a pas crise de légitimité comme au RDPC et au parti Univers, il n’y a pas lieu de parler de pluralité de candidatures ou d’investitures.
Paul Biya, seul maître du jeu
Il faudra donc pour les ambitions du Manidem prospérer, que M. Ekane Anicet qui a réussi à faire réhabiliter sa candidature à l’élection présidentielle de 2011 devant la Cour Suprême siégeant comme Conseil Constitutionnel, arrive à démontrer qu’il est le dirigeant légitime et mandataire légal du Manidem. Mais la tâche ne s’annonce pas facile.
Mais qui sait, dans un pays où le président de la République Paul Biya s’est depuis érigé en seul faiseur de roi. La validation par le Conseil constitutionnel s’inscrirait dans une stratégie subtile du système régnant, visant à donner l’illusion que l’acceptation de cette candidature contestée constitue un « cadeau » du régime. En effet, l’imaginaire et la technique politique du régime reposent sur cette notion de « cadeau » présidentiel.
Lors de sa récente intervention à la Conférence des gouverneurs, M. Atanga Nji Paul a rappelé, une fois de plus, que la libération de Maurice Kamto de prison était due à « la bonté du chef de l’État », afin de lui permettre de participer aux élections législatives et de s’insérer dans le jeu institutionnel. Dans cette optique, la participation de Maurice Kamto à l’élection présidentielle ne reposerait pas sur une compétence politique reconnue, mais sur une faveur accordée par M. Biya Paul.