Cameroun : quelle saveur aura une élection présidentielle sans Maurice Kamto ?

Le Conseil constitutionnel du Cameroun a définitivement rejeté ce mardi 5 août la candidature à l’élection présidentielle du 12 octobre de Maurice Kamto, principal opposant au président Paul Biya, au pouvoir depuis 43 ans et qui a annoncé briguer un huitième mandat.

Le Conseil a en revanche validé les candidatures de deux autres opposants historiques, Cabral Libii, du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), et Joshua Osih du Social Democratic Front (SDF). Au total douze candidats brigueront la magistrature suprême.

Selon Le Point, en écartant son principal opposant, le régime verrouille une présidentielle sans enjeu. Pendant ce temps, le pays s’enfonce dans l’immobilisme, figé par le règne sans fin de Biya. Arrivé deuxième à la présidentielle de 2018 avec 14 % des suffrages selon les résultats officiels – largement contestés –, Maurice Kamto est considéré, au Cameroun comme à l’international, comme le seul opposant capable d’inquiéter le système Biya. Depuis son passage à l’opposition en 2012 et la création du MRC (Mouvement pour la renaissance du Cameroun), cet ancien ministre de la Justice et juriste respecté a bâti une base militante jeune, urbaine, et politisée. Mais aussi une image de dissident obstiné, prêt à affronter l’appareil d’État, malgré les arrestations, les intimidations et les censures.

« Le Conseil constitutionnel a estimé que la candidature [de Maurice Kamto] ne peut pas être valide et la conséquence immédiate, c’est qu’il ne participera pas à la compétition présidentielle », a déclaré son avocat, Hippolyte Meli Tiakouang, à l’issue de l’audience du Conseil constitutionnel à Yaoundé. La candidature de l’opposant, arrivé deuxième du scrutin présidentiel d’octobre 2018, avait été écartée fin juillet par Elections Cameroon (Elecam), l’organe chargé de l’organisation des scrutins, en raison d’une « pluralité d’investitures » du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), parti sous l’étiquette duquel M. Kamto entendait se présenter.

A en croire Le Monde, ce scrutin présidentiel intervient dans un contexte de fragilité politique sociale et économique, marqué par la crise qui perdure depuis 2016 dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et un chômage galopant. Dans un pays où près de 60 % de la population a moins de 25 ans et où le taux de chômage des jeunes avoisine 74 %, la jeunesse est en quête d’opportunités et le changement. Mais l’opposition camerounaise, historiquement divisée, peine une nouvelle fois à s’unir. Samedi, un collectif de représentants de plusieurs partis a publié un communiqué dans lequel ils se sont engagés à choisir « un candidat consensuel autour d’un programme commun », sans qu’aucun nom ne soit encore avancé.

Répression accrue des opposants

Après l’exclusion de la candidature de Maurice Kamto par Elecam, Human Rights Watch (HRW) avait exprimé « des inquiétudes quant à la crédibilité du processus électoral ». L’ONG avait dénoncé une décision qui « reflète l’intolérance de longue date du gouvernement à l’égard de toute opposition et de la dissidence, et intervient dans un contexte de répression accrue des opposants, des militants et des avocats depuis le milieu de l’année 2024 ».

« Quelle saveur aura une telle élection sans Kamto ? », s’interroge Aujourd’hui, un journal burkinabé. « Bien qu’il faille compter avec tous les ténors d’une opposition pugnace, mais divisée, le jeu est déjà joué avec Biya et son rouleau compresseur électoral, le RDPC ! En effet, poursuit le quotidien burkinabé, la carte électorale camerounaise montre que si l’opposition a du répondant, les leaders sont des barons de fiefs, mais sans envergure nationale. (…) C’est dire que cette décision du Conseil constitutionnel inhibe le caractère inclusif du scrutin, enlève donc sa représentativité et cela devrait se ressentir dans le taux de participation »

« Votons massivement le 12 octobre ! »

Et puis quelques réactions de sympathisants de l’opposition à lire sur le site, Actu Cameroun : « en politique tout est possible, affirme l’un d’eux, et des cas à travers le monde (Nelson Mandela en Afrique du Sud, Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, Uhuru Kenyatta au Kenya, Ousmane Sonko au Sénégal, etc.) montrent que l’on peut être victime d’une injustice et devenir président de la République. Le peuple souverain reste maître en démocratie. Vérifions notre inscription sur les listes électorales et votons massivement le 12 octobre ».

Autre réaction : « nous qui voulions le changement incarné par Maurice Kamto, nous venons de perdre une bataille, mais pas la guerre. Dès demain, Kamto, Anicet et Nitcheu, avec le candidat le plus à même de nous débarrasser du clan Biya, doivent se mettre ensemble et nous donner des consignes : l’objectif ultime est encore à portée de mains ».

Enfin, cette dernière réaction : « Kamto fait peur à ce régime qui a mis des stratagèmes de type mafieux pour écarter sa candidature. On a eu le sentiment hier au Conseil constitutionnel que les juges étaient impatients de l’écarter. Mais comme le dit Maurice Kamto lui-même : « le jour finit toujours par se lever » ».

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