Cameroun : comment la baisse des eaux du fleuve Sanaga freine le plein potentiel du barrage de Nachtigal

Mis en service en 2025 avec une capacité installée de 420 MW, le barrage hydroélectrique de Nachtigal devait contribuer à renforcer durablement l’approvisionnement en électricité au Cameroun. Mais en 2026, la faiblesse des apports en eau du fleuve Sanaga limite le niveau de production attendu. À cette contrainte hydrologique s’ajoutent les difficultés liées au transport de l’électricité, qui continuent de peser sur la desserte de plusieurs grandes villes, notamment Yaoundé et Douala.

Le barrage de Nachtigal n’échappe pas aux effets des variations hydrologiques qui affectent le bassin de la Sanaga. Alors que cette infrastructure constitue désormais l’un des principaux piliers du système électrique camerounais, la baisse du débit du fleuve en 2026 réduit sa capacité à fonctionner à son niveau optimal.

Le sujet a été évoqué le 21 septembre 2026 par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, lors d’une rencontre avec une délégation du Fonds monétaire international (FMI). Le membre du gouvernement a notamment fait état de contraintes hydrologiques qui compliquent l’exploitation optimale des capacités de production de l’ouvrage.

Installée sur la Sanaga, la centrale de Nachtigal dispose de six groupes pour une puissance totale de 420 MW. Son fonctionnement dépend toutefois directement de la quantité d’eau disponible dans le fleuve. Plus le débit est important, plus la centrale dispose de marges pour produire de l’électricité. À l’inverse, une baisse durable des apports en eau entraîne mécaniquement une diminution de la puissance mobilisable.

Selon les informations communiquées par Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), l’année 2026 est marquée par des conditions climatiques moins favorables, notamment une saison sèche plus longue et des apports hydriques inférieurs à ceux observés au cours des années précédentes.

Une ressource en eau devenue déterminante

Les données communiquées par les acteurs du secteur permettent de mesurer l’ampleur de la contrainte. Pour atteindre les 420 MW de puissance théorique, la centrale devrait disposer d’un débit d’environ 980 m³/s. Dans le contexte hydrologique observé en 2026, l’objectif opérationnel a été revu à la baisse.

Les projections évoquées par la partie camerounaise tablent désormais sur un débit moyen de l’ordre de 650 m³/s pendant plusieurs mois de saison sèche, pour une production susceptible de se situer autour de 278 MW. Or, le débit effectivement capté en 2026 se situe autour de 600 m³/s.

Cette situation illustre une réalité fondamentale de l’hydroélectricité : la puissance disponible est directement liée au volume d’eau qui traverse les installations. Pour Joseph Kenfack, spécialiste camerounais de l’hydroélectricité et enseignant à l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé, les apports provenant de l’amont de la Sanaga jouent un rôle déterminant dans le fonctionnement de Nachtigal.

Autrement dit, les précipitations enregistrées à proximité immédiate de la centrale ne suffisent pas à elles seules à garantir un niveau élevé de production. Le fonctionnement de l’ouvrage dépend largement de l’ensemble du bassin versant situé en amont, sur plusieurs centaines de kilomètres.

Une baisse de production qui ne signifie pas automatiquement déficit électrique

La diminution de la production potentielle de Nachtigal doit toutefois être distinguée de la notion de déficit énergétique. Selon un responsable de l’Electricity Development Corporation (EDC), interrogé sur la question, une production inférieure à la capacité maximale de la centrale ne signifie pas nécessairement que le pays connaît automatiquement un déficit d’électricité.

Le déficit énergétique dépend en effet du rapport entre l’offre disponible et la demande au moment considéré. Une centrale peut fonctionner en dessous de sa capacité maximale tout en contribuant suffisamment à couvrir la consommation si l’offre globale demeure supérieure ou égale à la demande.

Cette distinction est importante dans le cas de Nachtigal, dont la mise en service devait justement permettre d’accroître la quantité d’électricité disponible sur le réseau interconnecté Sud.

Nachtigal reste un acteur majeur du système électrique

Malgré les contraintes hydrologiques, la centrale conserve un poids considérable dans l’approvisionnement électrique du pays. NHPC indique avoir produit 2 065 GWh en 2025, soit environ 30 % de l’énergie injectée sur le Réseau interconnecté Sud (RIS), qui dessert sept des dix régions du Cameroun. Entre janvier et août 2026, la centrale aurait encore généré 1 305 GWh, d’après les données communiquées par le secteur électrique.

Ces chiffres montrent que Nachtigal constitue désormais une infrastructure stratégique pour le système énergétique camerounais. Sa contribution est d’autant plus importante que le pays cherche à réduire les tensions récurrentes sur l’approvisionnement et à répondre à une demande d’électricité en progression. Pour limiter l’impact de la baisse des ressources hydriques, l’exploitant affirme suivre en permanence l’évolution du débit de la Sanaga et adapter le fonctionnement des différents groupes de production à la quantité d’eau disponible.

Le problème ne s’arrête pas à la production

La situation de Nachtigal met également en évidence une autre faiblesse du système électrique camerounais : produire davantage ne suffit pas si les infrastructures nécessaires pour acheminer cette énergie vers les consommateurs ne sont pas pleinement opérationnelles. À Yaoundé comme dans d’autres zones urbaines, les coupures d’électricité persistent malgré l’entrée en service de la centrale. Une partie de l’explication réside dans les capacités du réseau de transport et de distribution.

Les corridors destinés à évacuer et à acheminer l’électricité produite par Nachtigal ne sont pas encore tous achevés. Cette situation limite notamment la capacité à transférer efficacement l’énergie vers certains grands pôles de consommation. Le bassin industriel de Douala reste particulièrement concerné. La demande y demeure élevée, alors que les infrastructures de transport et de distribution doivent encore être renforcées pour permettre une meilleure utilisation de l’énergie produite par les centrales du pays.

Renforcer le réseau pour valoriser la capacité de production

Face à ces contraintes, le gouvernement mise sur plusieurs interventions : maintenance des lignes de transport, augmentation des capacités de transformation dans certains postes et sécurisation progressive du réseau de distribution. Pour les autorités, ces investissements doivent permettre de mieux valoriser les capacités de production disponibles et d’améliorer progressivement la continuité du service.

Le cas de Nachtigal révèle ainsi une problématique plus large du secteur électrique camerounais. La question n’est plus seulement de disposer de nouvelles capacités de production, mais de pouvoir garantir simultanément la disponibilité de la ressource hydraulique, l’évacuation de l’énergie produite et son acheminement jusqu’aux consommateurs.

En 2026, la baisse du débit de la Sanaga rappelle par ailleurs la vulnérabilité d’un système fortement dépendant de l’hydroélectricité. Avec l’allongement des périodes sèches et la variabilité des apports en eau, la performance future de Nachtigal dépendra donc autant de la gestion de la centrale que de l’évolution des conditions hydrologiques du bassin de la Sanaga.

Le défi pour le Cameroun consiste désormais à transformer la capacité installée de Nachtigal en une fourniture d’électricité régulière et effectivement accessible aux ménages et aux entreprises. Cela suppose non seulement de préserver la ressource en eau, mais aussi de poursuivre les investissements dans les réseaux de transport et de distribution.

Laisser un commentaire