
À la veille de l’inhumation d’Anicet Ekane, figure historique de l’opposition camerounaise et président du Manidem, les tensions autour de l’organisation des funérailles prennent une ampleur inattendue. Entre désaccords familiaux, rivalités politiques et soupçons d’ingérence du pouvoir, le décès de l’opposant continue de cristalliser les passions. Face à la polémique, son fils Muna Ekane appelle à dépasser les querelles afin d’offrir au défunt un hommage digne de son engagement politique.
Des funérailles transformées en terrain de confrontation
Prévue ce samedi 9 mai à Bomono, village natal d’Anicet Ekane, l’inhumation du leader du Manidem intervient dans un climat particulièrement tendu. Depuis plusieurs semaines, des divisions opposent à la fois les membres de la famille biologique du défunt et certains responsables de sa famille politique, autour de la gestion et de l’orientation des obsèques.
Au centre de la controverse figure Muna Ekane, l’un des fils de l’opposant, désigné par la justice pour superviser l’organisation des cérémonies funéraires. Une décision contestée par une partie de la famille, notamment certains proches du défunt et des membres de son entourage politique.
Dans un communiqué publié jeudi, Muna Ekane a dénoncé les querelles qui entourent ces obsèques et appelé à l’apaisement. Pour lui, le moment exige retenue et responsabilité, loin des règlements de comptes politiques ou personnels. « On ne règle pas des comptes politiques au-dessus du cercueil d’un héros assassiné », a-t-il déclaré, dans une sortie largement relayée sur les réseaux sociaux et dans les milieux politiques.
Des accusations et des soupçons persistants
Les tensions ne datent pas d’hier. Elles se sont accentuées depuis le transfert de la dépouille d’Anicet Ekane de Yaoundé vers Douala en mars dernier. Plusieurs proches du défunt accusent certaines autorités d’avoir tenté de contrôler l’organisation des funérailles afin de limiter toute mobilisation populaire autour de cet opposant devenu, pour une partie de l’opinion, le symbole de la résistance politique.
D’autres voix évoquent également le non-respect supposé des dernières volontés d’Anicet Ekane concernant ses obsèques. Ces désaccords ont progressivement provoqué des fractures jusque dans les rangs de l’opposition camerounaise.
Certaines formations politiques et plusieurs alliés historiques du défunt ont choisi de prendre leurs distances. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto a notamment annoncé qu’il ne participerait pas aux obsèques, dénonçant un contexte qu’il juge peu propice à un hommage consensuel.
Fait plus surprenant encore, le Manidem, parti dirigé par Anicet Ekane jusqu’à sa mort, a lui aussi indiqué ne pas s’associer officiellement à la cérémonie. Une position qui illustre la profondeur des divisions internes autour de cet événement.
Muna Ekane appelle à préserver l’héritage politique de son père
Face à cette multiplication des tensions, Muna Ekane tente de recentrer le débat sur la mémoire et l’engagement politique de son père. Dans sa déclaration, il insiste sur le fait qu’Anicet Ekane dépassait le cadre partisan du Manidem et incarnait un combat plus large pour le changement démocratique au Cameroun.
Selon lui, l’ancien président du Manidem appartenait à l’ensemble des forces engagées pour l’alternance politique, notamment au sein de l’Union pour le changement, plateforme regroupant plusieurs sensibilités de l’opposition.
« Anicet Ekane portait une cause plus grande qu’un parti », affirme-t-il, rejetant toute tentative de réduire son héritage à des logiques de clans ou d’appareils politiques.
Son appel vise également à éviter que les obsèques ne deviennent un nouveau foyer de tensions dans un contexte politique déjà fragile.
Une disparition qui continue de susciter des interrogations
Anicet Ekane était décédé le 1er décembre 2025 dans des circonstances qui restent controversées. Arrêté à Douala à la suite des manifestations ayant suivi la réélection contestée de Paul Biya, il avait été transféré au Secrétariat d’État à la Défense à Yaoundé, où il est mort en détention.
Sa disparition avait provoqué une vive émotion au sein de l’opinion publique camerounaise et dans les milieux politiques. Si les autorités avaient conclu, à travers un rapport d’autopsie publié en février dernier, à une mort naturelle, les avocats de la famille avaient contesté la procédure ainsi que les conclusions officielles.
À ce jour, les résultats de l’enquête administrative ouverte pour faire la lumière sur les circonstances exactes du décès n’ont toujours pas été rendus publics.
Dans ce climat de méfiance et de polarisation, les obsèques d’Anicet Ekane apparaissent non seulement comme un moment de recueillement, mais aussi comme un révélateur des fractures qui traversent encore l’opposition camerounaise.