
Face à la forte progression du nombre d’enfants déclarés par les agents publics, le gouvernement camerounais a engagé un audit national des allocations familiales. Les fonctionnaires concernés sont appelés à faire vérifier leurs déclarations, tandis que les autorités entendent assainir le fichier des bénéficiaires et préserver les finances publiques.
Le Cameroun a enclenché une vaste opération de contrôle des allocations familiales versées aux agents de l’État. Porté par le ministère des Finances, cet audit vise à vérifier l’authenticité des déclarations effectuées par les fonctionnaires et à identifier les éventuelles irrégularités qui auraient contribué à l’augmentation des dépenses consacrées à cette prestation sociale.
Dans le cadre de cette première phase, les agents publics sont invités à déposer les pièces justificatives exigées avant les échéances fixées par l’administration, notamment les actes de naissance des enfants déclarés, les certificats de vie collective, les documents administratifs attestant de leur situation professionnelle ainsi que leur pièce d’identité. Le gouvernement encourage les bénéficiaires à accomplir ces formalités rapidement afin d’éviter les engorgements dans les centres d’enrôlement.
Cette opération intervient après le constat d’une hausse jugée inhabituelle du nombre d’enfants inscrits dans le fichier des allocations familiales. Selon les données du ministère des Finances, les déclarations ont connu une progression spectaculaire en moins de deux ans, entraînant une augmentation significative des dépenses supportées par le budget de l’État.
Les autorités soupçonnent l’existence de nombreuses anomalies, allant des déclarations multiples d’un même enfant aux incohérences sur les liens de filiation ou les dates de naissance, en passant par des cas présumés de faux actes d’état civil. Des situations faisant état d’un nombre exceptionnellement élevé de naissances multiples, notamment de jumeaux, triplés, quadruplés, voire davantage, figurent également parmi les éléments qui ont motivé le lancement de cet audit.
Pour le gouvernement, il ne s’agit pas de remettre en cause le principe des allocations familiales, mais de garantir que celles-ci profitent exclusivement aux bénéficiaires légalement éligibles. Les sommes qui auraient été perçues de manière frauduleuse pourraient ainsi faire l’objet de procédures de récupération conformément à la réglementation en vigueur.
L’audit intervient également dans un contexte marqué par la revalorisation des allocations familiales décidée en 2024, mesure qui a mécaniquement accru le coût de cette prestation pour les finances publiques. Les autorités estiment dès lors indispensable de sécuriser le fichier des bénéficiaires afin de mieux maîtriser cette dépense.
Pour assurer la fiabilité des contrôles, plusieurs administrations travaillent de concert, notamment les ministères des Finances, de la Fonction publique, de la Défense, de l’Administration territoriale ainsi que les services de l’état civil. L’objectif est de croiser les différentes bases de données afin de détecter les doublons, les incohérences et les déclarations irrégulières.
Si le gouvernement présente cette initiative comme un levier de bonne gouvernance et de discipline budgétaire, certains responsables politiques appellent toutefois à traiter le problème à sa source. Ils estiment que les insuffisances persistantes du système d’état civil, marqué par la circulation de faux actes de naissance et l’absence de numérisation complète des registres, constituent la principale faille à corriger pour lutter durablement contre la fraude.
Prévu pour s’étendre sur près de deux ans, cet audit marque une nouvelle étape dans la stratégie de modernisation de la gestion de la fonction publique. À travers cette démarche, les autorités espèrent renforcer la crédibilité du système des allocations familiales, préserver les ressources de l’État et garantir une meilleure justice dans l’attribution des prestations sociales.