Cameroun : près de 800 milliards de FCFA pour reconstruire l’Extrême-Nord

Le Programme spécial de reconstruction et de développement de l’Extrême-Nord (PSRDREN) franchit un nouveau cap financier. Près de 800 milliards de FCFA ont déjà été mobilisés pour soutenir la reconstruction et le développement d’une région durement éprouvée. Routes, eau potable, écoles, santé, agriculture et formation professionnelle concentrent l’essentiel des investissements. Mais avec seulement 63,8 % d’exécution budgétaire, le véritable défi reste désormais de convertir les financements mobilisés en réalisations concrètes et en opportunités économiques durables.

La reconstruction de l’Extrême-Nord camerounais entre dans une nouvelle phase. Réunis le 31 août 2026 à Yaoundé à l’occasion de la deuxième session du Comité de pilotage du PSRDREN, les différents acteurs ont fait le point sur l’état d’avancement des projets engagés dans cette partie du pays.

La session était présidée par Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire. Au centre des échanges : l’évolution des financements, le niveau d’exécution des projets et la nécessité d’accélérer les investissements destinés à améliorer les conditions de vie des populations.

Une enveloppe qui dépasse désormais 800 milliards

En un peu plus d’un an, les financements mobilisés dans le cadre du programme ont connu une progression importante. Lors de la première session du Comité de pilotage, organisée en février 2025, le gouvernement faisait état de plus de 600 milliards de FCFA mobilisés. Ce montant atteint désormais environ 800 milliards de FCFA.

Selon Alamine Ousmane Mey, cette progression traduit l’engagement de l’État et de ses partenaires à accompagner la reconstruction de l’Extrême-Nord. L’ambition initiale reste cependant beaucoup plus importante. Le programme avait identifié des besoins estimés à environ 1 800 milliards de FCFA. Ces ressources doivent permettre de répondre aux conséquences des crises ayant affecté la région, tout en créant les conditions d’un développement économique plus solide. La philosophie du programme dépasse ainsi la simple reconstruction des ouvrages endommagés. Il s’agit également de renforcer les services sociaux de base, de soutenir les activités productives, de favoriser l’emploi et de consolider la cohésion sociale.

Eau, écoles et santé : les premiers effets visibles

Sur le terrain, plusieurs réalisations sont déjà recensées. Le programme compte notamment 20 mini-adductions d’eau, cinq centres de santé intégrés et sept écoles primaires à kit complet.

À ces infrastructures s’ajoutent la construction d’un pont sur le Mayo Tchanawa, l’aménagement de bretelles routières à Maroua, la réhabilitation de l’hôpital helvétique de Mada ainsi que la distribution de 10 000 tables-bancs.

Pour les populations, ces réalisations répondent à des besoins particulièrement urgents. L’accès aux soins constitue notamment une priorité dans une région où l’éloignement des formations sanitaires peut encore compliquer la prise en charge des patients et des femmes enceintes.

Les investissements dans l’eau potable doivent, de leur côté, contribuer à réduire les difficultés d’approvisionnement qui affectent plusieurs communautés et améliorer les conditions sanitaires.

Relancer l’agriculture pour sortir de la précarité

La reconstruction passe également par la remise en activité des exploitations agricoles. Dans l’Extrême-Nord, où l’agriculture constitue une source essentielle de revenus pour de nombreux ménages, le redémarrage de la production apparaît indispensable pour lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire.

Des kits agricoles, des intrants et du petit matériel ont ainsi été distribués à des coopératives et organisations de producteurs dans les six départements de la région. Cette orientation vise à permettre aux producteurs de reconstituer leurs moyens de production et d’améliorer progressivement leurs rendements. L’enjeu est également de permettre aux jeunes et aux femmes de retrouver des activités génératrices de revenus.

Le projet VIVA Logone, doté de 120 milliards de FCFA, constitue l’un des principaux leviers de cette stratégie. Il doit notamment améliorer l’irrigation et renforcer les capacités de production agricole.

Le PDI-CVA, soutenu par la Banque islamique de développement à hauteur de 26,61 milliards de FCFA, intervient sur la maîtrise de l’eau et le développement des chaînes de valeur de l’oignon, du maïs et du soja. Environ 20 000 personnes devraient en bénéficier directement. De son côté, le PDAS-1 prévoit près de 53 milliards de FCFA pour développer les ouvrages hydrauliques et les périmètres irrigués.

Les routes au cœur du désenclavement

Le réseau routier demeure l’autre grande priorité. Dans une région où les difficultés de mobilité pénalisent les échanges commerciaux et l’accès aux services sociaux, la réhabilitation des principaux axes est considérée comme un préalable au redémarrage économique.

La reconstruction de la Nationale N°1 sur l’axe Mora-Waza-Dabanga-Kousséri figure parmi les opérations majeures. D’autres corridors sont également concernés, notamment Magada-Kaélé-Guidiguis-Yagoua, Moutourwa-Maroua et Maroua-Bogo-Guirvidig-Pouss.

Le PACRI-MDK, estimé à 236 milliards de FCFA, doit renforcer la connectivité le long du corridor Mora-Dabanga-Kousséri et améliorer sa résilience. Le tronçon Mora-Tchakamari, dont la première section s’étend sur 22 kilomètres, connaît déjà une évolution notable.

À cela s’ajoute le Projet d’aménagement territorial et de promotion du secteur privé, doté d’environ 157 milliards de FCFA. Celui-ci doit notamment contribuer à réhabiliter l’axe Maroua-Moutourwa-Magada-Kaélé-Yagoua et à rapprocher les principaux bassins économiques de la région. Le futur pont sur le Logone entre Yagoua et Bongor, au Tchad, constitue également une infrastructure stratégique. Avec un coût annoncé de 30 milliards de FCFA, il doit faciliter la circulation transfrontalière et renforcer les échanges commerciaux entre les deux pays.

Investir dans les jeunes et les femmes

La reconstruction de l’Extrême-Nord ne peut toutefois reposer uniquement sur les ouvrages publics. Le développement du capital humain constitue un autre volet important du dispositif. Le CAP2E, financé par la Banque africaine de développement à hauteur de 89,2 milliards de FCFA sur la période 2025-2030, entend agir sur plusieurs leviers : formation professionnelle, entrepreneuriat, accès au financement et insertion des jeunes et des femmes.

Cette approche vise à faire des infrastructures un point de départ pour une véritable reprise économique. Car construire une route, une école ou un centre de santé ne suffit pas si ces équipements ne permettent pas, à terme, de stimuler les activités locales et d’améliorer les revenus des ménages.

Le défi de l’exécution

Le principal indicateur à surveiller reste désormais le rythme de mise en œuvre. Si le taux de contractualisation des marchés atteint 88 %, l’exécution budgétaire se situe à 63,8 %. Cet écart montre que la mobilisation des financements ne constitue qu’une première étape. Le véritable enjeu est de transformer les engagements financiers en chantiers achevés, puis de garantir que ces infrastructures soient effectivement fonctionnelles et entretenues.

Le gouvernement entend donc accélérer le déploiement du programme. Une mission sur le terrain doit notamment permettre aux responsables du PSRDREN et aux différents partenaires d’évaluer directement l’état des réalisations et d’identifier les éventuels blocages. Pour les acteurs de la société civile, cette accélération est indispensable. Dans une région où la pauvreté demeure particulièrement élevée, les investissements publics doivent se traduire par des changements perceptibles dans la vie quotidienne.

Avec près de 800 milliards de FCFA déjà mobilisés sur un besoin global estimé à 1 800 milliards, l’Extrême-Nord dispose désormais d’une capacité financière importante pour engager sa reconstruction. Mais le succès du programme se mesurera moins au volume des fonds annoncés qu’à leur impact réel : routes praticables, eau disponible, écoles fonctionnelles, accès aux soins, agriculture productive et emplois pour les jeunes.

Après la mobilisation des ressources, l’Extrême-Nord entre donc dans l’étape la plus décisive : celle de l’exécution et des résultats.

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