
Le portefeuille de financements de la Banque mondiale au Cameroun atteint 5,01 milliards de dollars, (près de 2 922 milliards de francs CFA), répartis sur 21 projets approuvés. Toutefois, les accords effectivement signés ne couvrent que 18 projets, pour un montant de 4,129 milliards de dollars. Ces chiffres, communiqués par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) le 15 octobre 2026, mettent en évidence la différence entre les financements autorisés, les engagements contractuels et les ressources réellement décaissées. Ils soulèvent également des questions sur le suivi et l’exécution des projets.
Le Cameroun dispose d’un portefeuille de financements approuvés par le Conseil d’administration de la Banque mondiale évalué à 5,01 milliards de dollars. Selon les données présentées par le MINEPAT en marge des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, organisées à Bangkok, cette enveloppe concerne 21 projets, dont 15 opérations nationales et six projets régionaux. Cependant, les accords de financement signés portent sur 18 projets actifs, pour un montant cumulé de 4,129 milliards de dollars. La différence entre les deux enveloppes s’établit ainsi à 881 millions de dollars.
Cet écart ne signifie pas automatiquement que cette somme reste à signer ou qu’elle est immédiatement disponible pour être mobilisée. Dans le cycle de financement de la Banque mondiale, l’approbation d’une opération par son Conseil d’administration constitue une étape distincte de la signature de l’accord, elle-même différente du décaissement effectif des ressources. Les fonds sont généralement versés progressivement, en fonction des conditions de financement et de l’avancement des activités prévues. Le ministère n’ayant pas publié la liste détaillée des 21 opérations approuvées, il reste difficile de déterminer quels projets expliquent précisément la différence entre les montants autorisés et les engagements signés.
Le corridor Douala-Bangui illustre les étapes du processus de financement
Le projet de corridor économique Douala-Bangui permet de mieux comprendre cette distinction. Le 12 juin 2026, la Banque mondiale a approuvé un financement de 425 millions de dollars en faveur du Cameroun, destiné à soutenir cette infrastructure stratégique pour les échanges commerciaux et la connectivité régionale.
Cette enveloppe comprend un prêt de 407 millions de dollars de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et un crédit de 18 millions de dollars de l’Association internationale de développement (IDA). Au taux indicatif retenu pour le 14 octobre, le montant total représente environ 248 milliards de FCFA.
Au 30 septembre 2026, les deux concours apparaissaient encore avec le statut « Approved » dans la base financière de la Banque mondiale. Le 2 octobre, un décret présidentiel a autorisé la signature de l’accord de crédit avec la BIRD. Cette autorisation constitue une avancée administrative, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à établir que le prêt avait été effectivement signé au 15 octobre.
Cet exemple montre que l’approbation d’un financement ne se traduit pas nécessairement par une mobilisation immédiate des fonds. Entre la décision de financement et l’exécution des dépenses, plusieurs étapes administratives, juridiques et opérationnelles doivent être franchies.

Des chiffres qui varient selon les communications officielles
L’évaluation du portefeuille camerounais a également évolué au fil des communications institutionnelles. Le 9 septembre 2026, le MINEPAT faisait état d’un portefeuille de 3,2 milliards de dollars, soit environ 1 806 milliards de FCFA. Quelques semaines plus tard, le montant annoncé atteignait 5,01 milliards de dollars. De son côté, la Banque mondiale recensait 22 projets actifs au 10 septembre, dont six opérations régionales, contre 21 projets approuvés mentionnés dans la communication du 15 octobre.
Ces différences ne permettent pas, à elles seules, de conclure à une hausse équivalente des financements en l’espace d’un mois. Les chiffres peuvent correspondre à des périmètres différents, à des catégories de projets distinctes ou à des étapes différentes du cycle de financement. En l’absence d’une liste consolidée des opérations et d’une méthodologie commune, il demeure difficile d’établir une comparaison rigoureuse entre les données publiées.
La publication d’un état détaillé du portefeuille, précisant pour chaque projet le montant approuvé, le montant signé, les décaissements cumulés et le calendrier d’exécution, permettrait de mieux apprécier la situation.
Des écarts dans les conversions en francs CFA
Les montants exprimés en monnaie locale présentent également des différences qui méritent d’être examinées. Selon le MINEPAT, les 4,129 milliards de dollars correspondant aux accords signés équivalent à 2 271 milliards de FCFA, tandis que les 5,01 milliards de dollars de financements approuvés sont évalués à 2 915 milliards de FCFA.
Ces conversions impliquent des taux respectifs d’environ 550 et 582 FCFA pour un dollar. L’écart entre les deux enveloppes atteint ainsi 644 milliards de FCFA selon les chiffres du ministère. Or, sur la base du taux indicatif acheteur de 583,2579 FCFA pour un dollar affiché par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) le 14 octobre 2026, la différence de 881 millions de dollars correspond à environ 514 milliards de FCFA.
L’écart entre ces deux estimations est donc d’environ 130 milliards de FCFA. Il ne peut toutefois pas être interprété comme une erreur certaine sans connaître les dates de référence, les taux de conversion et les méthodes de calcul utilisés par le ministère. La publication de ces éléments permettrait de réconcilier les montants annoncés.
Le niveau des décaissements reste un indicateur déterminant
Au-delà des sommes approuvées et signées, la question centrale demeure celle des ressources effectivement mobilisées pour financer les travaux, les services et les activités prévus. Au 30 juin 2026, les 21 projets examinés dans une précédente analyse d’Investir au Cameroun affichaient un taux global de décaissement de 18,7 %. Cet indicateur donne un aperçu de l’exécution financière du portefeuille alors étudié, mais il ne peut pas être directement appliqué aux 5,01 milliards de dollars annoncés le 15 octobre. Les périmètres et les dates de référence ne sont pas nécessairement identiques.
Le taux de décaissement doit par ailleurs être analysé projet par projet. Un faible niveau de mobilisation des fonds peut notamment être lié au démarrage récent d’une opération, aux procédures de passation des marchés, aux difficultés techniques ou à la capacité des unités de gestion à exécuter les activités programmées. À l’inverse, un taux élevé ne suffit pas, à lui seul, à démontrer que les résultats attendus ont été atteints. L’enjeu consiste donc à rapprocher l’exécution financière de l’avancement physique des projets et des effets concrets sur les populations bénéficiaires.
Le gouvernement veut accélérer l’exécution des projets
Lors des réunions de Bangkok, les autorités camerounaises ont demandé à la Banque mondiale de réduire les délais de traitement des avis de non-objection, indispensables à certaines étapes des procédures de passation des marchés. Le gouvernement souhaite également renforcer l’accompagnement des unités de gestion des projets afin d’améliorer leur capacité d’exécution.
Le MINEPAT envisage par ailleurs de réorienter certains financements vers les opérations affichant les meilleures performances. Cette option pourrait permettre de mieux utiliser les ressources disponibles, mais elle reste une piste à préciser. À ce stade, aucun détail n’a été communiqué sur les projets susceptibles d’être concernés, les montants éventuellement réaffectés ou les critères qui guideraient ces arbitrages. La mise en œuvre d’une telle démarche nécessiterait notamment d’évaluer les résultats obtenus, les besoins de financement restants, les contraintes d’exécution et les engagements contractuels déjà pris.
La capacité d’absorption, principal enjeu du portefeuille
Avec 5,01 milliards de dollars de financements approuvés, la coopération entre le Cameroun et la Banque mondiale représente un levier important pour le développement des infrastructures, l’amélioration des services publics et le financement des priorités économiques et sociales.
Mais l’ampleur d’un portefeuille ne suffit pas à mesurer son efficacité. La concrétisation de ces engagements dépend aussi de la rapidité de signature des accords, de la qualité de la préparation des projets, de la maîtrise des procédures de passation des marchés et de la capacité des administrations à transformer les ressources disponibles en réalisations.
La prochaine étape consistera donc à clarifier la situation de chaque opération, à harmoniser les données financières publiées et à suivre plus précisément les décaissements ainsi que les résultats obtenus sur le terrain. Pour le Cameroun, le défi ne se limite plus à obtenir des financements : il s’agit également d’en assurer une exécution efficace, transparente et mesurable.