
L’État camerounais dispose d’un important patrimoine immobilier dans les deux principales métropoles du pays. Les résultats de la première phase de l’opération nationale de recensement et d’évaluation des immobilisations corporelles révèlent l’existence de 1 522 immeubles bâtis dans les départements du Mfoundi et du Wouri, pour une valeur globale estimée à plus de 1 500 milliards de FCFA. Une photographie inédite du patrimoine public qui soulève également la question de sa protection, de son entretien et de sa valorisation.
Un patrimoine stratégique d’une valeur considérable
Le gouvernement camerounais poursuit son vaste chantier d’identification et de valorisation des biens appartenant à l’État. Présentés devant les députés à l’Assemblée nationale, les premiers résultats du recensement des immobilisations publiques mettent en lumière l’ampleur des actifs immobiliers détenus par l’administration dans les deux plus grandes agglomérations du pays.
Selon les données communiquées par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, l’État possède 1 522 immeubles bâtis répartis entre Yaoundé et Douala. L’ensemble de ces biens est évalué à plus de 1 500 milliards de FCFA, un montant qui témoigne du poids économique du patrimoine foncier public.
Le département du Mfoundi, qui abrite la capitale politique, concentre la plus grande part de ces actifs avec une valeur estimée à plus de 1 070 milliards de FCFA. Dans le Wouri, cœur économique du pays, le patrimoine immobilier de l’État représente près de 442 milliards de FCFA.
Un inventaire qui marque une étape importante
Cette opération de recensement s’inscrit dans une volonté plus large de modernisation de la gestion des biens publics. Longtemps confronté à des difficultés d’identification, de suivi et parfois de sécurisation de ses actifs, l’État entend désormais disposer d’une cartographie précise de son patrimoine immobilier.
L’objectif est double : mieux connaître les biens détenus par l’administration et disposer d’outils fiables pour leur gestion, leur entretien et leur valorisation.
Pour les autorités, cette démarche constitue une étape essentielle vers une gouvernance patrimoniale plus rigoureuse et plus transparente.
La question sensible de l’assurance des biens publics
Les résultats de cet inventaire ont également relancé le débat sur la protection du patrimoine immobilier de l’État face aux risques de sinistres, de dégradations ou de catastrophes.
Interpellé sur ce sujet devant la représentation nationale, le Premier ministre a indiqué qu’il n’existe actuellement aucun dispositif global d’assurance privée couvrant les immeubles appartenant à l’État.
Cette situation s’explique notamment par la nature même des biens concernés. Leur nombre élevé, leur répartition sur l’ensemble du territoire national ainsi que leur valeur considérable rendent leur couverture particulièrement complexe dans les conditions habituelles du marché de l’assurance.
Les bâtiments administratifs, infrastructures publiques et autres ouvrages appartenant à l’État présentent en effet des caractéristiques qui nécessitent des mécanismes spécifiques de gestion du risque.
Le rôle central du ministère des Domaines
En l’absence d’une couverture assurantielle généralisée, la responsabilité de la gestion et de la préservation de ce patrimoine repose principalement sur le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières.
Cette administration est chargée d’assurer le suivi, la conservation et la protection des biens immobiliers appartenant à l’État. Son rôle devient d’autant plus stratégique que la valeur des actifs recensés est considérable.
La connaissance précise du patrimoine public devrait également permettre d’améliorer la planification budgétaire liée à l’entretien des infrastructures et à la prévention des dégradations.
Prévenir plutôt que réparer
Face aux défis liés à la protection de ces actifs, le gouvernement entend renforcer les mécanismes de prévention prévus par la réglementation en vigueur.
Parmi les mesures envisagées figurent le renforcement de la maintenance préventive des bâtiments publics, l’amélioration du suivi technique des infrastructures ainsi que la sensibilisation des administrations aux bonnes pratiques de conservation du patrimoine.
L’objectif est de limiter les risques de détérioration et de réduire les coûts liés aux réparations lourdes ou aux reconstructions.
Cette approche vise également à instaurer une véritable culture de préservation des biens publics au sein des différentes administrations.
Vers une gestion plus moderne du patrimoine de l’État
Au-delà de la simple opération d’inventaire, le recensement engagé ouvre de nouvelles perspectives pour la gestion des actifs publics. Les autorités disposent désormais d’une base de travail qui pourrait servir à développer une stratégie de valorisation plus ambitieuse.
Cette réflexion pourrait concerner l’optimisation de l’occupation des bâtiments administratifs, la réhabilitation de certains sites, la rationalisation des coûts de gestion ou encore la mise en valeur économique de certains actifs.
Avec un patrimoine évalué à plus de 1 500 milliards de FCFA dans les seules villes de Yaoundé et Douala, la question de la gouvernance immobilière apparaît désormais comme un enjeu majeur de la gestion publique.
L’État camerounais se trouve ainsi face à un nouveau défi : transformer cet important capital foncier en un levier de performance administrative, de maîtrise budgétaire et de création de valeur au service du développement national.