Blé : le Cameroun veut investir près de 31 milliards FCFA pour bâtir une véritable filière nationale

Le Cameroun entend accélérer sa politique de substitution aux importations en misant sur la production locale de blé. Un plan d’action triennal, évalué à 30,9 milliards de FCFA et dont l’exécution est prévue à partir de 2027, a été validé par les différents acteurs de la filière. L’ambition est de structurer l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis la production de semences jusqu’à la commercialisation, afin de réduire progressivement la forte dépendance du pays vis-à-vis des marchés extérieurs.

Le gouvernement camerounais veut donner un nouvel élan à la culture du blé. Réunis le 24 juin 2026 à Yaoundé sous la coordination du ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), les représentants des administrations, des chercheurs et des producteurs ont validé un programme triennal destiné à transformer une activité encore expérimentale en une véritable filière agricole.

Doté d’un budget estimé à 30,9 milliards de FCFA, ce programme devrait entrer en vigueur dès 2027. Il vise à créer un écosystème capable de répondre durablement aux besoins de l’industrie locale de la transformation, fortement dépendante des importations de blé.

Contrairement aux initiatives précédentes principalement centrées sur la recherche, ce nouveau programme ambitionne de couvrir l’ensemble de la chaîne de production. Trois principaux axes ont été retenus : la production de semences certifiées, l’accompagnement des producteurs de blé commercial ainsi que la création d’infrastructures dédiées au stockage, à la transformation et à la commercialisation.

Cette approche intégrée devrait permettre de sécuriser la disponibilité des semences, d’améliorer la productivité des exploitations et de faciliter l’écoulement des récoltes auprès des minoteries et des industries agroalimentaires.

L’objectif de 180 000 tonnes de production

Les projections présentées lors des travaux prévoient la mise en valeur d’environ 4 500 hectares destinés à la multiplication des semences certifiées. Cette superficie devrait générer près de 9 000 tonnes de semences capables de soutenir, à terme, une production marchande estimée à 180 000 tonnes de blé.

Les activités seront principalement développées dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord, de l’Adamaoua, de l’Ouest et du Nord-Ouest, considérées comme les plus favorables à cette culture. Les producteurs bénéficieront notamment d’un appui en intrants agricoles, de produits phytosanitaires ainsi que d’un accompagnement technique afin d’améliorer les rendements et la qualité des récoltes.

Le futur programme s’appuie sur les résultats obtenus dans le cadre du Projet de production et de transformation du blé au Cameroun, conduit par l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad), dont le financement avoisine 10 milliards de FCFA.

Les recherches menées ces dernières années ont permis d’identifier des variétés adaptées aux différentes zones agroécologiques du pays et de relancer la production de semences de base, notamment sur le site de Wassandé, dans la région de l’Adamaoua.

Selon les responsables du projet, près de 600 tonnes de semences sont actuellement en cours de récolte. Si les mécanismes de multiplication, de distribution et d’encadrement des agriculteurs fonctionnent efficacement, ces volumes pourraient permettre la mise en culture d’environ 6 000 hectares.

Réduire sa dépendance 

Au-delà de l’enjeu agricole, le développement de la filière blé répond à un impératif économique. Le Cameroun importe encore l’essentiel du blé utilisé par les minoteries pour la fabrication de farine, de pain, de pâtes alimentaires et de biscuits. Cette dépendance expose le pays aux fluctuations des prix internationaux et pèse sur les réserves en devises.

Les crises géopolitiques, les perturbations logistiques et la volatilité des marchés céréaliers observées ces dernières années ont renforcé la nécessité de développer une production locale plus compétitive.

Malgré les avancées enregistrées par la recherche, plusieurs défis restent à surmonter avant de voir émerger une filière durable. Il faudra assurer une production suffisante de semences certifiées, convaincre davantage d’agriculteurs d’adopter cette culture, garantir des débouchés stables auprès des transformateurs et mettre en place des mécanismes de prix suffisamment attractifs.

À cela s’ajoutent les contraintes liées à l’accès aux intrants, à la maîtrise de l’irrigation, à la conservation des récoltes ainsi qu’au respect des exigences de qualité imposées par les industriels.

En définitive, le plan de 30,9 milliards de FCFA marque une nouvelle étape dans la stratégie camerounaise de réduction des importations de blé. Son efficacité dépendra toutefois de la capacité des pouvoirs publics à traduire les ambitions affichées en réalisations concrètes, afin de faire émerger une filière économiquement viable et capable d’approvisionner durablement le marché national.

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