Cameroun : face à la recrudescence des féminicides, la société civile réclame une loi spécifique contre les violences basées sur le genre

Au moins 76 féminicides auraient été recensés au Cameroun depuis le début de l’année 2026, selon les organisations de la société civile. Face à cette situation, plusieurs associations ont relancé leur plaidoyer pour l’adoption d’une loi spécifique sur les violences basées sur le genre (VBG). Présenté à Yaoundé le 2 novembre, un avant-projet élaboré à l’issue de consultations impliquant environ 2 500 personnes et une cinquantaine d’organisations entend renforcer la prévention, la protection des victimes, les sanctions contre les auteurs et la réparation des préjudices. Les associations espèrent voir le texte examiné lors de la session parlementaire de novembre.

La lutte contre les violences basées sur le genre revient au cœur de l’actualité législative au Cameroun. Alors que les cas de féminicides continuent de susciter l’indignation, les organisations de la société civile intensifient leur mobilisation pour obtenir un cadre juridique spécifique, susceptible de mieux protéger les victimes et de sanctionner les auteurs de violences.

Le 2 novembre 2026, à Yaoundé, plusieurs associations engagées dans la défense des droits des femmes ont fait le point sur l’évolution du processus d’élaboration d’un avant-projet de loi consacré aux violences basées sur le genre. Leur ambition est désormais de faire avancer le texte jusqu’au Parlement, à l’occasion de la session de novembre, qui doit s’ouvrir dans les prochains jours.

Pour ces organisations, il ne s’agit plus simplement d’améliorer quelques dispositions du dispositif juridique existant, mais de mettre en place une législation autonome qui prenne en compte les différentes formes de violences et apporte des réponses concrètes aux victimes.

Une loi pour combler les insuffisances du dispositif actuel

Au centre de cette mobilisation, l’Association camerounaise des femmes juristes (ACAFEJ) plaide pour un texte qui dépasse la simple logique de condamnation des agresseurs. Sa présidente, Yvonne Léopoldine Akoa, insiste sur la nécessité de construire un mécanisme juridique couvrant l’ensemble du parcours des victimes : identification des violences, incrimination des actes, sanctions, protection et indemnisation.

L’avant-projet prévoit notamment la mise en place d’ordonnances de protection, un mécanisme destiné à permettre aux personnes menacées de bénéficier d’une protection juridique adaptée avant que les violences ne prennent une tournure plus grave.

« Ce texte est un texte qui définit les violences basées sur le genre, qui les incrimine, qui les sanctionne. Il y a une ordonnance de protection qui n’existe pas encore. Et puis il y a la réparation », explique Yvonne Akoa.

Pour les associations, l’enjeu est donc de disposer d’une législation capable d’intervenir aussi bien en amont des agressions que dans la prise en charge de leurs conséquences. Elles redoutent qu’une réforme limitée à quelques ajustements du droit existant ne produise pas les changements attendus.

2 500 personnes et une cinquantaine d’ONG associées à l’élaboration du texte

L’avant-projet défendu par les organisations est le résultat d’un processus de concertation engagé avec plusieurs acteurs institutionnels et associatifs. Les travaux menés à Ebolowa en février 2026 ont permis d’enrichir une première mouture grâce aux contributions d’environ 2 500 participants, issus notamment d’une cinquantaine d’organisations non gouvernementales et de plusieurs administrations ministérielles.

Cette démarche participative constitue, pour les promoteurs du texte, un argument supplémentaire en faveur de sa transmission aux instances parlementaires. Les associations souhaitent que les propositions issues de ces consultations soient prises en considération dans la version appelée à suivre le circuit législatif.

Élise Pierrette Memong, présidente de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes (ALVF), estime que la société civile doit continuer à jouer un rôle de contrôle et d’interpellation des pouvoirs publics. Elle considère que les contributions recueillies auprès des communautés doivent servir de référence aux décideurs dans l’élaboration d’une réponse législative correspondant aux attentes des populations. Au-delà du renforcement des sanctions pénales, les initiateurs de l’avant-projet veulent également agir sur les mécanismes qui favorisent l’apparition et la répétition des violences.

Le magistrat Ulrich Ovono, qui a coordonné les travaux de rédaction, relève notamment les insuffisances du cadre juridique actuel en matière de prévention. Parmi les innovations envisagées figurent une meilleure prise en compte du harcèlement sexuel dans les établissements scolaires et universitaires, mais également dans les milieux professionnels.

Le projet entend ainsi élargir le champ de protection aux différentes situations dans lesquelles les violences et les abus peuvent se produire, y compris dans les relations de travail et les espaces éducatifs. Cette orientation traduit une volonté de ne plus attendre que les agressions soient commises pour déclencher une réponse judiciaire. La sensibilisation, la prévention, les mécanismes d’alerte et la protection des personnes exposées constituent également des axes importants de la réforme.

76 féminicides recensés : l’urgence derrière le plaidoyer

La mobilisation des associations s’appuie sur un bilan humain particulièrement préoccupant. Selon leur décompte, au moins 76 femmes ont été victimes de féminicide au Cameroun depuis janvier 2026. Ce chiffre, avancé par les organisations de la société civile, donne une dimension particulière à leur demande d’accélération du processus législatif. Il intervient dans un contexte où les violences physiques, sexuelles et conjugales continuent d’alimenter les préoccupations des acteurs de la protection des droits humains.

À titre de comparaison, une note publiée le 26 octobre 2026 par Human Rights Watch rappelle que les autorités camerounaises avaient déjà recensé 50 féminicides entre janvier et avril 2026, lors d’une communication gouvernementale devant l’Assemblée nationale. L’organisation souligne également les insuffisances des mécanismes de signalement, qui rendent difficile l’établissement d’un bilan exhaustif.

Pour les associations, la multiplication des cas impose donc une réponse qui ne se limite pas aux condamnations prononcées après les drames. La possibilité pour une victime de solliciter une protection, de signaler des menaces et d’accéder à une prise en charge adaptée pourrait contribuer à prévenir certaines situations de violence extrême.

La session parlementaire de novembre très attendue

Désormais, les regards des organisations mobilisées sont tournés vers le Parlement. Elles souhaitent que l’avant-projet puisse franchir une nouvelle étape institutionnelle et être inscrit à l’ordre du jour des travaux parlementaires. Toutefois, sa présentation par les associations ne signifie pas encore qu’il a été adopté ou qu’il est devenu applicable. Son examen, les éventuelles modifications et son parcours institutionnel restent des étapes déterminantes.

Au-delà de l’adoption d’un texte, les organisations attendent des engagements concrets pour garantir son application : des mécanismes de protection accessibles, des moyens de prise en charge des victimes et une meilleure coordination entre les services judiciaires, sanitaires et sociaux.

À travers ce plaidoyer, la société civile camerounaise pose ainsi une question essentielle : comment passer d’un dispositif essentiellement mobilisé après les violences à un véritable système capable de les prévenir ? Pour les associations, la future loi devra apporter des réponses à cette exigence, afin que la protection des victimes ne reste pas seulement un principe inscrit dans les textes, mais devienne une réalité sur le terrain.

Ces éléments relatifs au point de presse et au processus législatif sont rapportés par Cameroon Tribune du 3 novembre 2026.

– 76 féminicides recensés par les associations depuis janvier 2026.

– 2 500 participants associés aux consultations.

– Une cinquantaine d’ONG impliquées dans les concertations.

– 2 novembre 2026 : présentation de l’évolution du processus à Yaoundé.

– Novembre 2026 : session parlementaire visée par le plaidoyer.

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