Cameroun-Crise anglophone : 987 enlèvements en neuf mois, une insécurité qui menace aussi la sécurité alimentaire

La violence continue de gagner du terrain dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Entre janvier et septembre 2026, 987 incidents d’enlèvement y ont été recensés, soit une progression de 17,2 % en un an et près du double du niveau de 2024. Au-delà du bilan sécuritaire, cette dégradation affecte les activités agricoles, le commerce et l’accès des populations à l’alimentation. FEWS NET prévoit une persistance de l’insécurité alimentaire de niveau Crise dans les deux régions jusqu’en mai 2027 au moins.

La crise anglophone continue de produire des conséquences particulièrement lourdes sur les populations des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Près de dix ans après le début du conflit opposant les groupes séparatistes aux forces gouvernementales, l’insécurité demeure une réalité quotidienne, avec une recrudescence des enlèvements et des perturbations croissantes des activités économiques.

Les données de l’organisation ACLED, reprises par le réseau d’analyse de la sécurité alimentaire FEWS NET dans ses perspectives pour le Cameroun couvrant la période d’octobre 2026 à mai 2027, font état de 987 incidents d’enlèvement entre janvier et septembre 2026. Ce chiffre, rapporté dans une publication du 30 octobre, représente une augmentation de 17,2 % par rapport aux neuf premiers mois de 2025. Plus préoccupant encore, le volume enregistré approche le double de celui observé à la même période en 2024.

La répartition géographique de ces incidents révèle une concentration particulièrement forte dans le Nord-Ouest, qui représente à lui seul plus de 70 % des enlèvements signalés. Cette situation témoigne de la persistance des risques sécuritaires dans cette partie du pays, où les déplacements des personnes et des marchandises restent fortement exposés.

Des violences qui paralysent les échanges commerciaux

Pour FEWS NET, la dégradation de la situation sécuritaire s’explique notamment par la poursuite des opérations militaires, les actions de représailles des groupes séparatistes ainsi que la multiplication des enlèvements et des prélèvements illégaux imposés aux populations.

Dans le Nord-Ouest en particulier, les attaques visant les transports publics, les barrages routiers et les points de contrôle installés illégalement compliquent la circulation sur les principaux axes commerciaux. Les transporteurs et les commerçants doivent composer avec des déplacements risqués et des coûts supplémentaires.

Cette situation limite l’acheminement des marchandises, ralentit la commercialisation des produits agricoles et fragilise les revenus des ménages qui dépendent des échanges entre les localités. Les restrictions de circulation et les perturbations des activités économiques contribuent ainsi à réduire l’approvisionnement de certains marchés.

Jusqu’à 40 % de terres agricoles en moins

Les conséquences du conflit ne se limitent pas aux déplacements et aux activités commerciales. Le secteur agricole, principal moyen de subsistance de nombreux ménages ruraux, continue également de subir les effets de l’insécurité.

Dans les zones les plus affectées, les superficies effectivement mises en culture restent inférieures de 20 à 40 % aux niveaux observés avant le début de la crise. L’accès difficile aux exploitations, la peur des attaques et les déplacements répétés des populations empêchent de nombreux agriculteurs de travailler normalement leurs terres.

À cette réduction des surfaces cultivées s’ajoutent des récoltes insuffisantes et une contraction de la demande de main-d’œuvre agricole. Les ménages ruraux disposent donc de moins d’opportunités pour vendre leur production ou trouver des emplois saisonniers susceptibles de compléter leurs revenus.

La perturbation des circuits de commercialisation accentue davantage les difficultés. La réduction du nombre de jours de marché, les obstacles sur les axes de transport et la baisse des échanges transfrontaliers limitent à la fois la disponibilité des produits alimentaires et les possibilités de revenus pour les commerçants et les producteurs.

Le carburant nigérian renchérit les coûts de transport

Autre facteur aggravant : la hausse du prix du carburant nigérian de contrebande, largement utilisé dans certaines zones. Selon les données rapportées par FEWS NET, son prix a progressé de près de 40 % depuis mars 2026.

Cette augmentation se répercute sur les frais de transport et, par conséquent, sur les prix des denrées alimentaires et des produits de première nécessité. Dans un environnement déjà marqué par la baisse des revenus et les difficultés d’approvisionnement, cette pression supplémentaire réduit le pouvoir d’achat des ménages.

Les populations les plus vulnérables se retrouvent ainsi confrontées à une double difficulté : accéder à des produits alimentaires dont les prix augmentent et disposer de ressources suffisantes pour les acheter.

493 400 personnes toujours déplacées

La dimension humanitaire de cette crise demeure tout aussi préoccupante. En septembre 2026, environ 493 400 personnes étaient encore déplacées à cause du conflit dans les régions anglophones, selon les chiffres repris par FEWS NET.

Ces déplacements prolongés fragilisent les moyens de subsistance, désorganisent les activités agricoles et éloignent de nombreuses familles de leurs terres, de leurs emplois et de leurs réseaux habituels de solidarité. Pour les ménages déplacés, la dépendance à l’aide extérieure devient souvent plus importante, alors même que les interventions humanitaires font face à des contraintes de financement et d’accès.

Le risque d’une aggravation de la faim jusqu’en mai 2027

Au regard de cette accumulation de facteurs, les perspectives établies par FEWS NET ne laissent pas entrevoir d’amélioration significative à court terme. Le réseau anticipe le maintien d’une insécurité alimentaire aiguë de niveau Crise (phase 3 de l’IPC) dans une grande partie des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, de novembre 2026 jusqu’à mai 2027 au moins.

Les ménages les plus durement affectés pourraient même basculer progressivement dans la catégorie Urgence (phase 4 de l’IPC), caractérisée par des déficits alimentaires plus importants et une dégradation sévère de leurs conditions de vie.

La réduction de l’assistance humanitaire constitue un autre motif d’inquiétude. Pour les familles déjà confrontées à l’insécurité, à la perte de leurs revenus et à la hausse du coût de la vie, une diminution des interventions d’aide pourrait accentuer les difficultés d’accès à la nourriture.

Près de dix ans après le déclenchement de la crise anglophone, les chiffres dessinent ainsi une situation qui dépasse largement la seule question militaire. Avec près de 1 000 incidents d’enlèvement signalés en neuf mois, près d’un demi-million de personnes déplacées et des superficies agricoles toujours amputées de 20 à 40 %, le conflit continue de fragiliser les fondements économiques et alimentaires des deux régions. Une réalité qui place la protection des civils, le rétablissement de la circulation et la relance des activités agricoles au cœur des urgences humanitaires.

Ces chiffres ci-dessous marquent l’ampleur sécuritaire, économique et humanitaire de la crise anglophone.

987 incidents d’enlèvement en neuf mois.

+17,2 % par rapport à 2025.

493 400 personnes déplacées en septembre 2026.

20 à 40 % de réduction des superficies cultivées dans les zones touchées.

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