Golfe de Guinée : l’Union européenne renforce son engagement autour du port de Douala

La visite de travail de l’ambassadrice de l’Union européenne au Cameroun, Veronika Bošković Pohar, dans la région du Littoral met en lumière un enjeu stratégique : la sécurisation des espaces maritimes et des corridors commerciaux d’Afrique centrale. Entre formation des forces navales, protection des infrastructures portuaires et coopération régionale, Bruxelles entend contribuer à la stabilité d’un espace essentiel aux échanges économiques.

La sécurité des voies maritimes constitue un enjeu majeur pour les économies riveraines du golfe de Guinée. Dans cette région où transitent des flux commerciaux essentiels, la piraterie, les vols armés en mer, la pêche illégale et les trafics illicites représentent des menaces pour les activités économiques, la navigation et les moyens de subsistance des populations côtières.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la mission de Veronika Bošković Pohar, ambassadrice et cheffe de délégation de l’Union européenne au Cameroun et en Guinée équatoriale, en déplacement dans le Littoral du 18 au 22 octobre. Au-delà des enjeux commerciaux, cette visite accorde une place importante à la coopération sécuritaire et à la protection des infrastructures maritimes.

Le choix de Douala n’est pas anodin. La ville abrite le principal port commercial du Cameroun, dont l’activité dépasse les frontières nationales. En assurant une partie importante des échanges avec les pays voisins, le Port autonome de Douala occupe une position stratégique dans les chaînes logistiques de l’Afrique centrale.

La fluidité et la sûreté du trafic maritime conditionnent ainsi la compétitivité des entreprises, la continuité des approvisionnements et la capacité des États de la sous-région à renforcer leur intégration économique.

La formation, premier rempart contre les menaces en mer

Parmi les temps forts de la mission figure la participation à l’ouverture d’une formation conjointe associant l’Espagne et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), destinée aux responsables et agents de la Marine nationale camerounaise. Cette initiative s’inscrit dans le programme Safe Seas for Africa, financé par l’Union européenne pour la période 2024-2028. Doté d’une enveloppe annoncée d’environ 13 milliards de FCFA, le programme vise à renforcer les capacités des pays bénéficiaires à prévenir et à traiter les infractions commises en mer.

L’approche repose notamment sur l’amélioration des compétences opérationnelles, des capacités d’enquête et de la réponse des services chargés de l’application de la loi. La lutte contre les actes de piraterie, les vols armés, les activités de pêche illicite et les autres formes de criminalité maritime nécessite en effet des moyens humains et techniques adaptés, mais également des mécanismes de coopération entre les administrations.

Pour le Cameroun, le renforcement des capacités de la Marine nationale constitue un enjeu de souveraineté autant que de sécurité économique. La protection des espaces maritimes contribue à préserver les activités de pêche, à sécuriser les navires marchands et à réduire les risques pesant sur les opérateurs portuaires.

Cependant, la formation des agents ne saurait suffire à elle seule. L’efficacité de la lutte contre la criminalité maritime dépend aussi de la coordination entre les forces navales, les services judiciaires, les administrations douanières et les partenaires régionaux.

Une architecture régionale à consolider

L’action européenne dans le golfe de Guinée s’inscrit dans l’Architecture de Yaoundé, cadre de coopération mis en place par les États de la région pour coordonner la lutte contre l’insécurité maritime. Ce dispositif repose sur le partage d’informations, la coordination opérationnelle et la coopération entre les structures nationales et régionales. L’Union européenne et ses États membres y contribuent notamment à travers le mécanisme des présences maritimes coordonnées, connu sous l’appellation anglaise Coordinated Maritime Presences (CMP).

Cette approche vise à renforcer la présence maritime européenne et la coordination avec les partenaires riverains, sans se substituer aux responsabilités des États côtiers. Elle traduit la volonté de traiter les menaces en mer comme des défis transnationaux qui exigent des réponses concertées.

Dans ce dispositif, Douala présente un intérêt particulier en raison de sa fonction portuaire et de son rôle dans les échanges commerciaux de l’Afrique centrale. Une meilleure circulation de l’information entre les acteurs concernés peut contribuer à détecter plus rapidement les risques, à améliorer la surveillance des espaces maritimes et à faciliter les interventions.

La coopération sécuritaire apparaît ainsi comme un complément indispensable aux initiatives visant à développer les échanges commerciaux et les investissements.

Des ports plus sûrs pour des échanges plus compétitifs

La visite du Port autonome de Douala doit également permettre de mettre en perspective les enjeux de sécurité et de performance logistique. Dans les chaînes d’approvisionnement internationales, la sûreté des installations portuaires est devenue une composante essentielle de la compétitivité. Le port doit non seulement faciliter le passage des marchandises, mais aussi prévenir les trafics illicites, maîtriser les risques environnementaux et répondre aux exigences internationales en matière de sécurité.

C’est l’objectif du projet SCOPE Africa, pour « Securing Corridors, Ports and Exchanges in Western and Central Africa ». Soutenu par l’Union européenne à hauteur de près de 8 milliards de FCFA, soit environ 12 millions d’euros, ce programme concerne dix ports stratégiques d’Afrique de l’Ouest et du Centre.

L’initiative entend améliorer les dispositifs de sûreté, la gestion des risques et les capacités de prévention des activités illicites. Elle s’inscrit dans la stratégie européenne Global Gateway, qui soutient le développement de connexions et d’infrastructures durables, notamment le long des grands corridors commerciaux.

Pour le Cameroun, les retombées attendues concernent autant la sécurisation des flux que l’amélioration de la fiabilité logistique. Un port mieux protégé et plus performant peut contribuer à réduire les perturbations, à renforcer la confiance des partenaires commerciaux et à soutenir les ambitions d’intégration régionale du pays.

La sécurité maritime, un enjeu de développement

La coopération européenne dans le Littoral ne se limite pas aux équipements et aux opérations de surveillance. Elle renvoie à une question plus large : comment garantir un environnement maritime suffisamment sûr pour favoriser le développement économique ? L’économie bleue offre des perspectives dans les domaines du transport maritime, de la pêche, des services portuaires et des activités liées au littoral. Mais ces opportunités restent tributaires de la sécurité des espaces maritimes et de la gestion durable des ressources.

La pêche illégale, par exemple, ne menace pas seulement l’ordre public en mer. Elle peut aussi fragiliser les revenus des pêcheurs locaux et accentuer la pression sur les ressources halieutiques. De même, les trafics maritimes peuvent alimenter des réseaux criminels qui dépassent largement les frontières nationales. Une réponse durable suppose donc d’articuler sécurité, développement économique, protection de l’environnement et coopération institutionnelle.

Une diplomatie de proximité au service d’objectifs communs

Cette mission dans le Littoral illustre enfin la volonté de la nouvelle cheffe de délégation européenne de multiplier les échanges directs avec les acteurs camerounais. Les rencontres avec les autorités administratives, les entreprises, les représentants de la société civile et les partenaires de mise en œuvre doivent permettre de mieux cerner les besoins locaux et d’identifier les priorités de coopération.

L’enjeu est de rapprocher les orientations diplomatiques des réalités opérationnelles. Dans le domaine maritime, cela implique de soutenir les capacités nationales, de consolider les mécanismes régionaux et de favoriser une coordination durable entre les différents intervenants.

Pour l’Union européenne comme pour le Cameroun, la sécurisation du golfe de Guinée dépasse ainsi la seule dimension militaire. Elle conditionne la fiabilité des échanges, l’attractivité des infrastructures portuaires et la valorisation du potentiel économique du littoral.

À Douala, la coopération maritime apparaît dès lors comme l’un des piliers d’un partenariat qui associe sécurité, commerce et développement. Sa portée se mesurera à la capacité des initiatives engagées à produire des résultats durables pour les États, les entreprises et les populations de la région.

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