
Le Premier ministre, chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute, est annoncé à Douala les 22 et 23 octobre 2026 pour présider la 12ᵉ édition du Cameroon Business Forum (CBF). Après plusieurs années d’interruption, cette plateforme de concertation entre les pouvoirs publics et le secteur privé revient dans un contexte marqué par les défis de l’industrialisation, de la compétitivité des entreprises et de l’intégration commerciale africaine. Au-delà des échanges institutionnels, les attentes portent désormais sur la capacité des participants à transformer les engagements en réformes concrètes.
La capitale économique du Cameroun s’apprête à accueillir un rendez-vous majeur du dialogue entre l’État et le monde des affaires. Selon un communiqué de la Primature, le chef du gouvernement séjournera à Douala du 22 au 23 octobre 2026, à l’occasion de la 12ᵉ édition du Cameroon Business Forum. Cette rencontre se tient sur les hautes instructions du président de la République, Paul Biya, et ambitionne de remettre au centre des priorités les préoccupations des opérateurs économiques.
Créé en 2009 avec l’appui de la Société financière internationale (SFI), le CBF s’est progressivement imposé comme un cadre de dialogue public-privé destiné à identifier les obstacles au développement des entreprises et à proposer des mesures d’amélioration de l’environnement des affaires. Son principe repose sur une conviction économique fondamentale : la croissance et la création durable de richesses nécessitent une administration plus efficace, une réglementation prévisible et un secteur privé capable d’investir, de produire et d’innover.
Toutefois, la tenue de cette nouvelle édition revêt une portée particulière. Le forum n’avait plus connu de session depuis 2021, dans un contexte de désaccords sur son organisation et son fonctionnement. Des représentants du secteur privé avaient notamment exprimé des réserves sur le caractère inclusif du dispositif ainsi que sur le suivi des recommandations formulées lors des précédentes rencontres. La reprise des travaux constitue donc un test pour la crédibilité du mécanisme et pour la volonté des parties de renouer avec une concertation orientée vers les résultats.
La ZLECAf, un levier à convertir en opportunités industrielles
Placée sous le thème « ZLECAf et transformation productive : quelles réformes pour faire du Cameroun un pôle industriel et commercial majeur en Afrique ? », cette 12ᵉ édition met en avant une question centrale : comment tirer parti de l’ouverture progressive des marchés africains pour accélérer la transformation structurelle de l’économie camerounaise ?
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre des perspectives d’élargissement des débouchés pour les entreprises, de développement des chaînes de valeur régionales et de diversification des exportations. Mais l’accès à ces opportunités suppose une montée en compétitivité de l’appareil productif national. Sans amélioration des capacités industrielles, de la qualité des produits, des infrastructures logistiques et des coûts de production, l’ouverture commerciale risque de profiter davantage aux économies les mieux préparées.
L’enjeu pour le Cameroun consiste ainsi à dépasser le rôle de fournisseur de matières premières pour renforcer la transformation locale des ressources agricoles, forestières, minières et industrielles. Une telle orientation pourrait favoriser la création de valeur ajoutée, l’émergence de nouvelles activités manufacturières, la consolidation des petites et moyennes entreprises et la génération d’emplois plus qualifiés.
Cette ambition appelle également des réformes destinées à faciliter la circulation des marchandises, à réduire les délais et les coûts des procédures administratives, à améliorer l’accès au financement et à renforcer la prévisibilité du cadre réglementaire. Autant de facteurs qui conditionnent la capacité des entreprises à investir, à accroître leur production et à se positionner sur les marchés régionaux.
L’environnement des affaires au cœur des attentes
La présence des principales organisations représentatives du patronat et des milieux économiques, notamment la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat (CCIMA), la Chambre d’agriculture, des pêches, de l’élevage et des forêts (CAPEF), le Mouvement des entreprises du Cameroun (MECAM), le Syndicat des industriels du Cameroun (SYNDUSTRICAM) et le Groupement des femmes d’affaires du Cameroun (GFAC), devrait permettre de confronter les orientations gouvernementales aux difficultés rencontrées sur le terrain.
Les discussions sont appelées à porter sur plusieurs leviers déterminants pour l’activité économique. La fiscalité figure parmi les sujets sensibles, dans la mesure où les entreprises recherchent un système suffisamment stable et lisible pour sécuriser leurs décisions d’investissement. La simplification des formalités administratives, l’accès au foncier, le financement des investissements productifs et l’amélioration des circuits d’importation et d’exportation constituent également des facteurs essentiels pour soutenir la croissance du secteur privé.
Derrière ces préoccupations se trouve un enjeu de compétitivité globale. Dans un environnement régional où les économies se disputent les capitaux, les marchés et les implantations industrielles, la capacité du Cameroun à attirer les investissements dépend autant de ses ressources et de son potentiel de consommation que de la qualité de ses institutions et de l’efficacité de son administration.
Pour les entreprises locales, l’objectif est aussi de bénéficier de conditions leur permettant de rivaliser avec les opérateurs étrangers, de moderniser leurs outils de production et d’intégrer davantage les chaînes de valeur continentales. Pour les pouvoirs publics, il s’agit de créer un environnement favorable à l’investissement privé sans perdre de vue les impératifs de mobilisation des recettes publiques et de financement des infrastructures.
Le défi du suivi des recommandations
Si la reprise du Cameroon Business Forum constitue un signal institutionnel important, son impact dépendra moins de la tenue des assises que de la mise en œuvre des décisions qui en découleront. L’expérience des éditions précédentes a placé la question du suivi au cœur des attentes du secteur privé. Les acteurs économiques attendent désormais des engagements précis, assortis de responsabilités clairement définies et de mécanismes permettant d’en mesurer l’exécution.
Dans cette perspective, l’efficacité du forum pourrait se mesurer à plusieurs indicateurs : le nombre de réformes effectivement appliquées, la réduction des délais administratifs, l’amélioration de l’accès au financement, la fluidité des échanges commerciaux et l’évolution des conditions d’investissement. La publication d’un calendrier de mise en œuvre et de bilans périodiques permettrait également de renforcer la transparence et la redevabilité des administrations concernées.
La représentativité des participants constitue un autre facteur déterminant. Pour produire des résultats durables, la concertation doit intégrer les préoccupations des grandes entreprises, mais aussi celles des PME, des industries de transformation et des acteurs économiques confrontés aux contraintes quotidiennes de production et de commercialisation. Une participation élargie renforcerait la pertinence des propositions et faciliterait leur appropriation par les bénéficiaires.
Un rendez-vous attendu au-delà du protocole
Le séjour de Joseph Dion Ngute à Douala intervient ainsi à un moment où le Cameroun cherche à renforcer son attractivité économique et à accélérer la diversification de son appareil productif. La ZLECAf offre une perspective de débouchés supplémentaires, mais sa valorisation exige des réformes internes capables de transformer le potentiel commercial en gains réels de production, d’investissement et d’emploi.
La 12ᵉ édition du Cameroon Business Forum apparaît dès lors comme une occasion de rétablir la confiance entre l’administration et les entreprises, tout en hiérarchisant les mesures susceptibles de produire des effets tangibles sur l’économie nationale. Le principal défi sera de dépasser les déclarations d’intention pour inscrire les propositions dans un dispositif opérationnel, mesurable et suivi dans le temps.
À Douala, les attentes ne porteront donc pas uniquement sur les conclusions des échanges, mais sur leur traduction dans la conduite des politiques économiques. La réussite de cette relance se jouera dans la capacité des pouvoirs publics et du secteur privé à faire du dialogue institutionnel un instrument effectif de transformation productive et de compétitivité, au service de l’ambition d’émergence du Cameroun à l’horizon 2035.