
Le bras de fer entre le gouvernement camerounais et le Syndicat national des enseignants du supérieur (SYNES) se poursuit. Alors que le ministère de l’Enseignement supérieur met en avant plusieurs milliards de FCFA déjà mobilisés pour apurer les allocations et une partie de la dette académique, le syndicat a décidé de maintenir son mouvement de grève lancé le 3 septembre 2026. À l’approche de la rentrée universitaire, les deux parties restent encore éloignées sur les modalités de règlement des sommes dues.
La reprise du dialogue n’aura pas suffi à désamorcer la crise dans les universités d’État camerounaises. Réuni en session extraordinaire le 20 septembre 2026, deux jours après une concertation avec le ministère de l’Enseignement supérieur et des représentants du ministère des Finances, le Bureau exécutif national du SYNES a décidé de maintenir la grève illimitée déclenchée le 3 septembre.
Cette décision intervient alors que le gouvernement affirme avoir engagé des paiements importants en direction des enseignants du supérieur. Dans un communiqué publié le 18 septembre, le ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, détaille les différentes opérations financières effectuées ou engagées par l’État.
Pour le quatrième trimestre 2025, une enveloppe de 5,478 milliards de FCFA aurait été entièrement virée le 26 juillet dernier. Concernant le premier trimestre 2026, le montant cumulé annoncé atteint 4,861 milliards de FCFA, après le règlement, le 18 septembre, d’un reliquat de 1,769 milliard de FCFA.
Le deuxième trimestre 2026 constitue désormais l’un des principaux points de tension. Son montant est évalué à 4,919 milliards de FCFA. Le gouvernement indique que les opérations de virement ont débuté le 18 septembre, tandis que le paiement par billetage doit démarrer à partir du 23 septembre.
À ces allocations trimestrielles s’ajoute la question de la dette académique des universités d’État, évaluée par le MINESUP à 16,959 milliards de FCFA. Depuis le lancement de son apurement, le 3 octobre 2025, 7,294 milliards de FCFA auraient déjà été payés, soit un taux d’exécution annoncé de 43 %. Le reliquat est estimé à 9,696 milliards de FCFA, dont le règlement doit se poursuivre en fonction des disponibilités de trésorerie.
Sur la base des montants déjà versés au titre des quatrième et premier trimestres, auxquels s’ajoutent les sommes consacrées à l’apurement de la dette académique, l’effort financier présenté par le gouvernement atteint environ 17,6 milliards de FCFA. Et si l’intégralité des 4,919 milliards de FCFA correspondant au deuxième trimestre est effectivement payée, le montant global mobilisé dépasserait 22,5 milliards de FCFA.
Mais ces annonces ne suffisent pas à convaincre le SYNES de suspendre son mouvement. Le syndicat reconnaît la reprise des échanges avec les autorités ainsi que les efforts financiers annoncés, mais estime que plusieurs conditions restent à remplir avant une sortie de crise.
Au cœur des revendications figure notamment le paiement intégral du deuxième trimestre 2026, mais également la poursuite de l’apurement de la dette académique. Le SYNES demande par ailleurs la transmission d’une liste consolidée de cette dette, afin de disposer d’une visibilité précise sur les montants concernés et de garantir, selon le syndicat, davantage de transparence dans le processus de paiement.
En attendant des avancées sur ces différents points, la grève demeure donc en vigueur. Le mouvement ne se limite pas aux cours et autres activités pédagogiques : selon le SYNES, il entraîne également la suspension des soutenances de mémoires de Master et de thèses de Doctorat.
La crise intervient alors que se profile une nouvelle année universitaire et que les universités publiques doivent organiser leurs différentes activités académiques. L’enjeu dépasse ainsi le seul règlement des sommes dues : la durée du mouvement pourrait également peser sur le calendrier universitaire et les étudiants engagés dans des parcours nécessitant la validation de leurs travaux.
Le gouvernement met en avant les paiements déjà effectués et ceux en cours d’exécution. Le SYNES, de son côté, attend la concrétisation complète des engagements annoncés ainsi qu’une meilleure lisibilité sur la dette académique.
Le syndicat devrait se réunir à nouveau en urgence en fonction de l’évolution du dossier. La prochaine étape du bras de fer dépendra donc largement de l’effectivité des paiements annoncés et de la capacité des deux parties à parvenir à un accord sur les modalités d’apurement des sommes encore dues.