
L’agence américaine Standard & Poor’s (S&P Global Ratings) a confirmé, le 18 septembre 2026, les notes souveraines du Cameroun à B- à long terme et B à court terme, avec une perspective stable. Si cette décision ne traduit pas de dégradation immédiate de la qualité de crédit du pays, l’agence demeure attentive à plusieurs fragilités économiques et budgétaires. Elle identifie également l’incertitude entourant la succession au sommet de l’État comme un facteur susceptible d’influencer la stabilité institutionnelle et, indirectement, la trajectoire économique.
Le Cameroun conserve sa note souveraine auprès de S&P Global Ratings. Dans sa dernière évaluation publiée le 18 septembre 2026, l’agence maintient les notes B-/B attribuées au pays, respectivement pour les engagements à long terme et à court terme, en monnaies locale et étrangère. La perspective demeure stable.
Cette décision signifie que S&P ne prévoit pas, dans son scénario central, de modification immédiate de la notation. Elle ne constitue toutefois pas une appréciation exempte de risques. La note B- reste située dans la catégorie spéculative, ce qui traduit une capacité de remboursement jugée vulnérable à une dégradation de l’environnement économique, financier ou institutionnel.
Une croissance revue à la baisse
L’un des principaux points de vigilance concerne la dynamique de l’économie camerounaise. S&P a ramené à 3,5 % sa prévision de croissance réelle du PIB pour 2026. L’agence anticipe parallèlement un déficit budgétaire de 2,5 % du PIB et un déficit du compte courant de 4,4 % du PIB.
Cette révision s’explique notamment par les difficultés du secteur des hydrocarbures, mais aussi par des performances inférieures aux attentes dans plusieurs branches de l’économie, notamment l’agriculture, l’industrie manufacturière, l’agro-industrie et la construction. La baisse des volumes de production d’hydrocarbures, combinée à l’évolution des subventions et à la faiblesse des prix du cacao, devrait également peser sur les équilibres budgétaires et extérieurs.
L’endettement public constitue, en revanche, un élément qui contribue à soutenir la notation. Selon les données rapportées à partir de l’évaluation de S&P, la dette nette de l’État demeure légèrement inférieure à 40 % du PIB.
La succession présidentielle dans le radar de S&P
Au-delà des indicateurs économiques, l’évaluation de S&P accorde une attention particulière à l’environnement institutionnel. L’agence considère que l’incertitude entourant la succession au sommet de l’État fait partie des facteurs politiques susceptibles d’affecter la stabilité institutionnelle du Cameroun.
Cette mention ne signifie pas que S&P annonce une crise politique ou qu’elle avance un scénario précis de succession. Elle traduit plutôt une préoccupation liée à la prévisibilité de la transition politique et à ses éventuelles conséquences sur la continuité des politiques publiques.
Dans ses critères d’évaluation des États souverains, S&P considère en effet que les risques liés à la succession, à la concentration du pouvoir ou aux éventuelles tensions institutionnelles peuvent affecter la stabilité des institutions et entraîner des changements dans les politiques publiques susceptibles d’influencer la qualité de crédit d’un pays.
Pour les marchés financiers, l’enjeu est donc moins de savoir qui succédera au chef de l’État que de mesurer les conditions dans lesquelles une éventuelle transition pourrait se dérouler et ses conséquences sur la continuité des politiques économiques, la confiance des investisseurs et l’accès du pays au financement.
Une préoccupation déjà présente dans les analyses antérieures
La question de la succession présidentielle n’est d’ailleurs pas totalement nouvelle dans l’analyse du risque souverain camerounais. Des évaluations antérieures de S&P avaient déjà intégré l’incertitude entourant la transition au sommet de l’État parmi les éléments susceptibles d’influencer le risque politique du pays.
Le maintien de la note B-/B en septembre 2026 intervient ainsi dans un contexte où plusieurs paramètres restent étroitement surveillés : la croissance, les recettes publiques, l’évolution de la dette, les équilibres extérieurs et la capacité des autorités à maintenir leurs politiques économiques.
Pour le moment, S&P conserve donc une perspective stable. Mais cette stabilité reste conditionnée à l’évolution des principaux équilibres économiques et institutionnels. La trajectoire du Cameroun au cours des prochains mois sera notamment observée à travers sa capacité à contenir ses déficits, à préserver ses capacités de financement et à assurer la continuité de son cadre institutionnel.