Interconnexion électrique Cameroun-Tchad : le chantier déjà hors délai, cap sur 2029

Prévu initialement pour être achevé au 31 décembre 2027, le Projet d’interconnexion électrique Cameroun-Tchad (PIRECT) accuse désormais un retard qui rend cette échéance pratiquement intenable. Les délais contractuels des marchés actuellement en cours de passation montrent que certains travaux devraient se poursuivre jusqu’en 2028 au Tchad et jusqu’en 2029 au Cameroun. La Banque africaine de développement (BAD) maintient pourtant encore officiellement la date de décembre 2027.

Le calendrier du grand projet énergétique reliant le Cameroun et le Tchad commence sérieusement à dérailler. Lancé avec l’ambition de renforcer les échanges d’électricité entre les deux pays et d’améliorer durablement l’accès à l’énergie dans les régions septentrionales, le PIRECT est désormais confronté à une équation difficile : les principaux marchés d’infrastructures ne sont toujours pas attribués alors que leur durée d’exécution dépasse largement l’échéance officielle du projet.

Approuvé par la Banque africaine de développement le 15 décembre 2017, le projet a connu une mise en place progressive de ses deux composantes. L’accord de financement relatif au volet tchadien a été signé le 7 mars 2018, avant celui concernant le Cameroun, conclu le 3 avril 2020. Près d’une décennie après son approbation, l’interconnexion reste donc en phase de réalisation, avec plusieurs infrastructures encore au stade des appels d’offres.

Au Tchad, les premiers travaux pourraient aller jusqu’en 2028

Le retard se dessine déjà clairement du côté tchadien. Un appel d’offres lancé par TchadElec le 20 août 2026 et publié par la BAD le 3 septembre prévoit notamment la réalisation de deux ensembles d’infrastructures.

Le premier lot concerne la construction d’environ 13 kilomètres de ligne de transport à 225 kV entre la frontière camerounaise, dans la zone de Kousséri, et Gassi, auxquels s’ajouteront quelque 145 kilomètres entre Gassi et Guélendeng. Le second lot porte sur la construction du poste électrique 225 kV de Guélendeng.

Pour ces deux marchés, le délai contractuel annoncé est de 21 mois. Or, les entreprises intéressées ont jusqu’au 3 novembre 2026 pour déposer leurs offres. À supposer, dans un scénario particulièrement optimiste, que les travaux démarrent immédiatement après cette date, leur achèvement ne pourrait intervenir qu’en août 2028.

Cette projection suffit déjà à montrer l’incompatibilité entre le calendrier des marchés et l’échéance officielle du 31 décembre 2027. Et encore, ce calcul ne prend pas en compte les étapes incontournables de dépouillement et d’évaluation des offres, d’attribution des contrats, de contractualisation et de mobilisation des entreprises.

Autrement dit, août 2028 ne constitue pas une nouvelle date officielle de mise en service. Cette échéance théorique permet surtout de mesurer l’ampleur du décalage qui se profile.

D’autant que les appels d’offres en cours ne couvrent pas la totalité des infrastructures prévues au Tchad. Le PIRECT prévoit environ 238 kilomètres de lignes à 225 kV sur le territoire tchadien, alors que les marchés actuellement ouverts ne concernent qu’environ 158 kilomètres. Quelque 80 kilomètres restent donc encore à engager, tandis que les installations prévues notamment à Gassi et Bongor ne sont pas intégralement couvertes par les procédures en cours.

Au Cameroun, le calendrier pousse déjà les travaux vers 2029

Côté camerounais, le décalage apparaît encore plus important. Les 12 et 13 août 2026, la BAD a publié plusieurs appels d’offres initiés par la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) pour la construction de lignes à haute tension et de postes électriques entrant dans la première phase du projet.

Les marchés de lignes concernent au total 419,6 kilomètres. Ils comprennent notamment une liaison de 227 kilomètres entre Wouro-Soua et Garoua 2, des raccordements de 10,6 kilomètres autour de Garoua 2, une ligne de 180 kilomètres entre Maroua et Kousséri, ainsi qu’un tronçon de deux kilomètres entre Kousséri et la frontière tchadienne.

Les soumissionnaires ont jusqu’au 19 novembre 2026 pour remettre leurs offres concernant les lignes, tandis que les marchés relatifs aux postes électriques doivent être déposés au plus tard le 18 novembre.

Le problème est que les documents de Sonatrel prévoient une durée d’exécution de 34 mois à compter de la signature des contrats. Même dans l’hypothèse théorique où cette période commencerait dès la clôture des appels d’offres en novembre 2026, les travaux ne pourraient être achevés qu’en septembre 2029.

Dans la réalité, le démarrage interviendra nécessairement plus tard, après l’analyse des offres, la sélection des entreprises et la signature effective des contrats. Le calendrier réel risque donc de dépasser davantage encore cette projection.

Plus de 800 kilomètres de lignes à construire

L’ampleur du chantier explique aussi pourquoi une mise en service rapide paraît difficile. Le programme prévoit au total environ 804 kilomètres de lignes de transport de 225 kV, réparties entre le Cameroun, avec 566 kilomètres, et le Tchad, avec 238 kilomètres.

Or, les 419,6 kilomètres actuellement soumis à la concurrence au Cameroun ne représentent qu’une partie des infrastructures nécessaires. Environ 146,4 kilomètres supplémentaires restent en dehors de cette première procédure d’acquisition.

Le dispositif comprend également la construction de cinq nouveaux postes électriques de 225 kV : Garoua, Kousséri et Yagoua au Cameroun, ainsi que Bongor et Guélendeng au Tchad. À cela s’ajoute l’extension de plusieurs postes existants, notamment à Wouro-Soua, Maroua et Gassi.

L’interconnexion ne pourra produire pleinement ses effets que lorsque l’ensemble de ces équipements sera opérationnel des deux côtés de la frontière. Le retard pris sur un maillon du réseau peut donc affecter l’ensemble du calendrier de mise en service.

La BAD maintient encore officiellement décembre 2027

Malgré ces éléments, la Banque africaine de développement continue d’afficher le 31 décembre 2027 comme date d’achèvement prévue pour les deux composantes du PIRECT. Aucune nouvelle échéance officielle de fin des travaux ou de mise en service n’a, à ce stade, été publiée dans les sources disponibles. Il serait donc prématuré d’affirmer que 2029 constitue la nouvelle date officielle de livraison du projet.

En revanche, les délais contractuels des marchés actuellement en préparation permettent déjà de tirer une conclusion : l’objectif de décembre 2027 apparaît désormais difficilement compatible avec la réalité du calendrier de passation et d’exécution des travaux.

La date effective de mise en service dépendra désormais de la rapidité avec laquelle les contrats seront attribués, de la date réelle de démarrage des chantiers et de l’avancement des infrastructures qui restent encore à lancer.

Au-delà du simple retard administratif, l’enjeu est stratégique pour les deux pays. Cette interconnexion doit permettre de renforcer la sécurité d’approvisionnement électrique, de favoriser les échanges d’énergie entre le Cameroun et le Tchad et d’améliorer l’accès à l’électricité dans plusieurs zones du nord du Cameroun et du sud tchadien.

Pour l’heure, le PIRECT reste donc officiellement programmé pour 2027, mais son calendrier opérationnel pointe déjà vers un horizon qui pourrait s’étendre jusqu’en 2029.

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