Cameroun : la SCDP renforce de 40 % ses capacités de stockage de gaz domestique

Le Cameroun muscle ses infrastructures de stockage pour mieux répondre à la demande en gaz domestique et sécuriser ses approvisionnements pétroliers. Avec la mise en service de la Sphère 6 de Bonabéri, la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) a fait passer la capacité de stockage de GPL de son principal centre gaz de 2 500 à 3 500 tonnes métriques, soit une progression de plus de 40 %. Deux nouvelles sphères sont déjà annoncées pour porter cette capacité à 5 500 tonnes, tandis que le futur terminal pétrolier de Kribi doit changer d’échelle la stratégie nationale de stockage.

Le dépôt de Bonabéri, à Douala, vient de franchir un nouveau cap dans sa capacité à stocker le gaz de pétrole liquéfié (GPL). Inaugurée officiellement le 21 août 2026 en présence du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, la Sphère 6 avait en réalité commencé son exploitation dès février 2025. Cette nouvelle infrastructure a permis d’ajouter 1 000 tonnes métriques aux capacités existantes. Le site dispose désormais d’une capacité de stockage de 3 500 tonnes, contre 2 500 tonnes auparavant.

En équivalent bouteilles, cette augmentation représente environ 80 000 bouteilles supplémentaires de 12,5 kg. Une réserve supplémentaire particulièrement stratégique dans un contexte où le gaz butane demeure l’une des principales sources d’énergie utilisées par les ménages camerounais pour la cuisson. L’enjeu dépasse donc la seule performance technique de la SCDP : il s’agit de disposer de stocks suffisants pour absorber les fluctuations de la demande et réduire les risques de tensions sur le marché.

Le choix de renforcer le site de Bonabéri n’est pas anodin. Ce dépôt constitue le principal centre de la SCDP dédié au gaz domestique et joue un rôle central dans l’approvisionnement du marché camerounais. La SCDP assure en effet une fonction stratégique dans la chaîne nationale des produits pétroliers. Elle réceptionne, stocke et met à disposition différents produits destinés notamment aux distributeurs pétroliers et à certains grands utilisateurs institutionnels.

Pour le GPL, Bonabéri constitue ainsi un point névralgique entre les importations, le stockage et la distribution vers les différents marchés du pays. L’augmentation de ses capacités doit permettre de disposer d’une marge de manœuvre supplémentaire lorsque les arrivages connaissent des perturbations ou lorsque la consommation progresse fortement.

Les Sphères 7 et 8 déjà dans les plans

La montée en puissance ne devrait toutefois pas s’arrêter à la Sphère 6. La direction générale de la SCDP prévoit la réalisation des Sphères 7 et 8, qui doivent porter la capacité globale de stockage de GPL de Bonabéri à 5 500 tonnes métriques. L’objectif est de créer progressivement un véritable coussin de sécurité autour du marché du gaz domestique. En augmentant les capacités disponibles, la SCDP pourra mieux répartir les approvisionnements et réduire la vulnérabilité du marché aux éventuels retards d’importation ou aux difficultés logistiques.

Cette stratégie prend une importance particulière alors que le Cameroun continue de recourir aux importations pour compléter son approvisionnement en GPL. Le renforcement des capacités de stockage apparaît donc comme un complément indispensable à la sécurisation des volumes disponibles sur le marché international.

La cérémonie du 21 août a également permis de mettre en avant une autre infrastructure stratégique : le second pipeline reliant la zone portuaire de Douala-Bonabéri au dépôt de Bessengué. Long d’environ 4 kilomètres, cet ouvrage est opérationnel depuis octobre 2023. Son intégration dans le dispositif logistique de la SCDP a considérablement renforcé les capacités de réception des produits pétroliers.

La capacité mensuelle de réception est ainsi passée de 14 à 23 navires, soit une progression de près de 64 %. En volume, cela correspond à environ 345 000 m³ de produits traités chaque mois, contre 210 000 m³ auparavant. Cette augmentation permet notamment de fluidifier les opérations portuaires et de limiter les temps d’attente des navires. Elle contribue ainsi à réduire les coûts liés aux surestaries, qui étaient auparavant supportés par l’État.

Kribi, prochaine révolution logistique

Mais c’est surtout à Kribi que se joue la prochaine étape de la stratégie camerounaise. Le gouvernement a lancé, le 5 juin 2026, le projet de construction d’un terminal à hydrocarbures en eau profonde, dont la réalisation est prévue sur une période de 30 mois.

L’infrastructure doit profiter des caractéristiques du port en eau profonde de Kribi pour accueillir des navires beaucoup plus importants que ceux pouvant desservir actuellement Douala. Avec un tirant d’eau de 16 mètres, le futur terminal pourra recevoir des tankers d’environ 70 000 tonnes, contre quelque 20 000 tonnes à Douala. La première phase prévoit également d’importantes capacités de stockage : environ 140 000 m³ pour les produits liquides et 12 000 tonnes de GPL.

L’objectif affiché est particulièrement ambitieux : permettre au Cameroun d’augmenter ses stocks de sécurité et de disposer progressivement de 30 à 60 jours d’autonomie. Ces différents projets traduisent une évolution de la politique camerounaise de stockage. Il ne s’agit plus seulement d’augmenter ponctuellement les capacités, mais de construire une chaîne logistique capable d’absorber une demande croissante et de mieux résister aux perturbations extérieures.

L’enjeu est d’autant plus important que les produits pétroliers et le GPL sont directement liés au fonctionnement de l’économie et au quotidien des ménages. Une rupture d’approvisionnement peut rapidement provoquer des tensions sur les prix et affecter une large partie de la population. Avec Bonabéri, le renforcement des pipelines et le futur terminal de Kribi, la SCDP s’inscrit ainsi dans une stratégie de modernisation plus large.

À terme, l’ambition est de disposer de capacités de réception, de stockage et de distribution suffisamment importantes pour réduire les risques de pénurie, améliorer la fluidité des importations et donner au pays plusieurs semaines de marge en cas de perturbation des approvisionnements.

Pour la SCDP, la progression de 40 % enregistrée à Bonabéri n’est donc qu’une étape. Avec les Sphères 7 et 8 et surtout le futur complexe de Kribi, le Cameroun prépare une transformation en profondeur de son dispositif national de stockage des hydrocarbures.

Laisser un commentaire