Cameroun : Kribi se prépare à accueillir un nouveau dépôt pétrolier de 150 milliards de FCFA

Le Cameroun veut renforcer et rééquilibrer son dispositif national d’approvisionnement en produits pétroliers. Réunis le 26 août 2026 à Douala autour de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), investisseurs et partenaires financiers ont été invités à se mobiliser pour le financement du Dépôt pétrolier de Kribi (DPK). Évalué à environ 150 milliards de FCFA, ce projet devrait s’appuyer sur un nouveau pipeline et des capacités de stockage destinées à faire de Kribi un second grand pôle pétrolier stratégique du pays, aux côtés de Douala.

Après Douala, Kribi pourrait bientôt s’imposer comme une nouvelle pièce maîtresse du dispositif pétrolier camerounais. Le projet de Dépôt pétrolier de Kribi (DPK) franchit en effet une étape importante avec la recherche active de financements nécessaires à la réalisation de ses infrastructures.

C’est dans cette perspective que la Société camerounaise des dépôts pétroliers a réuni, le 26 août à Douala, plusieurs investisseurs et financiers. La rencontre avait pour objectif de présenter les contours du projet et de poser les bases de la mobilisation des capitaux indispensables à sa réalisation.

Le DPK est conçu autour de deux infrastructures complémentaires : un dépôt pétrolier à Kribi et un pipeline destiné à assurer son alimentation. L’investissement global est estimé à environ 150 milliards de FCFA, dont près de 100 milliards en monnaie locale, le solde devant être mobilisé en euros. Pour accompagner cette opération, la SCDP s’appuie notamment sur les cabinets PG & Partners et la banque ivoirienne Matha Capital. Une démarche qui traduit la volonté de structurer le projet selon des standards financiers susceptibles d’attirer des partenaires privés et institutionnels.

Véronique Moampea Mbio aux commandes

La gouvernance de la future structure est déjà en place. Les organes sociaux de DPK ont été constitués le 17 août 2026, avec Véronique Moampea Mbio, par ailleurs directrice générale de la SCDP, à la présidence du conseil d’administration. Patrice Etame Etame a, pour sa part, été désigné directeur général. Cette mise en place institutionnelle constitue un préalable important à la poursuite du processus de financement et à la maturation technique du projet.

Autre élément susceptible de rassurer les futurs partenaires financiers : l’État camerounais a déjà intégré le financement du projet dans son dispositif de tarification des produits pétroliers. Une ligne spécifique a ainsi été prévue dans la structure des prix. Cette anticipation vise à créer un mécanisme permettant d’accompagner le remboursement et la viabilité financière de l’investissement.

Désengorger Douala et sécuriser l’approvisionnement

L’un des principaux atouts du futur dépôt de Kribi tient à sa capacité à réduire la concentration actuelle des infrastructures pétrolières autour de Douala. Aujourd’hui, une part essentielle de la chaîne d’approvisionnement en produits pétrolier repose sur le complexe portuaire et les installations de la capitale
économique.

Kribi se prépare à accueillir un nouveau dépôt pétrolier de 150 milliards de FCFA, une part essentielle de la chaîne d’approvisionnement en produits pétroliers repose sur le complexe portuaire et les installations de la capitale économique. Cette concentration expose mécaniquement le dispositif national aux conséquences d’une perturbation affectant le Port de Douala, qu’il s’agisse de contraintes portuaires, logistiques, techniques ou liées aux conditions d’exploitation.

Le développement d’un second pôle à Kribi permettrait donc d’introduire davantage de flexibilité et de résilience dans la chaîne d’approvisionnement. En cas de difficulté sur l’un des deux pôles, le pays disposerait d’une capacité supplémentaire pour maintenir la continuité de ses opérations. Kribi ne serait ainsi pas simplement un nouveau lieu de stockage : le site deviendrait un véritable outil de sécurisation énergétique du Cameroun.

Un avantage portuaire majeur

Le choix de Kribi présente également un intérêt logistique évident. Grâce aux caractéristiques de son complexe portuaire, la ville dispose d’un atout particulièrement important pour les opérations d’importation de produits pétroliers.

Le futur dispositif devrait notamment permettre l’accueil de navires de plus grande capacité. Cette possibilité peut contribuer à optimiser les approvisionnements en favorisant des cargaisons plus importantes et potentiellement une meilleure organisation des opérations maritimes. L’enjeu est également celui du temps.

Des installations adaptées à des volumes plus importants pourraient accélérer les opérations de déchargement, limiter certains délais de traitement et fluidifier la circulation des produits vers les zones de consommation. À terme, l’ambition est donc de faire de Kribi un point d’entrée pétrolier moderne, complémentaire de Douala, capable d’accompagner l’augmentation des besoins du marché camerounais.

Un nouveau levier pour les capacités de stockage

Le projet répond également à une préoccupation stratégique : renforcer les capacités nationales de stockage. Disposer de réserves suffisantes constitue un élément essentiel de la sécurité d’approvisionnement. Plus les capacités de stockage sont importantes et mieux réparties, plus le pays peut absorber les fluctuations de l’approvisionnement extérieur ou les perturbations ponctuelles de la chaîne logistique.

Le DPK pourrait ainsi contribuer à accroître les marges de manœuvre du Cameroun face aux tensions sur les marchés internationaux, aux variations des délais d’acheminement ou aux éventuelles perturbations portuaires. Cette capacité supplémentaire prend d’autant plus d’importance dans un contexte de développement économique marqué par une demande croissante en carburants pour les ménages, les transports, l’industrie et les grands projets d’infrastructures.

Rééquilibrer la carte pétrolière du pays

Au-delà de ses fonctions strictement pétrolières, le projet porte aussi une ambition territoriale. En installant une infrastructure stratégique à Kribi, le Cameroun poursuit le rééquilibrage géographique de ses équipements énergétiques. Le futur dépôt permettrait ainsi de rapprocher certaines capacités de stockage et de distribution des bassins économiques du Sud et du Sud-Ouest, tout en renforçant les connexions avec les autres régions.

La proximité de grands projets industriels et miniers dans la partie méridionale du pays constitue également un facteur d’intérêt. À mesure que l’activité économique se développe autour de Kribi et de son complexe portuaire, les besoins en carburants et en solutions logistiques devraient suivre la même trajectoire. Le DPK pourrait donc s’inscrire dans une dynamique plus large faisant de Kribi un hub logistique, industriel et énergétique de premier plan.

Le financement, prochaine étape décisive

Pour l’heure, le principal défi reste celui de la mobilisation des ressources. Avec une enveloppe évaluée à 150 milliards de FCFA, le projet nécessite une architecture financière solide et suffisamment attractive pour convaincre les bailleurs et investisseurs. Cyrus Ngo’o, directeur général du Port autonome de Douala et administrateur de la SCDP, a confirmé la faisabilité du projet ainsi que ses retombées positives attendues pour le pays.

La prochaine échéance est désormais fixée dans environ deux mois, avec l’adoption attendue des paramètres définitifs de financement. Si cette étape est franchie, le projet de Dépôt pétrolier de Kribi changera progressivement de dimension. De simple projet d’infrastructure, il pourrait devenir un maillon stratégique de la politique camerounaise de sécurisation des approvisionnements pétroliers.

Avec Douala comme principal point d’appui historique et Kribi appelé à renforcer la capacité nationale, le Cameroun cherche ainsi à bâtir un système moins concentré, plus flexible et mieux armé face aux défis logistiques et énergétiques des prochaines années.

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